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Articles par thèmes :
Energies renouvelables
Articles par pays :
Suisse
Journal par No :
No 82, mai 2006
Auteurs :
Pierre Lehmann
No 82, mai 2006
Publié le dimanche 30 septembre 2007

Illusions technologiques

Dans une lettre de lecteur au journal Le Courrier, parue en mai 2005, le physicien Pierre Lehmann dénonce les « utopies technologiques » censées répondre aux problèmes planétaires d’approvisionnement énergétique. Le Monde diplomatique de janvier 2005 contient un intéressant article de Benjamin Dessus intitulé « L’alibi politique des utopies technologiques ». Il met en évidence que les décideurs politiques - en Suisse le Conseil fédéral - se laissent embobiner par les promoteurs de grands projets technologiques supposés résoudre tous nos problèmes d’approvisionnement en énergie en prenant la relève du pétrole, du gaz naturel et du nucléaire de fission (centrales nucléaires actuelles), tous condamnés à disparaître dans quelques décennies. Le nécessaire renoncement à ces énergies non renouvelables n’est pas dû seulement à l’épuisement prévisible des réserves, mais aussi, et à mon avis, surtout au fait que leur exploitation intensive telle que pratiquée aujourd’hui, ruine la biosphère et provoque des guerres. Ce renoncement est seulement une question de temps. Mais avec la frénésie de croissance économique actuelle, ce temps se raccourcit rapidement. Et après ?

C’est là qu’interviennent les utopies technologiques auxquelles les décideurs économiques et politiques se laissent prendre :

  • La surgénération qui consiste à produire du plutonium dans des centrales nucléaires tout en produisant de l’énergie. Ce projet est déjà quasiment mort, mais continue à hanter les esprits des nucléocrates et des chefs d’Etats.
  • La fusion nucléaire contrôlée, immense bobard scientifique qui ne produira jamais de l’énergie de manière commerciale et a déjà englouti des quantités énormes d’électricité et d’argent.
  • Le tout-à-l’hydrogène, un projet démentiel qui veut remplacer les énergies fossiles par des réseaux tentaculaires de distribution d’hydrogène obtenu par électrolyse de l’eau dans de gigantesques centrales solaires ou nucléaires.

Toutes ces vues de l’esprit séduisent les pouvoirs en place parce qu’elles sont centralisées, dangereuses et très coûteuses. Elles exigent contrôles et surveillance voire plans d’urgence en cas d’accidents ce qui permet de mieux faire croire à la nécessité du pouvoir. Elles ont déjà englouti des sommes énormes et il y a fort à parier que cela va continuer.

Au début de mon activité de physicien nucléaire dans les années 1950, on pensait que la fusion nucléaire contrôlée serait disponible commercialement dans une vingtaine d’années. Dans les années 1980, on pensait qu’il faudrait encore cinquante ans et, aujourd’hui, on n’y croit plus guère, même chez les spécialistes. Cela n’a pas empêché les grands chefs de la Big Science de persuader le monde politique d’investir massivement dans un projet de fusion nucléaire contrôlée appelé ITER, projet que la France et le Japon se sont disputé férocement parce qu’il y a beaucoup de fonds publics à la clef.

Au lieu de gaspiller l’argent public dans ces illusions technologiques, il serait plus judicieux d’entreprendre dès maintenant le passage à l’efficacité énergétique et au tout renouvelable. Il s’agit certes là aussi d’un énorme chantier, mais il a l’avantage sur les utopies technologiques d’être réalisable. Les moyens pour y arriver sont connus et éprouvés. En s’y mettant dès maintenant, on a au moins une chance de le mener à terme avant que le système économique mondial ne s’écroule par manque d’énergie et que l’humanité ne suffoque du fait du changement climatique et d’autres atteintes à la santé de la biosphère provoquées par le développement.

Pierre Lehmann


La petite hydraulique : une énergie renouvelable

Souvent oubliée, l’énergie hydraulique - et notamment la petite hydraulique - a bien sa place parmi les énergies renouvelables. En effet, ce secteur, en constant développement, a un bel avenir devant lui, au vu de ses potentiels.

Pourquoi petite ?

La petite hydraulique est qualifiée ainsi officiellement pour sa puissance limitée (moins de 10’000 kW). Elle peut également être caractérisée par sa petite taille, qui lui permet de s’intégrer dans le paysage et les infrastructures. Comme la grande, elle a une technique qui lui est spécifique et qui continue à se développer avec des objectifs de réduction des coûts, et d’augmentation des performances, de la fiabilité et de l’intégration dans l’environnement. De plus, il existe un marché propre à la petite hydraulique qui regroupe à la fois les grandes entreprises, mais aussi tout un réseau de petites et moyennes entreprises, petits constructeurs et exploitants, bureaux d’ingénieurs, etc.

Petite, mais avec de grands avantages

Outre qu’il s’agit d’une source renouvelable, produisant de l’électricité sans générer de déchets qu’ils soient liquides, solides ou gazeux, la petite hydraulique n’a qu’un faible impact sur l’environnement. Cet impact est essentiellement local, la construction de la centrale impliquant peu d’énergie, et cet impact sur l’écosystème local est de mieux en mieux maîtrisé et compensé. De plus, par substitution aux sources d’électricité en Europe, elle permet de réduire les émissions de dioxyde de carbone de 480 tonnes par kWh produit.

Il est bon de rappeler, que les potentiels sont importants en Suisse (supérieurs à 2’500 GWh/an), comme dans les autres pays développés et dans les pays émergents, que ce soit en réhabilitations ou en nouvelles constructions.

Un autre aspect, non moins intéressant, est la possibilité de produire de l’énergie dans des sites électriquement isolés.

Où en est le domaine de la petite hydraulique aujourd’hui ?

Aujourd’hui, face à une demande en énergie renouvelable de plus en plus importante, le développement de la petite hydraulique est freiné par les démarches administratives, mais aussi par des groupes environnementalistes.

C’est pourquoi, et notamment au niveau européen avec l’ESHA1, les spécialistes de la petite hydraulique cherchent à simplifier les procédures administratives, mais aussi à redorer l’image de la petite hydraulique. Pour ce faire, l’accent a été mis notamment sur l’intégration des petites centrales à l’environnement.

Un des premiers objectifs est d’utiliser de façon optimale la ressource en eau disponible pour le turbinage. Des développements sont effectués pour que les petites turbines soient conçues avec autant de rigueur que les grandes, tout en maintenant un prix de revient de la turbine acceptable. Ces turbines sont aujourd’hui disponibles sur le marché, mais sont concurrencées par d’autres produits peu performants et à bas coût.

Par là même, il est primordial de définir le débit d’eau qui peut être utilisé, ou celui qui doit être maintenu dans le cours d’eau. Des lois propres à chaque pays européen régissent aujourd’hui ce débit résiduel, tandis que les recherches continuent afin de mieux cerner l’influence du débit sur l’écosystème.

Un autre objectif est d’intégrer l’infrastructure de la petite centrale à l’écosystème. Les développements vont dans le sens d’une conception de la centrale dans son ensemble à toutes les étapes de réalisation. A cette conception globale se mêlent l’intégration de passe à poissons afin de compenser l’interruption du cours d’eau, ainsi que l’aménagement de la centrale en vue de préserver les différents biotopes.

Comment se lancer dans un projet de petite hydraulique ?

Face à tous les avantages de cette production d’électricité propre, pourquoi ne pas se lancer dans la construction d’une petite centrale ? C’est là que la petite hydraulique perd en popularité, car une petite turbine ne s’installe pas comme un panneau solaire. Elle a besoin d’eau et d’une dénivellation, et la consommation d’eau d’un locatif ne suffit pas pour justifier l’installation d’une petite turbine.

Dans le meilleur des cas, peut-être possédez-vous déjà une concession ou un droit d’eau. Alors, il ne vous reste plus qu’à mandater des spécialistes pour une première étude sommaire, qui, si elle démontre que votre site est intéressant, s’ouvrira sur une étude de faisabilité, puis sur un projet d’exécution. Toutes ces études pour concevoir la centrale optimale pour votre site, en terme technique, économique et environnemental. Il est à noter que des aides financières sont disponibles pour chacune de ces étapes (à part pour la construction de la turbine).

Sinon, vous pouvez agir auprès de votre commune pour qu’elle se lance dans l’étude des possibilités de turbinage de ses réseaux d’eau. Ici, nul besoin de droit d’eau, le réseau appartenant le plus souvent à la commune.

Et enfin, vous pouvez également vous lancer dans la prospection de sites potentiels. Pour tout renseignement, vous pouvez vous adressez à MHyLab2, centre Info Energie pour la petite hydraulique en Suisse romande.

Aline Choulot

(Ingénieure, MHyLab)

1 ESHA, European Small Hydropower Association (Association Européenne pour la Petite Hydroélectricité) Maison des Energies Renouvelables, 63-65 Rue d’Arlon B-1040 Bruxelles Belgique T : +32 2 546 1945 F : +32 2 546 1947 info@esha.be http://www.esha.be

2 MHyLab Laboratoire de Petite Hydraulique 1354 Montcherand Suisse T : + 41 24 442 87 87 F : + 41 24 441 36 54 info@mhylab.com http://www.mhylab.com

 
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