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Articles par thèmes :
Déchets - Retraitement
Articles par pays :
Suisse
Journal par No :
No 75, octobre 2004
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann Fabienne Gautier
No 75, octobre 2004
Publié le samedi 29 septembre 2007

Pas d’enfouissement, ni à Benken, ni ailleurs

Profitant de la faible mobilisation de la population locale et ce, malgré l’existence d’une minorité d’opposants bien organisés, la NAGRA (Société nationale pour l’entreposage des déchets radioactifs) semble déterminée à entreprendre à Benken la construction du premier site destiné à l’enfouissement définitif des déchets radioactifs de haute intensité.

En route pour Benken

Il est 5 heures ce dimanche matin 12 septembre, lorsque mon réveil sonne. Plainpalais s’éveille et moi, j’ai drôlement sommeil ! Pourtant, ce n’est pas le moment de me dégonfler : j’ai rendez-vous à la gare avec une poignée de ContrAtomistes qui ont décidé de participer au rassemblement de protestation contre un projet d’enfouissement de déchets nucléaires de haute intensité à Benken. Benken, ça vous dit quelque chose ? C’est une commune située au cœur du vignoble du Nord du canton de Zurich et c’est là que la NAGRA (société suisse pour l’entreposage des déchets radioactifs) projette de construire le premier centre suisse de stockage souterrain de déchets hautement radioactifs (V. ContrAtom, N°73, avril 2004). Après avoir vu leurs projets échouer à Ollon et au Wellenberg, c’est donc sur Benken que les apprentis-sorciers ont jeté leur dévolu pour réaliser leur funeste entreprise. L’affaire est d’importance, pas question donc de traîner au lit ce matin-là ! A 6h44 pile poil, nous voici dans le train avec armes et bagages : la caméra de Laure, l’appareil photo de Philippe et les panneaux d’Anne-Cécile. Le voyage aller-retour, soit 10 heures de train, constitue déjà un exploit en lui-même, ajoutez à cela 2 à 3 heures de discours en allemand et vous mesurerez l’héroïsme des cinq ontrAtomistes faisant partie de l’expédition ! A notre arrivée sur le lieu où est prévue la construction du futur site, un grand champ bordé de plantations de maïs et une zone de villas tout autour, dans une belle nature riche et verdoyante, nous trouvons environ 400 personnes rassemblées. Les panneaux jaunes plantés dans le champ remportent un franc succès auprès des photographes sur place.

Heureuses rencontres

Nous lions connaissance avec certains riverains parlant français, tous très inquiets du peu de mobilisation de la population concernée. Ils nous promettent de nous tenir au courant de l’évolution de la situation. Pendant ce temps, Laure qui parle allemand, se livre, caméra au poing, à des interviews tous azimuts, profitant de prendre moult contacts avec les organisateurs de la manifestation. Sur place, nous avons aussi le plaisir de rencontrer toute l’équipe des opposants au projet d’enfouissement de Bure dans l’Est de la France, en Meuse, venus tout exprès en autobus pour apporter leur soutien à ceux de Benken. Chapeau ! Ils nous font part de leur très grande inquiétude : les déchets nucléaires là-bas sont prêts à être enfouis à 2 kilomètres du laboratoire initial et cela semble inéluctable. Ils nous ont d’ores et déjà donné rendez-vous pour les 30 et 31 juillet de l’an prochain à Bure pour un grand week-end d’opposition en musique ! Prenez note, les ContrAtomistes ! On ira tous ensemble ! Pour être sincère, je suis revenue assez pessimiste de cette expédition à Benken. Sur les lieux, l’opposition est loin d’être la règle, c’est ce que nous ont affirmé toutes les personnes que nous avons interrogées sur place ! Les opposants ont beaucoup de peine à mobiliser les gens. C’est aussi ce que nous avons observé en empruntant les transports publics du coin à bord desquels les passagers ne regardaient pas les manifestants d’un bon œil. A notre question lancée à la ronde sur ce qu’ils savaient du projet de construction de la NAGRA, on nous a généralement vaguement répondu : « on va y mettre des déchets spéciaux ! » Lorsqu’on sait que seule une intense mobilisation peut faire reculer les enfouisseurs (voir Ollon et le Wellenberg), on ne peut qu’être inquiets face à l’inertie de la population autour de Benken. Ceux de Bure aussi sont pessimistes ! Il semble que l’enfouissement là-bas soit programmé pour l’an prochain et sur place les habitants même de Bure craignent qu’on ferme le laboratoire tant il leur rapporte gros : construction de routes, infrastructures, boulot : le schéma habituel quoi ! La mobilisation contre l’enfouissement de ces déchets sataniques en quelque lieu qu’il soit programmé doit absolument faire partie de nos priorités, c’est mon intime conviction. Nous devons réussir à alerter l’opinion publique de ce qui se trame chez nous et ailleurs. Plus facile à dire qu’à faire ! La lutte du mouvement d’opposition KLAR ! Suisse, bien décidé à combattre, avec tout l’éventail des moyens juridiques, l’entreposage définitif des déchets de haute activité au-dessous des vignobles du canton de Zürich, devrait être soutenue par tous les citoyens et toutes les citoyennes responsables de notre pays afin que l’acte criminel d’enfouir les déchets radioactifs au sein de la terre ne se réalise jamais, ni ici, ni ailleurs !

Anne Cécile Reimann

Quelques précisions concernant la gestion actuelle des déchets radioactifs sur sol suisse

Entreposage définitif prévu à Benken

Si la région de Benken a été pressentie pour recevoir des déchets hautement radioactifs, c’est qu’elle présente en son sous-sol, malheureusement pour elle, cette fameuse couche d’argile à opalinus tant prisée des nucléocrates qui cherchent à enfouir leurs déchets ! (Lire à ce sujet ContrAtom N°74, juin 2004, p.12). Cette couche d’argile à opalinus s’est formée il y a 180 millions d’années. Des rivières ont transporté à cette époque des particules d’argile provenant de massifs montagneux. Ces particules se sont accumulées au fond de la mer. La couche est caractérisée par la présence d’ammonites (Leioceras opalinum), un mollusque fossile caractéristique de l’ère secondaire. Bon sang, se disent donc nos potentiels enfouisseurs, si ces mollusques ont été si bien conservés, pourquoi n’en serait-il pas de même de nos déchets ?! Autre qualité relevée par les experts de la NAGRA : l’argile à opalinus peut s’imbiber d’eau et gonfler : du tonnerre pour colmater les failles ! Et puis l’argile lie les atomes radioactifs libérés des conteneurs, ce qui doit les empêcher de s’éparpiller ! Génial cet argile à opalinus ! Bien évidemment, le tableau n’est pas si rose que les nucléocrates nous le disent : une étude de l’Institut écologique de Darmstadt (Allemagne), menée par des experts indépendants et financée par les organisations écologiques Bedenken et Igel (V. p. 6) et quelques communes voisines du site, a relevé des problèmes d’importance : le dépôt planifié se trouve sur une zone tectonique de failles. Les spécialistes ne sont pas d’accord en ce qui concerne l’achèvement du plissement des Alpes, mais les mouvements de la croûte terrestre associés à la formation des montagnes pourraient réactiver ou causer de nouvelles perturbations. L’étude attire aussi l’attention sur le fait que le risque de tremblement de terre du Nord de la Suisse n’a pas été suffisamment évalué. Elle met encore en doute l’étanchéité de la roche : il est impossible d’affirmer que la couche d’argile de 300 mètres est étanche. La séquence des roches est trop hétérogène. Les couches d’argile contiennent trop de calcaire et de molasse. L’argile lui-même n’est pas homogène. On est frais !!

Entreposage provisoire à Würenlingen

Les déchets de haute activité sont entreposés provisoirement dans une grande halle de la société anonyme Zwilag, créée par les exploitants des centrales nucléaires à Würenlingen dans le canton d’Argovie. Les déchets se trouvent dans des conteneurs spéciaux en métal, de plusieurs mètres de hauteur et refroidissent pendant 40 ans sous surveillance au moyen d’une circulation d’air. Huit éléments combustibles usés sont enfermés dans un tel conteneur. Le complexe Zwilag, qui est en service depuis 2000, a été conçu pour recevoir pendant 40 ans tous les déchets faiblement, moyennement et hautement radioactifs des centrales nucléaires suisses. Les coûts d’exploitation de la Zwilag s’élèvent en moyenne à 18 millions de francs par année et sont assumés par les centrales nucléaires.


La lutte du pot de terre contre le pot de fer dans le Vignoble zurichois

Le paisible village de Benken, situé à quelques encablures des chutes du Rhin, a été choisi par la NAGRA pour y déposer les déchets hautement radioactifs de notre pays. Comment en sommes-nous arrivés là ? Témoin de ce qui s’est passé depuis le début, je vais résumer l’histoire pour les lecteurs de ContrAtom. Je tenterai de rester le plus objectif possible, en dépit de mes sympathies pour les opposants. Il est difficile de situer le commencement exact de l’affaire, car la NAGRA se penche sur le problème des déchets nucléaires depuis un bon nombre de décennies. Après ses échecs à Ollon (VD) et à Siblingen (SH) dans les années 80, elle a évalué soigneusement la situation avant de choisir un nouveau point de chute, tant sur le plan géologique que politique. Quand ils sont venus présenter officiellement leur projet en été 1994 à Benken, les hauts responsables de la NAGRA avaient donc des idées bien arrêtées. Ils ont expliqué au bon peuple qu’ils devaient proposer un site pour l’entreposage définitif des déchets produits par les centrales suisses et qu’une étude scientifique s’imposait au préalable. Et, comme il fallait bien commencer quelque part, elle envisageait de procéder à des sondages sur un terrain de la commune de Benken. Ce choix était certes motivé par des raisons d’ordre géologique et pratiques pour y effectuer des travaux, mais il ne préjugeait en rien du site définitif. Le maire de Benken a toujours prétendu qu’il était difficile au Conseil communal de s’opposer à ladite étude. Se montra-t-il un peu trop complaisant, flatté de voir son village investi d’une mission d’intérêt national ? Mouvements de résistance Les opposants ne l’entendirent pas de cette oreille et créèrent deux groupements pour combattre le projet. Le premier, actif sur le plan communal, du nom de « Bedenken1 » regroupait uniquement les habitants de Benken ; le second « IGEL2 » prenait en mains les intérêts de la région, soit le Vignoble zurichois, les cantons de Schaffhouse et de Thurgovie, ainsi que les communes allemandes voisines. Ces dernières jouèrent le jeu à fond et ont toujours fait preuve d’un soutien digne d’éloges. Nous ne sommes pas parvenus à contrecarrer les plans de la NAGRA. En dépit du recours à un avocat spécialisé, « Bedenken » n’a pas pu empêché les sondages effectués sur le territoire communal. Quand la NAGRA a présenté ses conclusions favorables pour le site de Benken, nous avons mandaté un institut spécialisé pour une contre-expertise. Il a certes trouvé des failles dans le rapport de la NAGRA, mais a dû faire marche arrière par la suite. Autre sujet de déception, le canton de Zurich a tardé à traiter notre initiative qui demandait que la population concernée soit consultée au sujet d’un site pour l’entreposage définitif de déchets nucléaires. Les chambres fédérales ont adopté entre-temps la nouvelle loi sur l’énergie nucléaire qui dit qu’un tel site relève de la compétence du Conseil fédéral. Récemment, « Bedenken » et « IGEL » ont fusionné sous le nom de « KLAR ! Schweiz3 » avec pour objectif d’axer la lutte sur le plan politique et ceci, au niveau international. Il convient de sensibiliser l’ensemble de la population pour sortir du nucléaire. Première étape : cesser de produire des déchets tant qu’on n’a pas trouvé la solution pour les éliminer et renoncer à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Jean Laurent, habitant de Benken

1 Abréviation pour Bewegung gegen eine Atommülldeponie in Benken. Traduction française : doute, scrupule.

2 Abréviation pour Interessen-Gemeinschaft für Energie und Lebensraum. Veut dire hérisson.

3 Abréviation pour Kein Leben mit Atomaren Risiken, soit pas de vie avec des risques nucléaires.

KLAR ! Schweiz Steig 1 8465 Rudolfingen Compte de chèques postaux 90-152872-8 (Klar Schweiz 8463 Benken)

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www.klar-schweiz.com


Du plutonium pour la paix ?

La Cogema, filiale d’Areva, vient de prendre livraison de 140 kg de plutonium de qualité militaire issu du démantèlement partiel de l’armement atomique des Etats-Unis. Nom de l’opération « Mox for Peace ». De nombreuses questions se posent autour de ce projet fortement médiatisé, parmi celles-ci, l’inquiétante perspective de la mise en place d’un gigantesque marché mondial de combustible nucléaire destiné à la production d’électricité dans le futur.

Les faits

Le 20 septembre dernier, deux véritables « forteresses flottantes », spécialement conçues pour le transport de matières radioactives, ont quitté le port de Charleston (USA) en direction du port militaire de Cherbourg (F). Des deux navires battant pavillon britannique, il n’y en a en réalité qu’un qui contient les 140 kg de plutonium de l’arsenal militaire américain, l’autre servant à la fois de leurre et d’escorte. Les conditions de sécurité mises en place par les autorités américaines, britanniques et françaises sont impressionnantes, chaque bateau est équipé d’un armement important, avec des forces spéciales à bord. Après son arrivée à Cherbourg, le 6 octobre au matin, le conteneur contenant la poudre d’oxyde de plutonium a été acheminé en camion à l’usine de La Hague toute proche, afin d’y être conditionné pour le transport jusqu’au complexe nucléaire de Cadarache, près d’Aix en Provence. C’est à Cadarache que le plutonium sera mélangée à de l’uranium et conditionnée sous forme de pastilles et de crayons de Mox, lesquels seront ensuite transférés jusqu’à l’usine Melox qu’Areva exploite à Marcoule (Gard) pour fabriquer quatre « assemblages combustibles » analogues à ceux que certaines centrales nucléaires françaises brûlent aujourd’hui dans leurs cœurs. Ce n’est qu’au début de 2005 que ces assemblages repartiront pour les Etats-Unis.

Un transport à hauts risques

De Cherbourg (Manche) à Cadarache (Bouches du Rhône), ce sont plus de 1000 km qui ont déjà été parcourus sur les autoroutes françaises, au milieu de la circulation ordinaire, à la merci d’un accident ou d’un acte terroriste. Face à l’exceptionnel dispositif de sécurité mis en place autour de ce convoi, on est en droit de se demander pourquoi le plutonium commercial régulièrement transporté par la Cogema à travers la France, au rythme de deux à trois convois chaque semaine, ne bénéficie pas de la même protection. En France, ce sont en effet plus de 10 tonnes de plutonium qui circulent chaque année depuis l’usine de retraitement de la Hague en Normandie vers l’usine de fabrication de combustible nucléaire MOX de Marcoule, dans le Gard. Ces transports hebdomadaires de plutonium s’effectuent dans des véhicules non blindés sous une protection policière dérisoire.

Déchet ou richesse ?

D’où provient ce plutonium ? Après la signature, en 1993, du traité Start II, prévoyant la mise au rancart de près de 8000 ogives thermonucléaires, Russie et Etats-Unis ont décidé d’utiliser l’uranium enrichi provenant de ces munitions devenues inutiles comme combustible pour leurs centrales électronucléaires, sous le contrôle de l’AIEA. Restait le plutonium. En septembre 2000, les deux pays s’entendent finalement pour procéder à l’ « élimination » de 34 tonnes de plutonium militaire chacun, mais qu’en faire ? A l’époque, la doctrine américaine condamnait le recyclage du plutonium pour cause de risque de prolifération des armes nucléaires. Par contre, la Russie a toujours été partisane de la reconversion de ses matières fissiles militaires en combustible civil. Elle a besoin d’électricité et « un gramme de plutonium égale une ou deux tonnes de pétrole » dixit la Cogema. Tandis que la Russie opte pour la transformation du plutonium en MOX, les Etats-Unis hésitent encore entre deux « solutions » : enfouir le plutonium sous terre, après « immobilisation » dans une matrice de verre, de céramique ou même après mélange avec des déchets très radioactifs ou... le « recycler » en Mox

Revirement américain

Finalement, c’est la seconde alternative qui l’emporte en 1997. Il s’agit tout bonnement de l’abandon de deux décennies de politique américaine opposée au commerce de plutonium. Un lobbying fort d’Areva et de l’anglais BNFL, ainsi que de l’industrie nucléaire japonaise au cours des années 90, a permis d’écarter les autres options de gestion du plutonium. Au moment où les perspectives de pénurie d’énergie sont à l’ordre du jour, c’est ce projet de rentabiliser le plutonium militaire qui l’a emporté sur les autres.

Pourquoi la France ?

On peut s’étonner que les Américains n’aient pas fabriqué leur propre Mox, mais, ni eux, ni les Russes ne maîtrisent cette technologie dont les Français se sont fait les spécialistes. L’opération « Mox for Peace », avec tous les dangers qu’elle comporte, n’est donc ni plus ni moins qu’un test pour Areva. S’il fonctionne, une usine de fabrication de Mox sera construite à Savannah River (Caroline du Sud) avec la technologie française. Budget global : 2 milliards de dollars, dont 300 millions pour Areva. Les deux grands devant se débarrasser de leurs stocks de plutonium à peu près au même rythme, la même opération devrait se répéter pour la Russie, où une autre usine de retraitement sera construite. Mais, faute de financement national, c’est les Etats du G8 qui vont aider la Russie qui risque bien, de ce fait, de devenir le lieu d’entreposage et de retraitement des combustibles nucléaires usés de la planète.

Stratégie à long terme

Alors que la Chine, le Japon, la Finlande, la Corée du Sud ou le Brésil construisent de nouvelles centrales et que l’on sait qu’un essor massif de l’électronucléaire n’est actuellement pas durable avec les réacteurs classiques, faute d’uranium, le choix du retraitement semble indiquer que l’option de construction de réacteurs futurs sera celle de réacteurs à neutrons rapides fonctionnant au Mox. Ainsi, grâce à ce financement de la communauté internationale, par le biais du G8, Areva bénéficierait d’un tremplin pour les projets d’avenir de l’industrie nucléaire mondiale : c’est-à-dire les réacteurs de génération IV et les installations de retraitement qui sont indispensables à leur fonctionnement.

Mensonges

En cherchant à attirer l’attention des médias et de la population sur cette opération, les résistants écologistes principalement français, mais aussi américains, veulent démontrer le double langage des industriels et des autorités. Pourtant, certains pronucléaires n’hésitent pas à taxer la dénonciation de cette opération par les organisations écologistes de contradictoire : en transformant du plutonium destiné à fabriquer des bombes en combustible pour les centrales nucléaires, n’est-ce pas pour la paix et la non prolifération que l’industrie nucléaire française agit ? Les mensonges propagés par les bénéficiaires de ce programme ne doivent pas nous endormir. Le prétendu combat pour la non prolifération n’est qu’un prétexte grossier : le nucléaire civil est par essence lié au nucléaire militaire puisque ce sont les réacteurs nucléaires qui ont fourni et fournissent, partout et toujours, le plutonium destiné aux bombes. Sans centrales « civiles », il n’y aurait pas de bombe atomiques (V. encadré). De même l’uranium appauvri - le même qui empoisonne l’Irak, l’Afghanistan et les Balkans - est un sous-produit de l’industrie nucléaire « civile ». La France, le Royaume-Uni, la Russie et les Etats-Unis sont les quatre pays producteurs d’armes à uranium appauvri aujourd’hui vendues à plus de 15 pays dans le monde.

Pas d’état d’âme

La transformation du plutonium militaire en Mox n’a rien d’un projet pacifiste, il s’agit bien entendu d’un pur et juteux marché industriel. Comment en serait-il autrement ? Areva fait tout simplement son beurre en utilisant les accords de désarmement signés par la Russie et les Etats-Unis et en profite pour mettre en application une stratégie énergétique extrêmement ambitieuse, avec l’appui des gouvernements du G8. Pour être tout à fait honnête, précisons que si la démarche d’Areva n’a rien de pacifiste, elle n’est pas non plus par essence une démarche belliqueuse. Elle est sans état d’âme, c’est une démarche commerciale qui ne s’embarrasse pas de ce genre de dilemme. Tout comme le plutonium, l’argent n’a pas d’odeur. Tout profit est bon à prendre et, pour Areva, les profits sont toujours de l’ordre de la démesure, comme l’industrie que cette société représente.

Et la démocratie ?

Par contre, on est en droit de s’interroger sur le rôle joué par les autorités françaises qui, non seulement protègent et assurent en cas d’accident cette opération commerciale, mais tentent par surcroît de museler les manifestations citoyennes qui l’entourent. Toute l’opération, qui est placée sous la tutelle du haut fonctionnaire de la défense, au ministère de l’Economie, est en effet classée « secret défense ». L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui est chargée de surveiller l’ensemble des installations nucléaires civiles en France, a donné son feu vert à l’expérience d’Areva et autorisé la réouverture temporaire de l’Atelier de technologie du plutonium de Cadarache, pour le traitement du plutonium américain. L’ASN a expliqué qu’« il s’agit d’une opération ponctuelle portant sur une faible quantité de matière ». Les écologistes considèrent que la décision de fermeture de l’Atelier aurait dû suffire à empêcher cette opération. En effet, après huit longues années de demandes infructueuses, l’ASN (qui n’a donc d’autorité que dans le nom) a obtenu la fermeture « définitive » de l’Atelier de plutonium de Cadarache en été 2003, en raison d’une protection insuffisante contre les risques de tremblement de terre. Alors que le courrier, adressé par le Réseau « Sortir du nucléaire » au Premier Ministre le 10 mars 2004, lui demandant « de bien vouloir prendre le décret de mise à l’arrêt définitif de l’Atelier de plutonium de Cadarache afin que l’exploitant se conforme aux règles de sécurité élémentaire édictées par l’Autorité de sûreté », est resté sans réponse et que la procédure de recours en référé devant le Conseil d’Etat pour tenter de faire interdire l’utilisation, par la société Areva, de l’Atelier de plutonium de Cadarache, menée par le Réseau le 30 septembre est, elle aussi, restée sans suite, le jeudi 7 octobre à 8h30, au moment où le plutonium traverse la France, un huissier de justice remet, au siège national du Réseau « Sortir du nucléaire » à Lyon, une assignation de 700 pages de la COGEMA et du CEA pour comparaître ce même jour à 14h au Tribunal de Grande Instance d’Aix en Provence. Comment un avocat pourrait-il défendre le Réseau dans un délai aussi court (en 5 h1/2 !) et prendre connaissance des 700 pages de l’assignation ? Dans cette assignation, le CEA et la COGEMA demandent au Tribunal d’interdire de s’approcher de moins de 500 mètres sur l’ensemble du périmètre de la clôture du Centre de Cadarache, de gêner ou d’entraver de quelque manière que ce soit, les opérations d’acheminement et de déchargement jusqu’à leur lieu de traitement du plutonium américain, sous peine d’une astreinte provisoire de 75 000 euros par infraction constatée. Face au profond mépris avec lequel les entreprises de l’industrie nucléaire traitent la population, qui est en droit d’avoir toutes les explications concernant des activités commerciales qui mettent en danger des dizaines de milliers de citoyens, le Réseau « Sortir du nucléaire » a demandé au Ministère de l’intérieur de communiquer aux citoyens combien auront coûté les mesures de sécurité impressionnantes (armée, police...) déployées pour ce plutonium américain dans les seuls intérêts commerciaux de la multinationale Areva. Que faire face à cette fuite en avant de plus en plus dangereuse de l’industrie nucléaire, prête à satisfaire tous les besoins en énergie, présents et futurs, de la planète ? Le mouvement de protestation, pour avoir quelque chance de porter des fruits, devrait être à l’échelle de ces enjeux économiques titanesques. Seule une mobilisation et une prise de conscience sérieuses, relayées par les instances politiques et les médias, pourraient faire pencher la balance.

Fabienne Gautier

Le Plutonium

Né par et pour les militaires, cette matière artificielle extrêmement dangereuse est très radio toxique. Un microgramme de plutonium est suffisant pour déclencher un cancer chez un homme (par inhalation par exemple). Le plutonium est créé par la réaction nucléaire en chaîne dans les réacteurs nucléaires. En effet, une partie de l’uranium naturel enrichi qui est employé comme combustible (environ 1% dans la configuration actuelle) se transforme en plutonium. Il est ensuite extrait de ces combustibles irradiés à l’usine Cogema/Areva de La Hague. La quantité de plutonium nécessaire et suffisante pour faire une bombe nucléaire de la puissance de celle de Nagasaki avec du plutonium tel qu’il est fabriqué à La Hague est d’environ 8 kilos. L’usine de La Hague en fabrique plus de dix tonnes par an.

 
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