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Journal par No :
No 87, octobre 2007
Auteurs :
Pierre Vanek
No 87, octobre 2007
Publié le lundi 22 octobre 2007

Sortir du nucléaire par la voie Leuenberger ?

C’est mal parti...

Lundi 3 septembre, le conseiller fédéral Moritz Leuenberger a rendu publique une liste de mesures concernant l’« efficacité énergétique » et la promotion des énergies renouvelables. Nombre des mesures préconisées, mises en consultation à la veille des élections et non pas décidées, comme l’ont laissé entendre certains médias, sont sans aucun doute positives et méritent d’être soutenues. Nous aurons l’occasion d’y revenir. Mais il y a un réel problème au niveau du cadre posé, des objectifs et des moyens de ce « plan ».

En effet, le communiqué du département de Moritz Leuenberger précise bien que le cadre c’est celui de la décision du Conseil fédéral de prétendue « réorientation » de la politique énergétique suisse, prise en février 2007, qui confirme que le gouvernement « continue à miser sur l’énergie nucléaire » et qu’il « estime nécessaire de remplacer les centrales nucléaires existantes ou d’en construire des nouvelles ». Vers des centrales « de remplacement ».

A la question posée au TJ de savoir si ses mesures permettraient de faire l’économie de nouvelles centrales nucléaires, Leuenberger a répondu froidement qu’il fallait « être réaliste » et que ses mesures permettraient, au mieux, d’« éviter d’avoir une centrale nucléaire de plus ».

Ainsi, ce plan ne se présente malheureusement pas comme permettant d’éviter le « remplacement » des cinq centrales atomiques helvétiques existantes. Sans parler de l’augmentation de puissance qu’on ne manquera pas de tenter de nous enfiler au passage.

Pas de réduction de la consommation électrique

Face au spectre agité de la « pénurie » fondée sur le postulat de référence d’une croissance massive de la consommation énergétique et notamment électrique, le scénario de Leuenberger parle, certes, d’efficacité énergétique accrue, mais n’envisage pas de réduire, en termes absolus, la consommation électrique. Il vise simplement à la « stabiliser » si possible à son niveau actuel.

Quant aux sources renouvelables d’électricité, ce scénario n’a pas pour objectif de les substituer au nucléaire existant, mais de les substituer aux « nouvelles centrales nucléaires » supplémentaires, considérées à défaut comme inévitables. De plus, on ne se fixe pas un but, en définissant les mesures pour l’atteindre, mais on évoque des mesures en disant qui si elles sont prises, et si ça marche, on atteindra, éventuellement, cet objectif.

La LME-bis contre la volonté populaire sape la planification énergétique

Il est vrai qu’avec la libéralisation-privatisation électrique, imposée par Leuenberger contre la volonté populaire exprimée en 2002, c’est le « marché » ou plutôt les grandes entreprises du secteur qui commanderont et toute idée de planification démocratique à long terme en la matière, avec fixation d’objectifs volontaristes, décidés démocratiquement, est taboue.

Pas de révolution à Berne donc, encore moins de changement de cap radical proposé. Citons à ce sujet le communiqué du Département de l’Environnement, des Transports, de l’Energie et des Communications (DETEC) : « Fondées sur les bases légales existantes, ces mesures devront consolider la politique énergétique menée jusqu’à présent. [...] Elles devront être compatibles avec les intérêts de l’économie, ne pas avoir d’incidence sur les budgets publics, être en accord avec les évolutions internationales et coordonnées avec les cantons et les milieux économiques. » Pas très exaltant, on « consolide » l’existant, on ne touche pas aux « bases légales » actuelles, ni aux budgets... et on répète, deux fois plutôt qu’une, qu’il faudra l’aval des « milieux économiques », soit - en clair - la bénédiction des milieux patronaux.

Compétitivité ou environnement ?

Sur ce point c’est mal parti, économiesuisse a participé à un groupe de travail du DETEC chargé d’élaborer ces nouvelles stratégies. Or, comble d’ingratitude, ce lobby patronal fustige les mesures annoncées en affirmant qu’elles auraient pour conséquence : « une hausse massive des coûts pour l’économie » et une « diminution de la compétitivité internationale. »

Pour ce lobby, il est donc apparemment d’une urgence absolue... de ne rien faire ! L’objectif de stabiliser la consommation électrique serait déjà révolutionnaire, l’objectif de diminuer de 1,5% par an la consommation des énergies fossiles est de la folie furieuse... Du côté de l’UDC, pour ne pas être en reste, on déclare solennellement par la bouche du Conseiller national argovien évidemment pronucléaire Ulrich Giezendanner que : « L’économie s’opposera par tous les moyens aux mesures proposées. »

Mobilisons-nous contre la fatalité électronucléaire.

Et pourtant, ce qui est annoncé est modeste, globalement d’ici 2020 on évoque l’idée de faire passer les renouvelables de 16,2% aujourd’hui de l’énergie consommée en Suisse à 24%. Ainsi dans treize ans, si tout va bien, on aurait encore une consommation énergétique dépendant pour plus des trois-quarts de sources d’énergie non renouvelables et pas de sortie du nucléaire en vue.

On pourrait en rester à ce constat désabusé, mais évidemment tout ceci n’est pas inéluctable. La manifestation nationale antinucléaire du 8 septembre, avec toutes ses limites, est un début de la remobilisation nécessaire des antinucléaires. Deux axes de lutte s’imposent :

  • se battre pied à pied pour l’arrêt des réacteurs existants sans aucune nouvelle centrale nucléaire de « remplacement » et se préparer non seulement à une bataille parlementaire et au référendum le moment venu contre celle-ci, mais à des actions de résistance citoyenne sur le terrain.
  • défendre par tous les moyens une réelle « planification énergétique » avec décroissance de la consommation électrique et les mesures et les moyens qu’elle comporte.

Dans ce sens, pour Genève, un test sera le vote le 16 décembre, en faveur de l’initiative populaire « Energie-Eau : Notre affaire !... » que nous avons à ContrAtom contribué à faire aboutir et qui réaffirme – contre la privatisation-libéralisation électrique qui rouvre 56% du marché genevois à l’électricité atomique – le rôle central des SIG dans le sens de l’article antinucléaire de la constitution genevoise.

photos et article Pierre VANEK

 
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