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No 89, février 2008
No 89 février 2008
Publié le jeudi 28 février 2008

Compensations écologiques : le règne des magiciens

Le monde est plein de charlatans, qui exploitent la bêtise humaine. Qui n’a pas dans sa vie rencontré un escroc, qui a profité de sa détresse ou de son ignorance pour le rançonner ? L’histoire de la crédulité humaine et insondable, elle remonte jusqu’aux profondeurs de nos cerveaux limbiques.

Le domaine des compensations écologiques n’échappe pas à cette règle. Pour y voir plus clair, nous nous sommes attelés avec sérieux et application à examiner ces certificats, avec quelques amis de mon association noé 21, (www.noe21.org) et nous sommes en train de mettre sur pieds une méthode d’évaluation. Il existe de nombreuses sortes de certificats : En prenant un billet d’avion par exemple, vous pouvez choisir de payer un surcoût,qui va financer un projet de réduction du CO2, disons un projet de bio-méthane dans une porcherie au Chili. De même, en proposant de construire de nouvelles centrales à gaz, les électriciens suisses et le Conseil Fédéral nous proposent de compenser intégralement leurs surplus émissions, en achetant de ces fameux certificats de compensations verts, 30% à l’étranger, où ils sont moins chers, et 70% en Suisse même. Nous allons voir ci-dessous que tous les certificats n’ont pas la même valeur, que certains sont carrément bidon, juste faits pour donner bonne conscience aux gogos qui les achètent. Les estimations varient, mais en gros la plupart des experts s’accordent à dire que seuls 50% des certificats sont véritablement additionnels, c’est à dire véritablement efficaces. Une compensation véritable devrait donc tenir compte de ce facteur, et les certificats de compensation devraient donc être deux fois plus nombreux que ne le propose le Conseil fédéral. Faute de quoi nos émissions totales continueraient à augmenter, et la planète ne s’en remettrait pas. Dans le présent article je ne veux pas aborder les technicalités, ni entrer dans les nuances entre les CER et les VER. Sachez simplement que les CER (certified emission reduction) sont vérifiés par l’executive board de l’UNFCCC (United Nations Framework Convention for Climate Change, c’est l’organisme qui gère le traité de Kyoto) et que les VER ne le sont pas. Mais cela ne signifie hélas nullement que les CER soient tous sérieux, ni que les VER soient tous bidon, ce serait trop simple !

Pour introduire le sujet , j’ai pensé que le mieux était de vous présenter 3 exemples :

Premier exemple, une usine de jus de citron enAfrique du Sud :

Il était une fois une usine de jus de citron. Pour éplucher les citrons, elle emploie de la vapeur, fournie par combustion du charbon, provenant d’une mine proche, au prix d’un important dégagement de CO2, le charbon étant le plus polluant des trois combustibles fossiles, charbon pétrole et gaz. Les ingénieurs suisses ( !) de South Pole qui sont venus sur place, ont remarqué une scierie à 8 km de l’usine, aux abords de laquelle d’énormes tas de copeaux de bois et de poussière de bois s’accumulaient. Lorsque ces tas montaient à plus de 4 mètres, ils partaient en décomposition méthane (CH4, décomposition anaérobie, ils s’étouffent faute d’oxygène). Or le méthane a un facteur GWP (Global Warming Product) de 21, ce qui signifie que chaque molécule de méthane nuit au climat autant que 21 molécules de CO2. Les ingénieurs de South Pole ont alors simplement utilisé les copeaux de bois de la scierie à la place du charbon pour produire la vapeur. Ce faisant, ils ont réduit à zéro les émissions de méthane, ainsi que les achats de charbon. 2 sources d’économies intéressantes. Ils ont pu obtenir ainsi 100 000 CER grâce à ce projet (l’équivalent de 100 000 tonnes de CO2 économisées par an) qu’ils ont revendu à la coupe du monde de foot, en 2006 en Allemagne, pour ses compensations écologiques. Voilà un exemple de bon projet, labellisé gold standard d’ailleurs. Permettez - moi maintenant de vous décrire un mauvais projet

2e exemple, usine de HFC23 en Chine

Le protocole de Montréal a banni l’emploi des CFC comme gaz réfrigérant pour les frigos. Les occidentaux ont dû développer des produits moins nocifs pour la couche d’ozone. Les Chinois et les Indiens, eux, ont obtenu le droit d’utiliser pendant encore 20 ans des substituts un peu plus nocifs, mais moins chers à produire, les HCFC22. Or ces HCFC22 présentent juste un gros problème, c’est que le processus de fabrication entraîne le dégagement d’un sous-produit, appelé HFC23, extrêmement nocif pour l’effet de serre puisque son GWP est de 11700 ! (comparer avec le méthane ci dessus qui a un GWP de 21). Il est donc impératif de brûler ce sousproduit à haute température pour s’en débarrasser, autrement notre atmosphère ne le supporterait pas. Il s’est avéré que brûler ce sous produit est extrêmement rémunérateur, vu son GWP élevé. Le four qu’il faut installer est bon marché, et les molécules à brûler sont très toxiques, donc les brûler peut rapporter de très nombreux CER. Tellement rémunérateur même, que de nombreuses usines se sont construites en Chine, ou ont été agrandies exprès, juste pour brûler le sous produit, et encaisser l’argent des CERs. Un scandale a éclaté l’année dernière, lorsque le NYTimes a révélé au grand jour la supercherie, qui était jusqu’alors restée dans un cercle restreint de spécialistes. Depuis, le gouvernement chinois a décidé de taxer lourdement ces CERs, mais le problème n’est toujours pas résolu, et il existe une banque dans la city à Londres, CCC (climate change capital), qui se fait encore de juteux bénéfices avec ce commerce lucratif … et complètement inutile pour le problème de l’effet de serre.

3e exemple, eucalyptus transgéniques à pousse rapide

Si j’avais de la place je vous parlerais aussi de certains projets de charbon de bois au Brésil, dans lesquels des eucalyptus transgéniques à pousse rapide sont plantés pour fournir du charbon de bois, ils poussent en 7 ans à leur taille adulte, une monoculture qui n’a rien d’écolo, de plus elle chasse les indiens de leurs forêts… Mais ce sera le sujet d’un prochain article. Pour l’heure, je voudrais juste conclure : Des magiciens veulent vous vendre de la poudre aux yeux, ils essayent de surfer sur la vague climatique, profitant de votre crédulité et de notre ignorance. Mais il faut le dire, tous les projets de compensations écologiques ne sont pas de vrais projets, il est temps de structurer un peu ce marché, qui est pour l’instant un patchwork de qualité très diverse, sinon la planète va s’enfoncer dans la crise écologique la plus profonde de son histoire. C’est à cela que s’attelle mon ONG, noé21, avec d’autres.

Chaim Nisism, ing EPFL

 
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