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No 52, avril 2000
Publié le vendredi 28 septembre 2007

Pierre Vanek :

Ueli Müller :


Etude sérieuse ou fumisterie fantaisiste ?

La soi-disant « étude »1 commanditée par les exploitants de centrales nucléaires suisses, publiée à la veille de la mise en consultation du projet de nouvelle loi sur l’énergie nucléaire, débute ainsi : « La Suisse dispose d’une production d’électricité très respectueuse de l’environnement fondée sur la force hydraulique et l’énergie nucléaire »2.

On pourrait en rester là. Mais ce matériel mérite qu’on le regarde de plus près. Un bref parcours en huit points à travers cette fumisterie :

1) l’abandon du nucléaire y est présenté comme une catastrophe, il « équivaudrait à la perte de capital engendrée par un tremblement de terre.3 » Ceci alors que toute mention d’autres catastrophes, bien réelles celles-là et où les victimes ne sont pas les portefeuilles des actionnaires, comme celle de Tchernobyl avec son cortège de mort, est soigneusement bannie du texte.

2) les oeillères qu’on cherche à nous poser d’autorité sont en effet particulières. Défense de parler des erreurs du passé : « La question du bien fondé de la décision prise à la fin des années soixante de construire de telles centrales est aujourd’hui entièrement hors de propos... »4, quant à l’avenir : « Ce qui est fait est fait Et c’est plutôt à l’avenir que nous devrons prendre les décisions de l’avenir.5 »

3) de plus, ces décisions hypothétiques, reportées à l’avenir, ne sauraient être celles des citoyen-ne-s puisque : « La fixation de durées de vies totales ou restantes pour l’exploitation des centrales ne relève pas de la compétence de la politique. » Ce qui n’empêche pas un « expert » de travestir effrontément les décisions réelles prises par le peuple : « En 1990, le peuple suisse a dit fondamentalement oui à l’énergie atomique »eci alors qu’une majorité populaire a bien voté une interdiction pour 10 ans de construire de nouvelles centrales !

4) la décision sur le nucléaire est présentée explicitement comme devant découler d’un calcul économique - et seulement économique - des exploitants des centrales, qui jouent cartes sur table en annonçant qu’ils sont « des entreprises à caractère industriel et commercial » qui « exploitent donc une forme d’énergie aussi longtemps que celle-ci présente un intérêt économique8 » Intérêt économique pour leurs actionnaires évidemment, les critères écologiques ou sociaux globaux sont écartés. La fixation d’un terme à la vie des centrales serait une décision « insensée sur le plan économique.

5) d’ailleurs, loin de certaines images d’Epinal sur la libéralisation du marché qui tuerait le nucléaire et profiterait aux consommateurs, les atomistes tablent sur une recomposition monopolistique qui contribuera à leur sauver la mise : « La forte concurrence devrait entraîner ces prochaines années sur le marché européen un « remembrement de la propriété » auquel devrait succéder une augmentation des prix. Vues sous cet angle, les perspectives économiques de l’électricité d’origine nucléaire sont favorables…10 »

6) mais le « scénario référence, fondant le calcul des soi-disant surcoûts pour sortir du nucléaire, vaut le détour.

Il comporte notamment deux axiomes :

A. « Les centrales nucléaires peuvent être exploitées de manière sûre pendant 50 à 60 ans.11 » A l’appui de ce doublement miraculeux de la durée de vie initialement prévue des centrales, ou de leur sûreté garantie, aucun fait n’est apporté, si ce n’est le renvoi à des « études faites par les autorités fédérales ». La « future contribution des installations existantes » à la couverture des besoins énergétiques correspondrait, grâce à ce tour de passe-passe, environ au double de ce qu’elles ont fourni jusqu’ici.11

B. Et tout ça en rasant gratis ou presque. En effet les « frais de capital des centrales existantes » sont présentés comme étant nuls (zéro francs !) et ceci jusqu’au milieu du siècle prochain.13 Avantageux non ? Même si, par ailleurs, les exploitants vantent leur « maîtrise technique de l’énergie nucléaire » qui passerait notamment par le fait que « moyennant des dépenses considérables, nous modernisons régulièrement nos installations ».

7) Evidemment à ce tarif-là, l’atome paraît une bonne affaire, mais pour arriver aux 40 milliards de surcoûts lié à la sortie du nucléaire l’« étude » escamote encore les coûts de démantèlement des réacteurs, ceux liés aux déchets radioactifs, ou au risque d’accident imposé à la collectivité, y compris financièrement à travers le plafond arbitraire dérisoire de l’assurance RC qui leur est imposée. Elle fonde en outre sa « démonstration » sur une substitution intégrale de la production hypothétique, cumulée sur des décennies, d’un nucléaire avantageux, par des centrales au gaz. Sans prendre en compte le potentiel d’économies d’énergie ou de développement de la production renouvelable. La production au gaz en question n’est pourtant estimée pour toute la période qu’à 13,6 milliards en frais directs, pour arrondir à 40,1 milliards, ils doivent encore ajouter 15,1 milliards pour la couverture d’un « risque » …le « risque du prix du gaz », qui pourrait augmenter, et 11,4 milliards pour limiter les émissions de CO2 ! 14

8) Tout ça n’est pas sérieux, même emballé dans des formes académiques. Un ou deux arguments méritent encore d’être cités. Vous êtes pour le développement des énergies renouvelables et pour une reconversion énergétique ? Alors il faut à tout prix faire perdurer le nucléaire. En effet : « le maintien de l’option nucléaire pendant aussi longtemps que cela sera techniquement possible [...] entraînera des avantages économiques qui faciliteront également une reconversion éventuelle du système énergétique. »15 Vous êtes pour l’utilisation rationnelle de l’énergie entraînant une baisse de la consommation ? Vous mettez en péril les renouvelables ! En effet : « Les besoins d’électricité continueront à progresser [...] donc on pourra développer les énergies renouvelables indépendamment de ce qu’il arrivera du nucléaire ».16 etc. D’ailleurs qui vivra verra, comme disent les NOK (exploitant la centrale de Beznau) il faut tirer les centrales actuelles vers des durées de vie de 50 ou 60 ans et « On verra au cours de cette période si des économies d’énergie auront vraiment eu lieu et dans quelles proportions, et dans quelle mesure les énergies alternatives se seront imposées » !17

Pierre Vanek

1 Disponible sur le site de l’Association suisse pour l’énergie atomique : www.aspea.ch

2 Bremer Energie Institut, Conséquences économiques d’un abandon de l’énergie nucléaire en Suisse (Version abrégée p.1)

3 Idem p.5

4 Intervention du Prof. Silvio Borner, du centre des sciences économiques de l’Uni. de Bâle à la conf. de presse des exploitants

5 Préface à l’étude par S.Borner

6 Communiqué de presse des exploitants du 22.2.00

7 S.Borner, compte rendu de la Conf. de presse dans ASPEA No 5/00

8 Document fourni par les NOK à la conf. de presse

9 V. note 7

10 V. note 2 ( p.4)

11 V. note 8

12 V. note 2 (p.2)

13 V. note 2 (p.7)

14 idem

15 V. note 2 (p.5)

16 Prof. Pfaffenberger, thèses réapitulatives dans le bulletin ASPEA No 5/2000

17 V. note 8


A vos stylos !!!

ContrAtom a pris connaissance du nouveau projet de loi sur l’énergie nucléaire du Conseil Fédéral. Nous y reviendrons plus en détail dans notre prochaine édition.

Ce projet de loi est inacceptable. A fin décembre, Moritz Leuenberger ne disait-il pas qu’il « n’y aura jamais de nouvelles centrales nucléaires en suisse » ? Or le projet mis en consultation détaille toute les conditions pour autoriser de nouveaux réacteurs. (Pour l’anecdote, jusqu’à la mise en place des gabarits avant l’ouverture du chantier par exemple...)

Nous avons donc décidé de soutenir la réaction de la Coordination nationale Sortir du nucléaire porteuse des deux initaitives fédérales antinucléaires déposées l’an passé.

Il s’agit de réagir à la consultation du Conseil fédéral sous forme de pétition (pétition au format pdf).

Signez,faites-signer. Commandez-nous des feuilles supplémentaires. Merci !

Pierre Vanek


Il faut une loi pour la sortie du nucléaire plutôt qu’une loi atomique

La question centrale de la politique nucléaire est la suivante : quand sortir du nucléaire ? Le Conseil fédéral ne veut pas répondre à cette question. Le projet de « loi sur l’énergie nucléaire » ne peut donc pas faire office de contre-projet aux initiatives pour la sortie du nucléaire. Avec sa « consultation populaire » Sortir du nucléaire prend le contre-pied.

Le projet de loi sur l’énergie nucléaire, présenté par le Conseil fédéral le 6 mars 2000, est bienveillant à l’égard des centrales nucléaires. Le Conseil fédéral a répondu à la question centrale relative au délai de fermeture des centrales nucléaires dans l’esprit du lobby atomique. Malgré deux annonces préalables, la limitation dans le temps de la durée d’exploitation des centrales nucléaires a été rayée du projet. Afin que le ministre de l’énergie puisse sauver la face, la variante suivante a été inscrite : « Les centrales nucléaire actuelles devront être désaffectées au terme de X années de fonctionnement. » Cette variante a encore été édulcorée, puisque la limitation de durée de fonctionnement ne sera fixée que suite à la consultation et dépendra de la conformité au droit de la propriété. Ce sont donc deux moyens qui permettraient d’enterrer la limitation de la durée de fonctionnement.

Tant que cela ne coûte rien aux exploitants des centrales, le Conseil fédéral est prêt à faire des compromis :

  • Pour les sites de stockage de déchets nucléaires, l’approbation des cantons concernés est exigée pour les autorisations de forage. En revanche, l’autorisation de construire proprement dite des sites de stockage est l’affaire exclusive de la Confédération. Ce procédé est trompeur puisque les conditions d’autorisation dépendent des stades du projet. C’est inadmissible que les sites de stockage de déchets nucléaires, suite à la phase de fermeture, ne soient plus considérés comme des sites nucléaires et que les risques à long terme soient reportés sur la collectivité.
  • L’interdiction de retraitement d‘éléments combustibles usés est positive. Cependant, les exploitants des centrales nucléaires peuvent encore honorer les contrats en cours. Comme seule la moitié des éléments combustibles suisses ont été retraités, cela signifie que 650 tonnes attendent encore que le plutonium en soit extrait et menacent les êtres humains et l’environnement.

Le contenu de ce projet de loi ne correspond pas aux déclarations du Conseil fédéralqui le considère comme un contre-projet direct aux initiatives Sortir du nucléaire et Moratoire-plus.

Sortir du nucléaire demande que le Conseil fédéral respecte ses propres déclarations. Un contre-projet aux initiatives pour sortir du nucléaire ne peut pas être une loi sur l’énergie nucléaire qui recommande l’utilisation de l’énergie nucléaire. Il doit s’agir d’une loi sur la sortie du nucléaire. Sortir du nucléaire concrétise cette volonté en lançant une « consultation populaire » (v. au verso) qui peut être signée par tout le monde. Cette consultation populaire sera très largement diffusée au sein des organisations qui soutiennent les initiatives. Les signatures récoltées seront transmises mi-juin au Conseil fédéral.

Ueli Müller

resp. de campagne nucléaire de Greenpeace

Pour contacter directement Sortir du nucléaire :

Case postale 3000 Berne 7

Tél : 031 313 34 30 Fax : 031 313 34 35

 
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