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Articles par pays :
Allemagne
Journal par No :
No 89, février 2008
Auteurs :
Philippe Gobet
No 89, février 2008
Publié le jeudi 28 février 2008

Des leucémies en plus grand nombre près des centrales nucléaires...

Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises de l’Allemagne dans ce journal, entre autres pour les décisions courageuses que ce pays a su prendre pour mettre fin à moyen terme au recours à l’énergie nucléaire (1).

Savez-vous qu’en 2007, la production d’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables a passé en Allemagne de 11% à 14% ? C’est trop peu bien entendu, mais c’est un pas énorme en une année… Les industries éoliennes et solaires sont en plein boom dans ce pays, à tel point qu’on commence à manquer d’ingénieurs qualifiés dans ces domaines…

Une étude percutante

En décembre 2007, l’Allemagne se fait de nouveau remarquer, mais cette fois par une étude de l’Université de Mayence (2) qui prouve ce que nous disons depuis des années (il faut bien le reconnaître malgré la modestie qui nous est si naturelle) : le nucléaire n’est pas une énergie propre, même en l’absence de catastrophes. On découvre donc que parmi les enfants de moins de cinq ans grandissant à moins de cinq kilomètres d’une des seize centrales atomiques du pays, les cas de leucémie sont deux fois plus fréquents que dans d’autres régions !!! Evidemment, les scientifiques n’ont pas pu prouver de relation de cause à effet… même s’ils admettent que l’étude est sérieuse. « L’université de Mayence tient depuis longtemps un registre du cancer des enfants. Sur demande de l’Office fédéral pour la protection contre les radiations, elle a étudié les cas de leucémie apparus dans un rayon de cinq kilomètres autour des centrales nucléaires.(…) Entre 1980 et 2003, 37 enfants de moins de cinq ans vivant dans le voisinage des réacteurs ont été atteints de leucémie ; dans les régions éloignées, la moyenne statistique est de 17 cas. Les auteurs de l’étude en concluent que 20 enfants supplémentaires ont été atteints en l’espace de 23 ans, parce qu’ils vivaient près des centrales. » (2) C’est peu, heureusement (encore qu’en parlant de leucémie, le « peu » est une énorme souffrance humaine de trop), mais sur le plan médical, on prétend pourtant que la radioactivité des centrales est mille fois trop faible pour déclencher un cancer dans le corps d’un petit enfant !!!

Ben alors, c’est pas la faute des centrales ?

Puisqu’on nous le dit que c’est pas à cause des centrales !!! C’est comme quand des pittbulls dévorent un gamin, ce n’est pas leur faute, jusqu’à ce jour ils avaient toujours été si gentils ces toutous (c’est le joli chienchien à sa maman, oui, donne la papatte, oh qu’il est chouchou le chienchien !) le gamin a sans doute dû les provoquer… Il a crié ou joué au parc, bref c’était un gamin mal éduqué !!! Cons de parents !!! Quant aux cancéreux près des centrales, ça doit être psychologique sans doute, comme dans la région de Tchernobyl. J’irais même jusqu’à dire que c’est un peu la faute des antinucléaires : on n’a pas idée de raconter des choses aussi inquiétantes, ça nous stresse le population ! Ca nous angoisse et on se sent mal ! Allez, attaquons Anne-Cécile en justice pour mise en danger de la santé publique ! Obligeons Contratom à écrire sur sa page de titre en gros caractères : « CE JOURNAL PEUT METTRE VOTRE SANTE EN DANGER ! ». Fusillons les rédacteurs ! Et vivons heureux, yeux fermés et oreilles bouchées !

L’effet des -soi-disant- faibles doses

Bref, revenons à l’Allemagne. Dans ce pays, « la radioactivité mesurée à proximité des réacteurs ne doit pas dépasser 0,3 milli-Sievert (mSV) par an. Il s’agit là d’un seuil très bas, puisque la radioactivité naturelle dans la Forêt Noire ou les Alpes atteint 1,4 mSV par an et celle des appareils médicaux 1,8 mSV. » (2) Mais c’est oublier , comme l’a montré Rosalie Bertell depuis des années (3), qu’en matière de radioactivité et de faibles doses il est vain d’opposer la radioactivité naturelle et artificielle : les deux s’additionnent, et la radioactivité « naturelle » n’est pas bonne pour la santé pour autant… « Selon un des experts, le risque est supérieur à la normale dans un rayon de 50 kilomètres. Et plus la proximité est grande, plus celui-ci augmente . L’étude conclut que le risque de cancer augmente de 60% pour un enfant qui habite à moins de 5 km d’une centrale, et même de 117% si l’on prend en compte uniquement les leucémies. » (4) Le journaliste américain Robert James Parsons écrit : « Compte tenu de l’état des connaissances scientifiques actuelles, on peut très bien expliquer le résultat par la radioactivité des centrales. C’est exactement ce qu’a fait le docteur Chris Busby, à plusieurs reprises d’ailleurs, travail impeccable pour lequel il a été vilipendé. La doctoresse Rosalie Bertell, épidémiologue spécialisée dans la radiation à basse intensité, ne cesse de claironner depuis des années que les normes de sécurité pour protéger contre les rayons ionisants sont totalement bidon. Ce fut le point de départ de Busby ». (…) Parsons poursuit ainsi : « Dans mon Connecticut natal, où se trouvent trois centrales nucléaires, on constatait une forte augmentation de cancers autour des centrales dès le début. Les autorités chargées de la santé publique de l’État de Connecticut, en réponse à ces statistiques alarmantes, ont interdit aux hôpitaux de cueillir des informations sur le(s) lieu(x) où habitaient — ou avaient habité — les patients atteints du cancer, cela sous prétexte de protection des données personnelles. » (5) Le problème de la désinformation et du refus de tenir des statistiques médicales ou de les garder confidentielles se retrouve dans tous les pays, et est encore plus flagrant pour tout ce qui concerne le problème de l’uranium appauvri (Kosovo, Irak, etc.) : les autorités ne veulent rien voir et rien savoir.

Et chez nous, qu’en est-il ?

En Suisse, selon Philippe Bach dans le Courrier, (7) « la Ligue suisse contre le cancer a décidé de mener une recherche similaire. Ce que réclame aussi la Division de la sécurité des installations nucléaires qui a plaidé, le 11décembre dernier pour un registre national des tumeurs et des cancers (la nouvelle a été relayée par l’Agence télégraphique suisse). Quant à l’Office fédéral de la santé publique, il examine actuellement la recherche allemande et étudie la possibilité de lancer une investigation similaire en Suisse ». En France, le Réseau “Sortir du nucléaire” demande de toute urgence une étude scientifique équivalente à celle menée en Allemagne. ContrAtom souhaite aussi que des études sérieuses soient menées, et pas seulement autour des centrales : nous avons aussi à Genève un équipement nucléaire, le gigantesque et souterrain LHC (pas le Lausanne Hockey Club, mais le remplaçant de l’accélérateur de particules LEP), tout à fait inoffensif d’ailleurs…Oh comme il est gentil le LHC à son papa, donne la papatte !

Le nucléaire n’est pas et ne sera jamais une énergie propre !!! Résistons !

Philippe Gobet

(1) L’accord sur la sortie du nucléaire, passé entre le gouvernement Schröder et les groupes d’électricité, prévoit la déconnexion de la dernière centrale en 2023. (2) La Libre Belgique - 10/12/2007 - Marcel Linden (3) « Sans danger immédiat »- Rosalie Bertell (4) Le Temps 14 décembre 2007 Cancers et centrales nucléaires : une étude allemande instille le doute, Yves Petignat (5) Robert James Parsons Salle de Presse Palais des Nations (6) A consulter aussi : Chris Busby , « Wolves of Water » (7) Philippe Bach, Le Courrier, 15 décembre 07 (8) Voir par exemple le journal ContrAtom No 62, disponible sur notre site :

 
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