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Articles par thèmes :
Déchets - Retraitement
Journal par No :
No 69, avril 2003
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann
No 69, avril 2003
Publié le samedi 29 septembre 2007

Les déchets radioactifs, qu’en faire ? Cessons d’en faire !

Dans la terrifiante aventure nucléaire, s’il est un problème épineux entre tous, c’est bien celui posé par la gestion des déchets radioactifs qui s’accumulent un peu partout dans le monde. Ces déchets monstrueux, dont personne ne veut, dont on ne sait que faire et que nous nous apprêtons à fourguer allègrement aux suivants. Bel héritage !

La mer comme poubelle

Dès le début de l’exploitation des centrales, la problématique des déchets nucléaires a été si bien occultée que tout un chacun en était venu à penser qu’ils n’existaient purement et simplement pas ! Et pour une bonne cause : durant des décennies, les exploitants des centrales nucléaires les ont discrètement fait disparaître en les immergeant dans les océans ! On n’allait tout de même pas crier la chose sur les toits, d’autant plus que, moralement, on était couverts par les scientifiques de l’époque, lesquels garantissaient que les fûts résisteraient pendant des millénaires. Or, quelques décennies plus tard, il y a fort à parier que la majeure partie des quelques 55’000 bidons radioactifs largués en mer jusqu’en 1982 aient relâché leur contenu. Cette dramatique hypothèse est d’autant plus plausible que l’on a constaté récemment que plus de 400 fûts de déchets radioactifs stockés à Dessel, au nord de la Belgique et qui, à l’origine, étaient destinés à être immergés, sont actuellement défectueux. On peut alors aisément imaginer ce qui a dû se produire avec les 55’000 fûts confrontés à la présence du sel et des courants marins !

Des déchets de plus en plus dangereux

Lorsque cette honteuse pratique de l’immersion fut enfin interdite, il fallut bien imaginer une nouvelle parade ! Les exploitants des centrales nucléaires suisses s’orientèrent alors vers la pseudo-solution la plus aberrante qui soit : le retraitement dans les usines de La Hague (F) ou de Sellafield (GB). Outre les dégâts incommensurables infligés à l’environnement par les rejets radioactifs en mer via ces usines - qui sont à l’origine d’une augmentation significative des cas de leucémie -ou les dangers liés aux transports de ce matériel : irradiation des wagons, risques d’accidents, terrorisme etc., la technologie du retraitement constitue en soi une vaste supercherie ! Contrairement aux allégations de l’industrie nucléaire, il ne s’agit absolument pas de recyclage ! Seul 1 % du combustible irradié, à savoir le plutonium, est réutilisable. Le solde forme des déchets radioactifs dont le volume augmente énormément lors du retraitement et dont l’entreposage devient plus difficile, plus onéreux et plus dangereux.

Le mythe du Mox

Parallèlement à l’utilisation du plutonium pour le conditionnement des bombes atomiques, on pensait à l’époque qu’on allait pouvoir utiliser cette substance, ô combien dangereuse, pour le fonctionnement des surgénérateurs du type « Super Phénix ». Après l’échec de Creys-Malville et de la filière de la surgénération, on s’est rabattu sur l’utilisation du plutonium - sous forme d’un mélange avec de l’uranium, appelé Mox - comme combustible dans les centrales nucléaires classiques, telles Beznau ou Gösgen en Suisse. Non seulement les éléments Mox sont plus chers que le combustible traditionnel d’uranium, mais les réacteurs nucléaires, initialement prévus pour tourner à l’uranium, et non au Mox, deviennent plus difficilement maîtrisables : les réactions sont plus rapides et les marges de sécurité en sont d’autant amoindries. L’utilisation d’éléments Mox produit des déchets dont l’entreposage est plus difficile que celui des déchets radioactifs traditionnels, pourtant déjà suffisamment problématique.

Nos déchets voyagent

Alors pourquoi donc avoir choisi la voie du retraitement qui, à première vue, ne semble comporter que des inconvénients ? La chose paraît entendue : qui dit retraitement dit éloignement des déchets pendant des décennies et il y a fort à parier que nos nucléocrates ont opté pour la solution du retraitement moins par la nécessité d’extraire le plutonium de leurs déchets que par celle de les voir s’éloigner le plus longtemps possible, tout en caressant même le secret espoir qu’ils ne reviennent jamais. En effet, jusqu’à la promulgation de la loi Bataille, entrée en vigueur en France dès 1991, rien n’obligeait les pays clients de la Hague à récupérer leurs déchets retraités : quelle aubaine ! Depuis, cependant, il a bien fallu se rendre à l’évidence : tôt ou tard la totalité des déchets retraités rentreront au bercail. En Suisse, le premier rapatriement de déchets en provenance de La Hague a eu lieu en décembre 2001 par train. Le convoi transportait 11 tonnes de déchets vitrifiés qui ont été entreposés provisoirement à Würenligen. Ce n’est là évidemment qu’un début, lorsqu’on sait que les contrats passés avec la France portent sur au moins 765 tonnes de combustible nucléaire irradié. On n’a pas fini de rigoler !

Cacher la m... au chat !

Face à cette nouvelle donne, nos autorités se rallient actuellement à l’option privilégiée par les nucléocrates de tous bords, la panacée à leurs yeux : l’enfouissement, c’est-à-dire le stockage en couche géologique profonde. Obéissant ainsi à un réflexe archaïque : on creuse et on enfouit sous terre ce qu’on ne veut pas voir ! Mais, quel géologue pourra nous assurer de la stabilité des couches géologiques choisies pour ce genre d’exercice ? Et qui peut prévoir comment réagiront les conteneurs enfouis au cours des années et des siècles ? Qui peut affirmer que des fuites ne se produiront pas un jour ou l’autre, laissant le poison mortel s’échapper dans le sol, contaminant ainsi les nappes phréatiques ? Des régions entières seront alors irradiées ! Charmantes perspectives quand on connaît les retombées terrifiantes de la catastrophe de Tchernobyl !

Que vous le vouliez ou non...

Les citoyens du canton de Nidwald ont bien montré, en refusant d’accueillir dans leur sous-sol, au Wellenberg, un site d’entreposage de déchets radioactifs, qu’ils avaient pris toute la mesure du danger qu’un tel projet représentait ! Qui, d’ailleurs, accepterait un tel cadeau ? Les autorités fédérales, suite à ce vote négatif, ont, quant à elles, bien enregistré la leçon : puisque aucun canton n’acceptera jamais de son plein gré d’accueillir ces encombrants déchets, elles viennent de retirer, dans la nouvelle et scandaleuse loi fédérale sur l’énergie nucléaire (LENu), le droit de veto aux cantons en matière d’enfouissement des déchets (on en reparlera !). Alors, les déchets nucléaires qu’en faire ? Pour notre part, nous continuons à répéter que la première chose à faire, c’est d’arrêter d’en produire. Nous ne pouvons nous rallier à aucune démarche en vue d’une hypothétique solution au problème tant que cette condition préalable n’est pas remplie. Ce serait faire la part belle au lobby nucléaire qui prétexterait, bien évidemment, que la question des déchets étant « résolue », il n’y a aucune raison d’arrêter l’exploitation des centrales nucléaires. Et pourquoi pas, pendant qu’on y est, en construire d’autres ?! Une fois la décision prise de sortir du nucléaire, il faudra bien s’atteler à la recherche de solutions les moins mauvaises possible, car il n’en existe aucune de bonne ! A la question : les déchets nucléaires, qu’en faire ? Il n’y a décidément qu’une seule réponse : cessons d’abord d’en faire. Sortons du nucléaire !

Anne-Cécile

 
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