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Allemagne
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No 68, décembre 2002
No 68, décembre 2002
Publié le dimanche 30 septembre 2007

L’Allemagne, locomotive économique de l’Europe, sort du nucléaire !

Le 11 juin 2001, le gouvernement allemand et les entreprises assurant l’approvisionnement en énergie électrique ont signé un accord décidant la fin de l’utilisation de l’énergie nucléaire. Le 5 septembre 2001, le gouvernement modifiait la loi sur l’énergie atomique pour y inscrire la sortie du nucléaire. En cinq paragraphes, nous faisons le point sur une décision historique et sur ce que l’initiative « Sortir du nucléaire » prévoit en Suisse.

Une sortie progressive du nucléaire grâce à un modèle flexible

La durée moyenne de vie des centrales nucléaires est dorénavant fixée à 32 ans. Le réacteur le plus ancien (Obrigheim) sera désaffecté fin 2002 ; la centrale nucléaire la plus récente (Neckarwestheim), sera désaffectée en 2021. L’accord définit la production maximale de courant que chaque centrale nucléaire est autorisée à produire. Les exploitants doivent communiquer chaque mois à l’Office fédéral compétent la quantité d’énergie produite. Lorsque la quantité maximale est atteinte, l’autorisation d’exploiter est automatiquement suspendue. Les entreprises productrices d’électricité ont la possibilité de désaffecter prématurément d’anciens réacteurs et peuvent, en contrepartie, exploiter plus longtemps des réacteurs plus récents. Bien sûr, ces détails vont faire hérisser les poils de nombreux lecteurs de ContrAtom, qui avec raison pensent que si les risques posés par les centrales nucléaires sont enfin reconnus, alors il faut tout mettre en oeuvre pour toutes les fermer au plus tôt. Cela donne un avant-goût des réactions auxquelles on peut s’attendre au lendemain d’une possible victoire en mai 2003 pour nos initiatives « Sortir du nucléaire ». Les dispositions prévues dans ces initiatives fixent à 30 ans la durée maximale d’exploitation des centrales nucléaires suisses (dernière fermeture de centrale en 2012).

Interdiction du retraitement

Le transport de déchets radioactifs à destination des installations de retraitement de la Hague (France) et de Sellafield (Grande-Bretagne) et leur retraitement seront interdits à partir du 1er juin 2005. Les entreprises exploitant les centrales nucléaires se sont engagées à aménager le stockage provisoire des déchets sur les sites même des centrales. On évite ainsi de multiplier le nombre des installations représentant des risques majeurs (centrales, transports, dépôts intermédiaires dépôts « définitifs »). En Suisse, le projet de loi sur l’énergie nucléaire déposé au Parlement par le Conseiller fédéral Leuenberger prévoyait aussi l’interdiction du retraitement, au terme des contrats signés avec BNFL et Cogéma. Mais, au contraire du Parlement allemand, l’Assemblée fédérale a biffé cette disposition. Seule l’adoption de l’initiative pourra mettre fin au retraitement des déchets suisses.

Augmentation du montant de la couverture d’assurance

Les exploitants des centrales allemandes devront décupler le montant de leur couverture d’assurance en passant de 500 millions à 5 milliards de francs. Cet argent permettrait de couvrir une plus grande partie des destructions causées par une catastrophe nucléaire. En Suisse, cette augmentation devrait suivre un facteur de 4300 ! Actuellement les exploitants ont assuré leurs centrales pour un montant d’un milliard de francs, alors que l’Office fédéral de la protection civile a estimé à 4’300 milliards les coûts qu’une catastrophe nucléaire en Suisse (rapport Katanos, 1995, OFPC Berne). C’est comme si un automobiliste décidait que sa prime RC ne couvrirait pas plus de 30 francs de dégâts... L’initiative « Sortir du nucléaire » impute explicitement aux exploitants des centrales les coûts de démantèlement.

Les mesures de sécurité renforcées

L’accord consensuel a renforcé les normes de sécurité des centrales nucléaires. Des révisions obligatoires seront imposées afin d’assurer que les installations répondent aux critères scientifiques et techniques actuels. Ainsi, toutes les nouvelles découvertes relatives aux pannes des centrales devront être prises en considération et les rénovations en découlant devront être entreprises. L’opinion publique allemande a frémi en apprenant que ce n’était pas déjà là une pratique courante. En Suisse, l’Autorité de surveillance et les exploitants des centrales nucléaires sont dirigés par un même corps de spécialistes, qui passent tantôt d’un poste de contrôleur à un poste de contrôlé. C’est pourquoi la centrale de Mühleberg, malgré des fissures qui continuent de progresser sur l’enveloppe de son cœur, n’est toujours pas fermée. La centrale de Würgassen en Allemagne, présentant le même problème, a par contre dû être définitivement arrêtée, vu l’ampleur des coûts des réparations que l’organe de contrôle imposait.

Priorité à un meilleur rendement énergétique et aux énergies renouvelables

L’Allemagne encourage la production décentralisée d’énergie, comme le couplage chaleur-force (procédé permettant de tirer d’une chaudière non plus seulement de la chaleur pour les radiateurs et l’eau sanitaire, mais aussi du courant électrique, d’où le terme « chaleur-force » ou « cogénération »), et donne la priorité aux énergies renouvelables. Un plan fédéral « 100’000 toits solaires » met en pratique le recours généralisé aux panneaux solaires pour préchauffer l’eau sanitaire. Les distributeurs d’énergie ont l’obligation d’accepter le courant provenant de sources renouvelables et de le vendre à un prix plancher fixé dans la loi durant vingt ans. Ces mesures sont complémentaires à la sortie du nucléaire. La volonté politique de sortir du nucléaire progressivement et sans accroc et d’interdire le retraitement est exemplaire sur le fond. Néanmoins, la sortie du nucléaire pourrait se faire bien plus rapidement. Cela diminuerait d’autant la quantité des déchets radioactifs produits ainsi que la période pendant laquelle nous devrons supporter les épées de Damoclès atomiques, représentées par chacune des centrales nucléaires en activité.

Philippe de Rougemont

 
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