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Articles par thèmes :
Votations (Suisse)
Articles par pays :
Suisse
Journal par No :
No 71, octobre 2003
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann Philippe Gobet
No 71, octobre 2003
Publié le dimanche 30 septembre 2007

L’après 18 mai

Nos initiatives passées à la trappe, où en est-on maintenant sur le plan légal au niveau du nucléaire ? Personne ne semble plus vraiment se préoccuper de la suite de l’histoire ! Silence radio dans les gazettes helvétiques !

Et pourtant, il y aurait des choses à dire pour éclairer la lanterne de nos concitoyens. Les Suisses savent-ils, par exemple, qu’en votant NON aux initiatives, ils acceptaient ipso facto la toute nouvelle LENu (loi sur l’énergie nucléaire), mise sous toit le 21 mars dernier par nos autorités fédérales ? Il y a fort à parier que la plupart des citoyens de ce pays ignorent tout de l’existence de cette loi et, a fortiori, de son scandaleux contenu !

Que dit la LENu ?

Tout d’abord, la construction de nouvelles centrales est désormais possible, contrairement à toutes les déclarations faites auparavant par le Conseil fédéral ! Ensuite, nos autorités n’envisagent aucune sortie du nucléaire ! Quelle folie, ces centrales ont été conçues pour une durée d’exploitation d’une trentaine d’années, toute prolongation de ce délai augmente le risque potentiel d’accident. Quand on sait que Mühleberg, pour ne prendre que cet exemple, comporte des fissures de 2 mètres sur la jupe du cœur, retenues par des agrafes, on est en droit de se faire du souci. Encore un point scandaleux à relever dans le contenu de cette loi scélérate : le droit de veto par rapport à l’enfouissement des déchets nucléaires est retiré aux cantons, le sous-sol de chaque canton étant dorénavant considéré comme propriété de la Confédération. Quant aux commissions d’experts indépendants exigées par les milieux antinucléaires pour la surveillance des centrales, elles sont bien entendu refusées. Le contrôle des installations appartient donc toujours au lobby nucléaire. Voilà le travail ! Cette situation dramatique devrait donner à réfléchir à tous ceux qui, en refusant nos initiatives pensaient innocemment dire simplement non à une sortie prématurée du nucléaire, comme le laissait entendre la propagande des nucléocrates.

Le référendum manqué

De toute évidence, cette loi aurait dû faire l’objet d’un référendum afin que le peuple puisse se prononcer en toute connaissance de cause et dise s’il accepte ou non ces scandaleuses conditions. A ContrAtom, nous étions à fond pour relever le défi. Cela nous semblait constituer le moyen idéal de relancer le débat et d’éclaircir les choses. Un sondage VOX n’a-t-il pas révélé tout récemment qu’un tiers des votants a dit NON aux initiatives en pensant dire NON au nucléaire ? (V. article p.6) D’autre part, 45’000 signatures (il en faut 50’000 pour un référendum fédéral) n’avaient-elles pas déjà été réunies au printemps 2000 pour soutenir une pétition contre cette même loi alors qu’elle était à l’état de projet ? Cela aurait été aussi l’occasion de ne pas rester au tapis après l’échec, mais de se remettre debout, de serrer les rangs et de repartir ensemble dans une nouvelle campagne ! Hélas, sans nous laisser le temps d’en débattre, le WWF et Greenpeace ont immédiatement annoncé qu’ils ne lanceraient pas le référendum et qu’ils refuseraient, le cas échéant, de le soutenir. Les partis politiques traditionnellement de notre côté (gauche et Verts) se sont également dégonflés. Le Comité romand Sorti du Nucléaire, qui dans un premier temps s’était prononcé à une large majorité pour lancer le référendum, a renoncé à son tour. Et voilà donc ContrAtom contrainte alors, la mort dans l’âme, à la capitulation : impossible de partir seule en campagne lorsqu’il s’agit de récolter 50’000 signatures en 3 mois !

Dommage !

Je n’en suis pas encore remise !

Anne-Cécile


Votations antinucléaires : les paradoxes de la voix populaire......

une victoire dans les intentions, mais une défaite dans les urnes

Au lendemain de la cuisante défaite du 18 mai (rejet des deux initiatives antinucléaires par le peuple), différentes explications étaient données par les milieux antinucléaires. Mais le bouquet, c’était la parution de la traditionnelle étude Vox sur les motivations des Suisses lors du vote.

Celle-ci mettait en évidence le problème de la « mal-information » lors du vote : 38% des citoyens qui ont voté NON aux deux initiatives antinucléaires étaient incapables de justifier leur choix et se prononçaient en fait CONTRE toute nouvelle centrale nucléaire en Suisse, donc en réalité POUR le moratoire… Vraisemblablement, ils n’avaient rien compris et nous nous retrouvons victorieux dans les intentions mais vaincus en voix.

Un grand merci au Conseil fédéral qui a habilement joué sur la confusion en présentant 9 sujets de vote en même temps. Mais d’autres explications peuvent être amenées pour expliquer cette défaite. En voici quelques-unes :

  • Du côté du comité romand de soutien aux initiatives (sortir du nucléaire), mais également dans le numéro précédent de ContrAtom, on insistait sur le déséquilibre financier des forces en présence. Rappelons que les pronucléaires ont disposé de moyens énormes, disproportionnés par rapport aux nôtres, que des spots publicitaires illégaux et mensongers ont été diffusés. Dégoûtés, des membres du comité pensaient même qu’il ne valait pas la peine de relancer des initiatives antinucléaires tant que la question financière était gérée de manière aussi anti-démocratique. Ils étaient plutôt en faveur du lancement d’une initiative limitant les budgets de campagne. Bref, le moral était au plus bas, même si certains soulignaient que des votations avaient été gagnées avec des budgets tout aussi disproportionnés. Il est vrai que c’était le plus souvent des référendums (par exemple contre la LME) et qu’il est en général beaucoup plus facile pour les Suisses de voter NON que OUI.
  • Plus aucun projet de centrale n’existe en Suisse, donc les gens se démobilisent, même et y compris les alliés traditionnels des antinucléaires (Verts, Socialistes, etc.). A la radio, on a même entendu un membre des Verts déclarer : « Le nucléaire ne fait pas partie de nos priorités ! ». Les Socialistes, quant à eux, étaient centrés sur leur initiative concernant l’assurance-maladie.
  • Quant au mouvement antinucléaire, j’espère ne vexer personne en disant que, dans son ensemble, il s’est mollement battu, peut-être par fatigue (lassitude de revenir toujours sur le même sujet…), mais peut-être aussi à cause de l’illusion que le moratoire était gagné d’avance… D’ailleurs, au niveau local, peu de gens sont venus soutenir le comité de ContrAtom, le téléphone ne sonnait pas beaucoup plus souvent… Bref, on a senti que d’autres priorités s’étaient mises en place dans la tête des gens (l’Irak, le G8, la mondialisation, les OGM…).
  • En 1990, le moratoire demandant le gel de toute construction de centrales pendant 10 ans touchait un peuple qui venait de se battre contre des projets de centrales (Verbois, Kaiseraugst) lesquels ont été abandonnés depuis. A l’époque, tout le monde était aussi sous le choc de la récente catastrophe de Tchernobyl (1986) et sous la menace permanente du surgénérateur de Malville. La peur du nucléaire ne pouvait pas être cachée sous les soucis quotidiens ou les nouvelles angoisses du XXIème siècle.
  • En 2003, le nucléaire est perçu par la majorité des Suisses (excepté quelques fossiles nucléocrates) comme une énergie du passé, qui va mourir et contre laquelle ça ne vaut donc plus la peine de se battre. Le moratoire existe de fait, même s’il n’a pas été accepté en votation… Il y a aussi une réflexion du type : je sais que ma voiture est pourrie et qu’elle pollue, mais elle m’a coûté cher et je veux la garder jusqu’à ce qu’elle n’avance plus du tout.

 Les milieux populistes de droite ont su faire peur avec le thème « tout cela va nous coûter très cher », alors que le comité romand a voulu éviter de jouer sur ce tableau et a préféré axer l’argumentation sur les solutions d’avenir pour donner une image plus moderne et positive du mouvement antinucléaire. C’était probablement un mauvais choix politique, puisqu’il semble malheureusement que, pour contrer la peur du Suisse moyen face au changement, il aurait fallu lui présenter une peur plus grande et non des arguments rationnels… Au niveau du matériel de campagne également, les choix graphiques n’ont pas fait l’unanimité.

  • Il faut savoir que plus de 95% des initiatives sont refusées par le peuple suisse depuis un siècle... On peut même penser que ce n’est pas pour rien que nous avons des droits que les citoyens d’autres pays n’ont pas : c’est parce que le pouvoir politique sait qu’on ne les utilise pas pour transformer la société !
  • Toujours d’un point de vue politique, il semble que le Conseil fédéral ait agi de manière rusée, pour ne pas dire fourbe : quelques mois après une votation morne et insignifiante, il a regroupé 9 ( 9 !!!) sujets de votation, qui plus est 9 sujets assez essentiels, car il savait pertinemment que quand trop de sujets à analyser se présentent aux électeurs, une majorité préfère renoncer et se ranger derrière l’avis du… Conseil fédéral ! De plus, nos édiles devaient bien s’imaginer que tant de sujets en même temps rendraient les campagnes de soutien plus dispersées, chacun se battant pour sa propre initiative, alors que les Neinsager avaient beau jeu puisqu’ils pouvaient dire NON à tout, avec un message simpliste et populiste centré sur l’argent (et la gestion des déchets pendant des milliers d’années, qui paie la facture ? On s’en fout, on sera mort !). Cet argument a été payant, c’est le cas de le dire, puisqu’il semble qu’il a touché l’endroit où pas mal de mes concitoyens ont mis leur cœur : leur porte-monnaie. Les Neinsager, reconnaissons leur sens politique, ont su « unifier » leur campagne, alors que les milieux progressistes sont partis au combat dispersés, ce qui était sans doute une grave erreur. Bien entendu, il était plus difficile de dire OUI d’un seul coup à des initiatives aussi diverses : antinucléaires, pour la santé, ou pour des dimanches sans voitures par exemple. Peut-être aurait-il été possible de trouver des arguments tels que « 7 x OUI pour un autre monde » ou « Dites OUI à un pays vivable pour nos enfants »… mais les regrets ne servent à rien, sauf s’ils nous amènent à être plus efficaces la prochaine fois…

Une anecdote très significative

Au soir des votations, un ingénieur pronucléaire ( !) déclarait à la radio suisse romande : « de toute façon, c’est clair que la fission n’est pas une énergie d’avenir, bien entendu on va en sortir... » Un autre paradoxe est le fait que les Suisses aient voté non à l’initiative du moratoire (dix ans sans nouvelles centrales) alors que de toute façon il n’y aura pas de nouvelles centrales dans les dix prochaines années en tout cas…

La déprime à ContrAtom

Il faut avouer que ce lamentable résultat de votation remet en question tout ce que nous faisons depuis dix ans (information, journaux, actions de rue etc.). Après une crise « dépressive », ContrAtom a trouvé, entre autres lors de son assemblée générale de juin, de nouvelles idées pour une meilleure information, une meilleure présence dans les journaux et dans les milieux altermondialistes par exemple. Cependant, toute idée demande de l’investissement, parfois financier mais surtout humain et c’est là que nous attendons votre soutien…

Philippe Gobet

 
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