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Articles par thèmes :
Sécurité - Terrorisme
Journal par No :
No 69, avril 2003
Auteurs :
Fabienne Gautier Raymond Beffa
No 69 avril 2003
Publié le dimanche 30 septembre 2007

F. Gautier :

Raymond Beffa :


Risques inconsidérés et catastrophe prévisible

En matière de production d’énergie atomique comme ailleurs, le risque zéro n’existe pas. Un événement imprévisible : défaillance technique, erreur humaine, acte de sabotage, attentat ou tremblement de terre, suffirait à causer une catastrophe telle que des régions entières seraient alors rayées de la carte, des centaines de milliers de personnes déplacées, sans parler des conséquences écologiques à long terme. Pour un petit pays comme la Suisse, cela signifierait la ruine de l’économie et l’effondrement du système politique.

Nous savons depuis Tchernobyl que le plus grave accident envisageable dans le domaine de l’énergie nucléaire peut effectivement se produire. De plus, les conséquences de ce type d’accidents graves sont incommensurables et persisteront durant plusieurs générations. Pourtant, les centrales nucléaires sont loin d’être aussi sûres que l’on voudrait nous le faire croire.

Les centrales atomiques les plus inquiétantes d’Europe, du point de vue du style de construction et du type de réacteur, de l’âge, des systèmes de sécurité, de la situation géographique, de l’entretien et des aspects financiers, sont Armenia (Arménie), Kozloduy (Bulgarie), Sosnovi (Russie) et BN-350 (Kazakhstan) qui appartiennent toutes à la catégorie « dangereuses ». Dans la catégorie « moyennes », se trouvent des centrales de l’Est comme de l’Ouest : Krsko (Slovénie), Mühleberg (Suisse), Krümmel et Gundremmingen (Allemagne)(1).

Des économies au détriment de la sécurité

Qu’on le veuille ou non, le marché de l’électricité étant chaque jour davantage livré aux appétits des spéculateurs, la rentabilité des centrales nucléaires suisses n’est plus garantie. La stratégie des exploitants de centrales pour adapter leurs marges de profits à cette réalité est on ne peut plus simple : il s’agit de faire des économies au détriment de la sécurité. Les système de secours et de protection contre les incendies, ainsi que la formation du personnel de la centrale de Gösgen, par exemple, sont insuffisants(2). La devise est : « aussi sûr que nécessaire, pas aussi sûr que possible ». Cette stratégie s’est confirmée lors du conflit qui a opposé il y a peu de temps, les exploitants de cette centrale aux autorités chargées de la sécurité. En effet, les responsables ont refusé de se plier aux exigences en matière de sécurité que l’autorité de surveillance voulait leur imposer, justifiant clairement cette opposition par des contraintes économiques.

Les bretelles de Mühleberg

Mühleberg (BE), en particulier, représente un risque important d’accident surtout parce que la jupe en acier entourant le cœur du réacteur présente plusieurs fissures d’une longueur de plus d’un mètre et demi. Aucun moyen fiable ne permettant de mesurer la profondeur de ces fentes, la rupture de la jupe peut donc intervenir d’un instant à l’autre, malgré la pose d’agrafes ou bretelles de rétention. L’industrie nucléaire continue de minimiser la probabilité d’accidents catastrophiques de réacteurs, malgré l’évidence apportée par le désastre de Tchernobyl en 1986. Or, un véritable accident nucléaire est absolument ingérable, contrairement à ce que veulent faire croire les partisans du nucléaire. Suggérer à la population que l’on peut se permettre un accident nucléaire est un énorme mensonge.

Risques sismiques :

En novembre 2002, le réseau français « Sortir du nucléaire » révélait une information qui fit alors la une des médias : en France, 34 réacteurs nucléaires (sur 58) sont inadaptés au risque sismique. En effet, les systèmes de sécurité de 11 centrales nucléaires sont déficients et pourraient être inopérants en cas de fort tremblement de terre. Que se passerait-t-il en cas de séisme dont l’épicentre serait proche d’une centrale nucléaire ? Par exemple :
 Tricastin, dans la Drôme, l’une des plus forte concentration nucléaire du monde, est située sur un site historique d’épicentres de séismes, comme celui qui a eu lieu en 1934.
 Le séisme du 22 février 2003, d’une intensité de 5.8, a secoué l’Europe du nord. A moins de 200 kilomètres de l’épicentre se trouvent 10 centrales nucléaires françaises, suisses et allemandes.

Fabienne Gautier

1 selon la comparaison de l’Institut Ecologique de Vienne, 2002

2 d’après un groupe d’experts de l’AIEA qui a visité la centrale


65 millions de décès causés par le nucléaire

Et si l’épidémie actuelle de cancers était une conséquence de la pollution nucléaire ? C’est la conclusion à laquelle parvient le récent rapport du Comité européen sur les risques de la radiation, formé par 30 scientifiques indépendants, de toutes nationalités(1). Ainsi, la pollution due à l’industrie nucléaire et aux retombées de particules radioactives disséminées dans l’atmosphère par les armes atomiques serait la cause (ou sera éventuellement la cause future) de 65 millions de morts depuis 1989.

Pour parvenir à ces nouvelles conclusions, les chercheurs de l’ECRR ont utilisé un modèle d’évaluation des risques développé durant les cinq dernières années. Ils ont ainsi démontré à quel point les recherches précédentes avaient sous-estimé l’impact de l’industrie nucléaire sur la vie humaine.

France : taux record de cancers

Pour prendre l’exemple de la France - où le nombre de cancers ne cesse d’augmenter et est de 10 à 20% plus élevé que dans les autres pays européens(2) - le nouveau programme politique annoncé pour lutter contre ce fléau prévoit surtout une augmentation des moyens curatifs. En bref, il ne s’agit pas de s’attaquer, ni même de tenter de mettre en lumière, les véritables causes de l’épidémie, mais uniquement de chercher à en masquer les effets. En accentuant délibérément le poids de la responsabilité individuelle, on entoure également d’un silence assourdissant les autres facteurs. Personne, ou presque, n’estime justifié de se pencher sur les conditions de travail dans les centrales nucléaires, ni de tenter d’expliquer l’augmentation des cas de leucémie chez les moins de 25 ans aux abords des usines de retraitement de déchets nucléaires.

Contamination chronique

Les effets de faibles doses de radioactivité et, en particulier, d’une contamination chronique par ingestion ou inhalation ont été très peu étudiés. Entreprendre une étude épidémiologique des effets des faibles doses de radiations serait un travail bien sûr utile, mais particulièrement ardu. A l’heure actuelle, on ne sait pas distinguer un cancer radio-induit d’un autre cancer. De plus, lors d’une contamination (irradiation interne d’un organisme), des particules radioactives pénètrent à l’intérieur du corps et certaines vont se fixer dans différents organes. Pour les faibles doses, on n’observe pas de symptômes immédiats mais, au fil du temps et des études, on s’est aperçu que le rayonnement s’attaque plus particulièrement à la molécule d’ADN présente dans chaque cellule. En cassant, en sectionnant les liaisons atomiques de la molécule d’ADN, les radiations vont provoquer des pertes d’information génétique. C’est ce qu’on appelle une mutation, mais il faudra alors plusieurs générations pour que ces malformations génétiques héréditaires apparaissent.

Un silence criminel

Le fait qu’après plus de cinquante ans d’utilisation de la radioactivité artificielle et de l’énergie nucléaire nous ne connaissions pas encore - ou ne voulions pas reconnaître - l’impact réel de la contamination avec des faibles doses de radioactivité, paraît plus que préoccupant ! Certains chercheurs ont pourtant mis en évidence des risques qui pourraient embarrasser l’industrie chimique, agroalimentaire ou nucléaire. Or, au lieu de tirer profit de leurs recherches, on exige qu’ils apportent les preuves de leurs conclusions qui sont systématiquement et rapidement balayées. En Suisse, plus de 350 médecins demandent de sortir du piège atomique, soulignant que « les rayonnements radioactifs lèsent le patrimoine héréditaire de l’être humain et causent des cancers et des leucémies »(3). Lorsque chacun sera convaincu que les augmentations « inexpliquées » de toutes sortes de cancers ont quelque chose à voir avec un monde de plus en plus toxique, peut-être aurons-nous le courage de regarder si notre politique agricole, industrielle ou énergétique ne mériterait pas d’être repensée.

Fabienne Gautier

Notes :

1 Rapport rendu public le 30 janvier 2003 par le ECRR, Bruxelles. Plus d’information : http:///www.euradcom.org

2 En France, entre 1980 et 2000, le nombre de nouveaux cancéreux a augmenté de 63% par an (Le Monde 17.01.03). Et cela ne concerne pas seulement les personnes âgées, c’est devenu une des premières causes de mortalité chez les enfants.

3 Dr Annette Ridolfi Lüthy, médecin-chef en oncologie et pédiatrie à l’Hôpital de l’Ile à Berne et membre du comité national des médecins « Limiter le risque nucléaire - 2x oui » Sources : Monique FOUCHER « Les effets des faibles doses de radioactivité », APRII-RAD, janvier 2003 Geneviève BARBIER, Libération, 18 février 2003


Risques d’attaques terroristes ?

Actualité oblige, nous devons malheureusement prendre en compte cet aspect de notre civilisation.

Alors que les autorités helvétiques nous assurent que les centrales de notre pays ne risqueraient rien en cas de chute d’avion, en Allemagne, une étude commandée par le ministère de l’Environnement conclut qu’aucune des 19 centrales nucléaires de ce pays ne résisterait à une attaque-suicide terroriste d’un avion de ligne. Le plus gros danger ne serait pas « les violents incendies de kérosène » provoqués par le crash de l’avion contre les bâtiments, mais plutôt la destruction de certains éléments indispensables au fonctionnement de la centrale, tels que le système de refroidissement des réacteurs, qui résulterait de la violence du choc. Alors, qui nous ment ?

Des terroristes en Suisse

Je ne vais pas m’étaler trop longuement sur les prétendus terroristes « pincés » le 15 septembre dernier à la frontière bâloise. Deux arabes aux passeports anglais qui passent la frontière dans une voiture de location bourrée d’ordinateurs et de matériel de camping ( !) et dont l’écran GPS , au moment où ils se font contrôler par les gardes-frontières, est centré sur la centrale nucléaire de Gösgen. Les deux hommes sont relâchés après six heures d’interrogatoire. De deux choses l’une, soit la ficelle est trop grosse, soit il s’agit de terroristes en reconnaissance.

Conséquence d’une attaque

L’aspect peu vraisemblable de cette saga m’a poussé à étudier de plus près une carte géographique de notre pays et une chose m’a sauté aux yeux. Les dommages collatéraux pouvant résulter d’une éventuelle action terroriste réussie sont considérablement différents selon que la cible soit constituée par une installation nucléaire ou hydraulique. Les gros barrages sont situés dans les Alpes, au fond de vallées aux accès difficiles et facilement contrôlables. Une catastrophe majeure touchant l’un d’entre eux aurait certes des conséquences dramatiques pour les personnes se trouvant sur le passage des flots déchaînés, ainsi que pour les récoltes et les infrastructures diverses. Heureusement, les centres vitaux pour notre économie et la majeure partie de la population seraient épargnés ! Concernant les petits barrages de plaine, les dangers sont encore plus faibles. Le tableau de chasse d’éventuels terroristes s’attaquant à un site nucléaire, tel celui de Gösgen, serait autrement plus étoffé et varié. En effet :

  • les centrales nucléaires sont situées sur le plateau suisse, à proximité des grandes villes : 10 km de Berne pour Mühleberg, entre Olten et Aarau (10 km) pour Gösgen, et entre Bâle et Zürich (40 km) pour Leibstadt et Beznau ;
  • toutes sont riveraines de l’Aare ;
  • toutes sont situées dans des zones fortement peuplée, avec des axes routiers et autoroutiers aisés, et proches d’aéroports.

Selon la direction du vent, une grande partie de notre territoire serait contaminée pour des milliers, voire des millions d’années. L’écoulement naturel des eaux polluerait la vallée du Rhin et la mer du Nord. Rappelons que, selon les estimations de l’Office fédéral de la protection civile, une catastrophe nucléaire dans une centrale suisse aurait pour conséquence la contamination radioactive d’un territoire de 20’000 km2 (la moitié du territoire suisse) et l’évacuation de 900’000 personnes, dont 100’000 personnes irradiées. Autant dire que notre pays n’existerait plus ! L’affaire est entendue, les centrales nucléaires représente une cible potentielle qui devrait être privilégiée par les terroristes. Les gouvernements de nombreux pays s’en sont, bien entendu, rendu compte, surtout après le 11 septembre, et certains n’ont pas hésité à installer des batteries de missiles DCA à proximité des centrales. Nous nous permettons de douter de l’efficacité de telles mesures, en effet, un scénario tel celui du World Trade Center ne laisse qu’un temps de réaction de quelques secondes. En résumé, pour se prémunir d’éventuelles actions terroristes sur nos centrales, il existe deux solutions :

  • 1. Fermer les aéroports de Bâle, Berne et Zürich, dévier les couloirs aériens européens, contrôler toute personne et véhicule se trouvant à proximité d’une centrale, fermer l’autoroute A1 avant Berne.
  • 2. Fermer les centrales nucléaires.

Mon choix est clair !

Raymond

 
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