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Articles par thèmes :
Aliments contaminés
Journal par No :
No 77, avril 2005
Auteurs :
Philippe Gobet
No 77, avril 2005
Publié le vendredi 28 septembre 2007

Rubrique gastronomique

Notre article sur la cuisine solaire dans le numéro 75 nous a valu les téléphones admiratifs de nombreux chefs de cuisine de grands restaurants intéressés par les secrets de la cuisson solaire des tartes aux pommes, des cakes ou même des légumes aux vitamines préservées. Ce succès nous incite à persévérer dans la haute cuisine. Nous parlerons aujourd’hui d’aliments en lien avec la radioactivité.

De la radioactivité, voilà qui est appétissant !

Mais comment diable utiliser de la radioactivité pour son alimentation ? Et bien deux solutions se présentent à vous : l’irradiation ou la contamination des aliments. Les deux sont bien entendu AB-SO-LU-MENT sans danger pour votre santé, toute maladie serait psychosomatique comme souvent avec le nucléaire1 et la meilleure solution est de commencer tout de suite l’absorption de quelques anxiolytiques pour éviter toute angoisse inutile qui risquerait de vous faire croire que vous êtes malades alors que vous êtes irradiés et heu-reux !

La contamination des aliments

Pour d’obscures raisons, il est en général assez mal vu de contaminer volontairement des aliments. Toutefois une commission du Codex Alimentarius2, émanation de l’OMS3 et de la FAO4, veut relever les seuils des radioéléments artificiels acceptables dans les aliments. En effet, en cas de catastrophe nucléaire, il faudrait pouvoir autoriser l’alimentation à base de nourriture contaminée, l’idée étant de la mélanger avec de la nourriture non contaminée, un peu sur le principe de la fondue moitié-moitié que nos lecteurs apprécient beaucoup. Si le gruyère est un peu trop salé, le vacherin rattrape le tout. De toute façon, le Codex estime que même en cas de catastrophe, peu d’aliments seraient vraiment contaminés, donc pourquoi s’en faire ? Ces experts du Codex souhaitent qu’en dessous d’un certain seuil de contamination, un aliment soit déclaré « non radioactif et consommable sans restriction », même s’il s’agit d’un lait destiné à des nourrissons. Et ils souhaitent étendre l’application de ces normes aussi aux périodes sans catastrophes majeures. De toute façon, il n’est pas besoin d’attendre une catastrophe, nous consommons tous une certaine quantité de césium, qui date de l’époque bénie où les essais d’armes nucléaires dans l’atmosphère étaient autorisés (plus de 400 bombes atomiques)… sans compter les restes de Tchernobyl, toujours présents dans certains végétaux, et qui contaminent par exemple la faune sauvage5 et les apports légers mais réguliers dus au fonctionnement « normal » de la filière nucléaire.

L’irradiation des aliments

Mais il serait dommage de se contenter de cela, on peut y rajouter l’irradiation des aliments. L’irradiation, ou « ionisation » comme le disent joliment les nucléocrates afin de nous rassurer6, est une technique de stérilisation : on expose l’aliment à une source de rayonnements ionisants afin de détruire certaines bactéries et d’obtenir une meilleure conservation de l’aliment. On détruit d’ailleurs aussi les vitamines et la structure des cellules, mais l’aliment reste très joli, c’est ça qui compte, surtout si on veut, encore une fois, éviter les maladies psychosomatiques : une tomate bleue ou grise, ça vous fout le moral en l’air, alors que rouge, même si c’est un aliment mort, voire nocif, c’est quand même mieux ! Comment faire pour trouver des aliments irradiés alors que souvent le recours cette technique n’est pas indiquée sur l’emballage ? Choisissez tout d’abord des herbes aromatiques séchées, des épices et des condiments végétaux (mais évitez les Magasins du Monde qui refusent ce genre de traitements). Ensuite, en France en particulier, mais également dans le reste de l’Europe, vous trouverez facilement des cuisses de grenouille (toutes ionisées), des flocons de céréales, de la farine de riz, de la viande de volaille, des crevettes, des légumes secs, des fruits secs, des oignons, ails et échalotes (pour les empêcher de germer)… Bref, il y a du choix et de quoi faire un bon repas bien nucléocrate. Une recherche effectuée sur les rats a montré que l’ionisation des matières grasses des aliments produisait des molécules toxiques responsables de tumeurs cancéreuses, mais on n’en sait pas plus des effets sur l’humain… Malheureusement, comme le traitement par « ionisation » n’est pas toujours indiqué sur l’emballage (alors que légalement il devrait l’être), il est parfois difficile de savoir si l’on mange de bons et véritables aliments irradiés. La faute en revient aux consommateurs, qui sont dans leur majorité frileux et stupides : ils évitent en général les aliments qui sont déclarés irradiés… donc on préfère « oublier » de l’indiquer sur l’emballage. C’est d’ailleurs à cause de cette frilosité insensée des consommateurs que la quantité d’aliments irradiés a diminué ces dernières années7. La France dispose toutefois encore de six centrales d’irradiation exploitées par la société Ionisos, et une par la société Isotron. Aucune encore en Suisse, hélas, vu que l’irradiation des aliments n’y est pas autorisée, mais cela pourrait changer (Voir encadré). Comme toujours, avec l’être humain, il y a des abus, des contrôles ont montré qu’on irradiait aussi des aliments non autorisés… Pour ceux qui souhaiteraient plus de détails sur la cuisine à base d’aliments irradiés ou contaminés, nous ne pouvons que vous encourager à consulter le document publié au mois de janvier à ce sujet par la CRIIRAD (www.criirad.com).

Mais avant tout : BON APPETIT !

Philippe Gobet

1 Pensons en particulier à nos amis biélorusses qui se sont imaginé que l’explosion de la centrale de Tchernobyl pouvait les rendre malades…

2 Le Code alimentaire international, plus connu sous le nom de Codex Alimentarius, fixe les normes alimentaires mondiales

3 Organisation mondiale de la santé qui est dépendante hiérarchiquement de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) dont le but est de promouvoir le nucléaire civil ce qui explique la léthargie de l’OMS dans tout ce qui touche au nucléaire. L’AIEA est donc encore une fois juge et partie dans cette affaire.

4 Agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

5 En 2004, des sangliers du Tessin ont été jugés impropres à la consommation étant donné leur taux de contamination. Obélix doit se retourner dans sa tombe.

6 Et ils nous prennent vraiment pour des cons, il n’y a pas à dire.

7 En France, 17000 tonnes en 1994 contre 5000 tonnes en 2002.

 
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