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Russie - Europe de l’Est
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No 75, octobre 2004
No 75, octobre 2004
Publié le dimanche 30 septembre 2007

Au Bélarus, les recherches sur la radioactivité sont en « relégation »

Dans un pays qui subit, 18 ans après l’explosion du réacteur de Tchernobyl, les conséquences sanitaires dramatiques de cette catastrophe, le plus éminent spécialiste en la matière, le professeur Youri Bandajevsky est toujours empêcher de poursuivre ses recherches et le lobby nucléaire, sous couvert de venir en aide à la population, tente de dissimuler les effets de la contamination atomique. Nous vous livrons ici les dernières nouvelles du médecin en relégation ainsi qu’un bref compte-rendu du voyage au Bélarus du professeur Michel Fernex.

Bonnes nouvelles

Pour une fois, les nouvelles du professeur Bandajevsky ne sont pas trop mauvaises . Après 3 ans et demi passés en prison et comme la loi l’y autorisait depuis janvier 2004, Youri Bandajevsky a été envoyé en relégation le 29 mai dernier dans une colonie située à 200 km à l’Ouest de Minsk. Il devrait y rester jusqu’à la fin du mois de décembre 2004 lorsqu’il aura droit à la liberté conditionnelle. Pour l’heure, il n’ai pas autorisé à quitter le territoire administré par la colonie, mais il peut recevoir des visites de l’étranger et parler à des journalistes. Le professeur Michel Fernex et son épouse Solange, qui se sont rendus au Bélarus au début du mois de juillet confirment que Youri est actuellement installé dans une jolie maison traditionnelle en bois qu’il a retapée et dans laquelle il peut recevoir sa famille. La campagne alentour est magnifique et non contaminée. Les autorités chargées de l’administration sont bienveillantes et sympathiques. Les responsables de la colonie se montrent aussi ouverts que possible, dans une situation administrative et judiciaire qui ne dépend pas d’eux. Le but de la relégation consiste à préparer les détenus à un retour à la vie normale. C’est parce que le directeur a considéré que les capacités et la personnalité de Youri Bandajevsky cadraient mal avec un travail de bûcheron au milieu de détenus de droit commun, que le médecin a le droit d’habiter dans une maison louée, à 30 km de la colonie et se remettre à ses travaux scientifiques. À côté de la maison, il y a un bâtiment en béton à l’abandon. Youri parle d’y installer un laboratoire.

Combattre CORE

Durant leur séjour dans l’Etat du Bélarus, les époux Fernex ont rencontré plusieurs personnalités susceptibles d’influencer le sort des millions de victimes de Tchernobyl intoxiquées par les radionucléides, ainsi que celui du professeur Bandajevsky. Tout d’abord, ils ont rendu visite au représentant de la DDC (Agence suisse pour la coopération et le développement) à Minsk, dont le jugement influence toute l’aide venant de la DDC au Bélarus (1.45 millions de CHF en 2004), ils ont parlé avec lui du soutien de la DDC à l’Institut Belrad du professeur Nesterenko, dans le cadre du projet CORE (Coopération pour la réhabilitation des conditions de vie dans les territoires de Biélorussie contaminés par l’accident de Tchernobyl, V. encadré), lequel prévoit de mesurer la charge en Césium 137 chez des enfants pendant trois ans. Le professeur Fernex a remis à ce collaborateur de l’aide humanitaire suisse sur place, un texte qu’il a rédigé, traitant de la nécessité de distribuer de la pectine aux enfants contaminés, en précisant que l’éthique médicale interdit de poser un diagnostic chez des enfants, sans mettre en œuvre un traitement quand il existe : en cas de charge importante en Césium137, la pectine est indiquée. La deuxième visite a lieu, avec Vassili Nesterenko, chez l’ambassadeur de France au Bélarus. L’ambassadeur connaît très bien le dossier Bandajevsky et il assure apporter son soutien permanent et déterminé à la réintégration totale, civile et scientifique, du professeur, lors de chacun de ses contacts avec les autorités du pays. Le professeur Fernex fait part à l’ambassadeur incrédule de ses critiques concernant le projet européen CORE. (V. encadré) Solange et Michel Fernex ont également rencontré les responsables des projets « Villages disparus » qui leur ont montré la licence officielle donnée à la pectine par le Ministère de la santé ukrainien avec le schéma réglementaire de cure pour les enfants contaminés. Ce document est très important pour la suite des démarches au Bélarus. Ne pas oublier les enfants qui ont besoin de pectine pour éliminer le césium radioactif :

http://www.comite-bandajevsky.org/

FG

Sources : « Nouvelles de prison » transmises par Wladimir Tchertkoff, Michel Fernex

Critique du programme CORE

Ce projet, qui a démarré au second trimestre 2003, repose sur une Organisation non gouvernementale dénommée CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire), créée par Electricité de France (EDF) et le Commissariat français à l’énergie Atomique (CEA), avec AREVA comme membre supplémentaire. Le centre d’étude coordonne des groupes de recherche intervenant dans les régions contaminées par Tchernobyl, en particulier le groupe ETHOS, et pilote des équipes universitaires. La Commission européenne a décidé d’affecter 2 millions d’euros au programme CORE. Les enseignants et doctorants en agronomie, sociologie, technique ou physique, regroupés au sein du groupe ETHOS travaillent en zone contaminée. Le rôle que leur impose le CEPN, et dont ils ne sont probablement pas conscients, c’est l’élimination des structures existantes de radioprotection des populations et notamment les Centres locaux de contrôle radiologique mis en place par l’institut Belrad (Voir encadré). En effet, les mesures de ces centres attirent l’attention sur la gravité de la contamination radioactive du pays et sur son impact sur la santé des populations et sont de ce fait inacceptables pour le lobby nucléaire. C’est la raison pour laquelle le programme CORE ne prend jamais en considération le problème de l’élimination des radionucléides du césium 137 incorporé dans l’organisme par les habitants via la nourriture contaminée. Au contraire, en faisant purement et simplement abstraction des problèmes de santé dans une région où plus de 80% des enfants sont malades, alors qu’ils n’étaient que 20% avant 1986, ce projet doit parvenir à masquer le drame sanitaire engendré par les radionucléides répandus par l’explosion du réacteur. Il s’agit d’un mensonge par omission. Alors que le professeur Nesterenko et ses collaborateurs pensent qu’il est nécessaire, sinon d’évacuer tous les enfants des territoires contaminés, au moins de distribuer d’urgence de la pectine pour freiner la catastrophe sanitaire croissante, CORE refuse de financer la pectine et organise la réhabilitation des territoires contaminés. En effet, l’adoption officielle de la prophylaxie par absorbants à base de pectine pour protéger au moins les 500 000 enfants contaminés du Bélarus, changerait la nature de ce programme européen de façon radicale. Car reconnaître à la pectine de pommes une efficacité et une utilité réelles porterait à reconnaître automatiquement qu’une contamination de masse existe et qu’elle est bien causée par le Césium137 répandu par l’incendie de Tchernobyl. L’objectif de CORE est de montrer qu’au contraire, il est possible de vivre, de travailler, de cultiver dans des territoires contaminés jusqu’à 40 Curies/km2, voire davantage, grâce à des conseils ou la fourniture de « mallettes pédagogiques ». Si des spécialistes aux ordres du lobby nucléaire, affirment que la situation radiologique des territoires contaminés permet la culture des pommes de terre et l’installation de travailleurs avec leurs familles, il est clair que leurs rapports doivent omettre tout ce qui concerne l’état catastrophique de la santé des enfants. Ils doivent démonter qu’il est possible d’occuper tous les espaces évacués, y compris bientôt celui des 30 km autour de la centrale, devenu réserve naturelle ouverte au tourisme. Le but ultime du lobby du nucléaire, au travers de ce programme, est de chercher à établir des directives en vue du prochain « accident nucléaire » qui serait inéluctable selon les experts. En cas d’accident, la priorité devrait être la réduction des dépenses. Ceci implique de considérer comme intangible, le dogme de la non-nocivité des faibles doses de rayonnements ionisants. Vassili NESTERENKO est physicien, directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences du Bélarus jusqu’en juillet 1987, date à laquelle il est limogé, accusé d’être un alarmiste et un semeur de panique. Dès les premières heures après l’explosion du réacteur de Tchernobyl, le professeur Vassili Nesterenko réclame en effet l’évacuation immédiate des habitants dans un rayon de 100 kilomètres de la centrale au lieu de 30 km. Il conteste les mensonges du gouvernement soviétique sur les conséquences de la catastrophe et quitte définitivement l’institut de l’énergie nucléaire en 1990 pour créer, avec le soutien de Andrei Sakharov, de Karpov et de l’écrivain Ales Adamovitch, l’Institut de radioprotection indépendant Belrad. Dans les villages les plus contaminés du Bélarus, il organise 370 Centres locaux de contrôle radiologique, où il forme les médecins, les enseignants, les infirmières à la radioprotection et les familles à la façon de traiter les aliments pour diminuer la contamination. En 1996, Nesterenko adopte avec succès l’additif alimentaire à base de pectine de pommes, recommandé par le Ministère de la santé ukrainien comme absorbant du césium137. En un mois de traitement la charge en radionucléides de l’organisme de l’enfant peut baisser de 60-70%. L’Institut Belrad se débat pour survivre dans de grandes difficultés financières. Parmi les donateurs qui soutiennent le travail de l’institut, figurent des citoyens européens, adhérents d’associations, qui défendent l’environnement et la santé. Suite aux critiques de ces associations à l’encontre des agissements d’ETHOS, Nesterenko a été inséré dans le Programme CORE, sans qu’il soit toutefois autorisé à poursuivre son action de protection prophylactique des enfants contaminés. Le projet CORE marginalise et escamote les problèmes de santé des victimes de l’irradiation chronique, principalement interne, liée à l’incorporation de radiocésium et de strontium avec les aliments. Les autres mesures radiamétriques finalement accordées à Belrad ne se traduisent pas, dans le projet CORE, par des mesures de prévention des complications cliniques chez les enfants présentant une charge importante, ce qui est inacceptable du point de vue de l’éthique.

 
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