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Articles par thèmes :
Uranium appauvri
Journal par No :
No 54, septembre 2000
No 54, septembre 2000
Publié le dimanche 30 septembre 2007

Crimes de guerre radioactifs

(Nous reproduisons ici, avec tous nos remerciements à son auteur, l’éditorial du bulletin de la section romande de la Centrale Sanitaire Suisse, paru en juin dernier)

Dans un récent article sur la guerre du Vietnam et « l’exceptionnelle cruauté d’un affrontement qui causa la mort de 58000 américains et de plus de 3 millions de vietnamiens »1, Ignacio Ramonet écrit : « Des jeunes vétérans comprennent alors que la guerre du Vietnam n’aura jamais son Tribunal pénal international, que les vrais responsables politiques et militaires des massacres, du napalm répandu, des bombardements aériens contre les civils, des exécutions massives dans les bagnes, et des désastres écologiques provoqués par l’usage massif des défoliants ne passeront jamais devant une court martiale et ne seront jamais condamnés pour crimes contre l’humanité ».2

Également, il n’y aura jamais un Tribunal pénal international pour les nouveaux crimes contre l’humanité que les responsables politiques et militaires des Etats-Unis (avec la complicité des responsables anglais) ont commis en Irak pendant la Guerre du Golfe, en Serbie et au Kosovo pendant la dernière guerre de l’OTAN : l’utilisation massive d’armes à Uranium appauvri (U.A.). Un métal lourd, hautement toxique comme tous les métaux lourds et, en plus, faiblement mais dangereusement radioactif.

Pour se représenter correctement la gravité de ces crimes, il est nécessaire de maîtriser un petit nombre de données technique.3 L’Uranium naturel est un mélange de trois types différents d’Uranium, l’U234 (présent au .005%), l’U235 (.7%) et l’U238 (99.3%), aux propriétés physiques très différentes mais tous également radioactifs. L’Uranium appauvri est un « déchet nucléaire » : il est le résultat de l’extraction de la plupart de l’U235 contenu dans l’Uranium naturel, pour que l’U235 soit utilisé comme explosif dans les bombes atomiques ou comme combustible dans les centrales nucléaires (c’est dans ce sens qu’il est « appauvri », c’est-à-dire, appauvri en U235). A la fin de ce procès d’extraction, l’Uranium contient seulement .001% d’U234 et .2% d’U235 ; l’Uranium appauvri est donc presque complètement composé d’U238.

Les Etats-Unis et tous les autres pays nucléaires (dans le civil et dans le militaire) disposent à présent de milliers de tonnes d’U.A., dont ils ne savent pas trop bien quoi faire. Radioactif, toxique, c’est toutefois un métal aux propriétés remarquables : extrêmement dense (environs 20 gr/c presque le double du plomb), doué d’une puissante capacité d’absorption de neutrons, facile a travailler et façonner dans les formes les plus diverses ... Il fallait bien lui trouver une utilisation militaire !

C’est vrai, il est radioactif ; faiblement, avec une vie moyenne de 4.5 milliard d’années (après cette période, une moitié de la quantité initiale sera encore « en vie », l’autre se sera transformée en plomb). Chaque fragment que l’on peut prendre dans la main expose l’organisme humain à une dose appréciable de radioactivité béta. Une journée de contact par la peau avec une telle source équivaut à être exposé à la dose maximale de radioactivité acceptable pendant toute une année. Manier un morceau d’U.A. pendant un certain temps correspond à être exposé à une radiographie du thorax pendant une période 100 fois plus longue.

C’est vrai, il est hautement toxique en tant que métal lourd (comme et plus que le plomb). En plus, lors d’un impact à haute vitesse contre une cible, au moins le 70% du métal vaporise et s’oxyde, en créant un nuage de gaz et de poussière à très haute température. Ce nuage contient des fragments microscopiques du métal et de l’oxyde d’Uranium ; il se déplace avec les vents, pénètre partout et est respiré par la population civile. Le risque dépend de la forme chimique de la pollution. Pour la partie du nuage qui est soluble dans l’eau, l’U.A. est absorbé dans le corps par ingestion ; dans ce cas, les reins sont les organesles plus facilement endommagés par les effets toxiques de l’U.A. en tant que métal lourd. Pour la partie qui n’est pas soluble, le danger vient du fait de respirer la poussière, qui se dépose dans les poumons et contribue - par l’action de la radioactivité - au cancer des poumons. 4 Tout ça était bien connu des militaires et des scientifiques américains qui ont développé les armes à U.A. utilisées pendant la Guerre du Golfe (plusieurs centaines de tonnes d’U.A.) et la guerre de l’OTAN (au moins 40 tonnes sur la Serbie et le Kosovo). Mais, d’une part, les avantages de l’U.A. (haute densité, extrême dureté, puissante capacité de pénétration) étaient trop tentantes ; et, d’autre part, la contamination d’une région entière, pour les prochains milleniums, et l’affaiblissement de toute une population, provoqué par l’ingestion d’un produit toxique et par la présence dans les poumons d’un puissant cancérigène, étaient vraiment importants pour les responsables politiques et militaires américains ? ou étaient-ils, peut-être, déjà prévus dans les programmes stratégiques des États-Unis (surtout pour l’Irak) ?

La mortalité infantile en Irak (enfants qui meurent pendant la première année de vie) est passée du 5.4% (1979-1984) au 10.8% (1994-1999) ; pour les enfants qui meurent avant d’avoir 5 ans, elle est passée du 6.7% au 13.1%. Les taux de leucémie, cancer aux poumons, malformations congénitales, ... augmentent chaque année. Il ne s’agit pas seulement, évidemment, des effets de l’U.A, qui est maintenant pénétré dans l’écosystème, dans les produits agricoles, dans la nappe phréatique et donc dans l’eau potable ; c’est l’effet conjugué de l’embargo imposé par les Etats Unis, des destructions des installations civiles et sanitaires pendant la guerre, de la pollution chimique engendrée par le bombardement des puits de pétrole, etc. Mais on ne doute pas que la présence de plusieurs tonnes d’U.A. en Iraq (comme, à présent, en Serbie et au Kosovo), dans le sol, dans l’air, dans les plantes, dans l’eau et dans le corps des irakiens contribue de façon importante à ce triste bilan de santé.

La Centrale sanitaire suisse est en train de chercher les premiers contacts, en Irak et en Serbie, qui pourraient lui permettre d’agir dans ces deux régions ; les problèmes engendrées par la présence d’U.A. pourraient constituer une base d’action commune. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des initiatives envisagées. Mais, naturellement, l’aide concrète que la CSS peut offrir est bien limité ; à côté de nos éventuelles interventions plus spécifiques, il me semble que nous devrions tous - membres de la CSS, amis, lecteurs du Bulletin - agir pour que, au moins dans l’opinion publique, un véritable Tribunal pénal international pour ces crimes contre l’humanité puisse voir le jour. Un tribunal informel mais puissant, créé par une patiente activité d’information, de discussion et d’analyse qui neutralise la désinformation et l’oubli des média et l’arrogance des puissants.

Bruno Vitale

Centrale Sanitaire Suisse, section romande, case postale 1318, 1211 Genève 1

http://home.datacomm.ch/hjs/css/css...

1 Le Courrier, 28 avril 2000

2 Sur l’utilisation des défoliants et les terribles conséquences pour la santé des vietnamiens, voir l’éditorial du bulletin No 111 (mars 2000) de la Centrale sanitaire suisse :« L’agent orange : une histoire secrète »

3 Une bonne présentation des données concernant les caractéristique physiques et chimiques de l’U.A. et les dangers pour la santé qu’il présente peut être touvée dans : The potential effects on human health and the environment arising from the possible use of depleted uranium during the 1999 Kosovo conflict, UNEP/UNCHS Balkan Task Force, octobre 1999

4 Depleted Uranium, Ministère anglais de la défense, juillet 1999 (www.nrpb.org.uk)

 
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