association antinucléaire genevoise    logo
Accueil du siteJournalArticles par paysJapon
Dernière mise à jour :
samedi 13 octobre 2018
Statistiques éditoriales :
446 Articles
5 Brèves
1 Site Web
3 Auteurs

Statistiques des visites :
2229 aujourd'hui
1603 hier
1436291 depuis le début
   
Articles par thèmes :
Sécurité - Terrorisme
Articles par pays :
Japon
Journal par No :
No 87, octobre 2007
No 87, octobre 2007
Publié le mardi 23 octobre 2007

Le réacteur nucléaire ne résiste pas au séisme

Après le séisme du 16 juillet, la plus grosse centrale nucléaire du monde a été fermée en urgence. Au moins 400 millions de becquerels se sont échappés d’un des réacteurs endommagés.

La centrale nucléaire de Kashiwazaki Kariwa est la plus importante du monde (7 réacteurs totalisant 8212 MW). Elle alimente la capitale japonaise, Tokyo. Le 16 juillet, un tremblement de terre d’une intensité de 6,8 a eu lieu dont l’épicentre se trouvait à seulement neuf kilomètres de cette centrale, provoquant l’effondrement d’un millier de bâtiments, tuant onze personnes, en blessant plus d’un millier. La centrale nucléaire n’a pas résisté au séisme : un important incendie s’y est déclaré au niveau des transformateurs, des fuites d’eau radioactive se sont écoulées en mer à la suite de la rupture de canalisations, des fûts de déchets radioactifs stockés sur le site se sont ouverts, les sept piscines de stockage ont débordé, des sols et des murs se sont fissurés… Au total, 67 incidents simultanés ont été relevés dont 15 dans les parties nucléaires. Une ligne haute tension interne s’est effondrée. Sept personnes ont été blessées au sein de l’enceinte de la centrale. Quatre réacteurs sur sept seulement étant en fonctionnement, tous arrêtés en urgence. L’incendie a été provoqué par un affaissement du sol de cinquante centimètres sous le réacteur n°3. A certains endroits, l’affaissement atteint 1,60 m.

Mensonges radioactifs

Le 16 juillet, Tepco, la compagnie d’électricité a reconnu des rejets radioactifs liquides d’environ 60 000 becquerels, puis le lendemain de l’accident le chiffre est monté à 90 000 becquerels… Ensuite, le sujet a disparu de la presse internationale. Pourtant au Japon, les révélations se sont poursuivies jour après jour. Une piscine a laissé déborder 1200 litres d’eau très radioactive. Des conduites se sont brisées, des cheminées se sont déboîtées rendant inopérants les filtres à poussières radioactives. Celle du réacteur numéro 7 est restée ainsi ouverte pendant trois jours libérant un nuage radioactif estimé à 400 millions de becquerels (1) ! Le nuage radioactif contenait notamment de l’iode 131, de l’iode 133, du cobalt 60 et du chrome 51. Le site internet de Tepco censé alerter les populations est bizarrement tombé en panne à ce moment là. Le 25 juillet, Tepco a annoncé que le réacteur n°1 a été noyé par une nappe d’eau de deux millions de litres. L’exploitant a justifié ces erreurs d’estimation en annonçant qu’il avait préféré protéger son personnel plutôt que de faire des mesures en zone radioactive ! C’est la même firme qui, en 2002, a été condamnée pour avoir menti au moins 29 fois dans des rapports remis aux autorités. Suite à ce procès qui s’est achevé en 2007, plus de 200 nouvelles falsifications ont été mises au jour.

La centrale fermée

La mairie a décidé le 18 juillet de suspendre pour au moins un an l’autorisation de fonctionnement de la centrale qui assurait à elle seule 6 % de l’électricité du Japon. Le gouvernement japonais a accepté la décision du maire dès le lendemain et a également accepté la tenue d’une inspection de l’AIEA, agence de l’ONU. Les inspecteurs japonais qui se sont rendus sur place ont estimé que c’était une « chance » qu’il n’y ait pas eu plus de conséquences nucléaires. Toutefois les inspections n’ont été que partielles : certaines parties des réacteurs sont inaccessibles… pour de longs mois. La presse a rappelé que les normes pour les centrales nucléaires japonaises n’obligent pas les constructeurs à les faire résister à un séisme supérieur à 6,5 (il s’agit d’une échelle logarithmique : 6,8 correspond à une intensité de séisme trois fois supérieur à 6,5).

En France, le Réseau Sortir du nucléaire a publié pendant l’été toute une série de documents confidentiels provenant des ministères et d’EDF montrant que cette dernière rechigne à investir les sommes nécessaires pour remettre aux normes antisismiques les réacteurs français. En 2003, l’ASN, autorité de sûreté nucléaire, avait mis en avant notamment des insuffisances dans les centrales de Bugey et de Fessenheim, les plus anciennes… La mise aux normes se chiffrerait en milliards d’euros. Depuis, EDF n’a rien fait. Le ministère a également demandé la fermeture d’installations à Cadarache, le site de recherche nucléaire étant situé sur une faille sismique… or c’est sur ce site que la France veut construire Iter, le réacteur expérimental de fusion nucléaire, un dossier où la France l’a emporté sur son concurrent japonais !

(1) Rien de comparable toutefois — pour le moment — avec un accident de type Tchernobyl où les rejets ont été estimés à au moins 70 000 Pbequerels (millions de milliards de becquerels) !

Michel Bernard (du Journal « Silence », diffusé en Suisse par contrAom)

Note de la rédaction

Et qu’en est-il en Suisse ?

Pour prendre l’exemple de la centrale de Mühleberg, les normes de sécurité et de surveillance appliquées pour et par cette installation ont déjà fait couler beaucoup d’encre. En 2002, le rapport annuel de l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique) épinglait les exploitants de Mühleberg ! Quant au réseau romand

« Sortir du nucléaire », il est catégorique : « La centrale ne résisterait pas à une secousse sismique, le personnel est mal formé et la priorité donnée à la maîtrise des coûts d’exploitation se fait au détriment des travaux pour augmenter la sécurité ».

(réd)

 
Articles de cette rubrique
  1. No 87, octobre 2007
    23 octobre 2007

  2. No 75, octobre 2004
    2 octobre 2007

  3. No 51, janvier 2000
    2 octobre 2007

  4. No 50, octobre 1999 - dossier sur l’accident de Tokaimura
    2 octobre 2007