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Articles par pays :
Japon
Journal par No :
No 75, octobre 2004
Auteurs :
Denis Perrenoud
No 75, octobre 2004
Publié le mardi 2 octobre 2007

Chronique des singes nus

On a besoin d’électricité… on ne peut se passer de centrales nucléaires… il faut faire confiance… les scientifiques et les connaisseurs de la technique nucléaire savent ce qu’ils font, ce sont des hommes et des femmes responsables… Oui, des hommes comme les autres, capables du meilleur comme du pire, de très beaux singes nus, il ne faut pas l’oublier.

Dès qu’un « pépin » survient dans une centrale par manque de précautions, par négligence… on se cache, on dissimule. Il ne faudrait pas affoler les populations… Et l’abandon du nucléaire ? Mais ça coûterait beaucoup trop cher… Tous ces propos nous reviennent à l’esprit dès qu’un événement nucléaire est porté à la connaissance de la population. Le dernier accident grave est survenu au Japon, tout dernièrement, mais cela aurait tout aussi bien pu être dans le Bugey, à 40 km de Genève. En effet, des situations incroyables viennent d’être dénoncées, au Japon comme en France, par des femmes et des hommes courageux pour qui le besoin et les coûts ne sont pas prioritaires. Pour ces gens-là, et pour les amis de ContrAtom, la priorité doit être donnée à la vie, sans aucune excuse. Voyons un peu ce qui s’est passé. Au Japon, cet été, un accident s’est produit dans la centrale nucléaire de Mihama, entraînant la mort de plusieurs personnes. La compagnie Kepco n’avait pas effectué une inspection de sécurité approfondie sur le système de refroidissement de la centrale. « Nous avons pensé que nous pourrions reporté les contrôles jusqu’à ce mois-ci » (le mois de l’accident), a déclaré à la presse le responsable de l’installation. En fait, depuis l’ouverture de la centrale en 1977, aucun contrôle par ultrason n’avait eu lieu sur le circuit secondaire. Or, seul ce type de contrôle est capable de déceler la qualité des tuyaux. Résultat : la paroi du tuyau qui a lâché faisait 1,4 mm d’épaisseur, au lieu des 10 mm initiaux ! Et il ne s’agissait pas d’un simple tuyau de salle de bain. Réactions : des Japonais qui habitent près de la centrale où a eu lieu l’accident ont été interrogés : « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter car, quand ça arrive, il n’y a rien qu’on puisse faire. » « Personne ici ne s’inquiète du nucléaire. Si quelque chose arrive, on mourra tous. » Merveilleux singes nus. En France, à 40 km de Genève, la centrale nucléaire du Bugey, comme les autres, fait l’objet d’inspections. Des rapports sont établis. Et après, que fait-on de ces documents ? Voici un exemple, daté du 24 août 2004 :

  • une importante fuite détectée et non réparée 7 mois plus tard !
  • des procédures erronées, incomplètes ou mal réalisées ;
  • des informations non transmises aux services de contrôle ;
  • insuffisance d’effectifs qui « contribue à un climat préjudiciable à la qualité des interventions » ;
  • manque de rigueur dans le respect des « règles en matière de radioprotection ». Ce qui amène les autorités de contrôle à formuler des « demandes d’actions correctives » qui semblent pourtant aller de soi :
  • « Je vous demande de respecter les règles en matière de radioprotection »,
  • « Je vous demande de prendre les dispositions nécessaires pour que tous les agents respectent les règles de sécurité »,
  • « Je vous demande de respecter les règles de l’assurance de la qualité »,
  • « Je vous demande de veiller au respect des Secteurs de Feu de Sûreté ».

De surcroît des réductions budgétaires dans les centrales nucléaires ont été décidées. En effet, au début 2000 déjà, François Roussely (alors Directeur d’EDF, Electricité de France) annonçait l’obligation de réaliser une baisse de 30% des coûts de production. On oublie très vite à quel point l’exploitation de centrales nucléaires relève d’une technique hyper sophistiquée, qui n’a rien de commun avec toutes les techniques inventées et développées à ce jour. En cas de dysfonctionnement conduisant à une dispersion en masse de poussières radioactives dans l’atmosphère et dans notre environnement en général, les conséquences seraient catastrophiques. La durée d’existence de ces particules radioactives se compte en milliers, voire en dizaines de milliers d’années. Le plutonium, par exemple, perd la moitié de son énergie en 24’000 ans. Une poussière d’un millionième de gramme pénétrant dans les poumons par la respiration, et c’est le cancer assuré ! L’accident de Tchernobyl est effroyable et on l’oublie. Hélas, il faut s’attendre à pire encore avec la contamination de continents entiers, tout à l’heure, demain, après-demain… ? Alors, que pouvons-nous faire ? Quelques suggestions :

  • S’intéresser au nucléaire et tenter de saisir pourquoi cette technique représente une découverte extraordinaire, mais en même temps un danger monstrueux ;
  • Puis, pour chacun, que ce soit à la maison, chez des amis, chez le coiffeur… il s’agit de susciter la discussion. Parler… parler…

Ne rien dire, c’est laisser faire !

Denis Perrenoud

 
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