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Déchets - Retraitement Votations (Suisse)
Articles par pays :
Suisse Genève
Journal par No :
No 75, octobre 2004
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann
No 75, octobre 2004
Publié le lundi 8 octobre 2007

AC Reimann

Jean Laurent


Pas d’enfouissement, ni à Benken, ni ailleurs

Profitant de la faible mobilisation de la population locale et ce, malgré l’existence d’une minorité d’opposants bien organisés, la NAGRA (Société nationale pour l’entreposage des déchets radioactifs) semble déterminée à entreprendre à Benken la construction du premier site destiné à l’enfouissement définitif des déchets radioactifs de haute intensité.

En route pour Benken

Il est 5 heures ce dimanche matin 12 septembre, lorsque mon réveil sonne. Plainpalais s’éveille et moi, j’ai drôlement sommeil ! Pourtant, ce n’est pas le moment de me dégonfler : j’ai rendez-vous à la gare avec une poignée de ContrAtomistes qui ont décidé de participer au rassemblement de protestation contre un projet d’enfouissement de déchets nucléaires de haute intensité à Benken. Benken, ça vous dit quelque chose ? C’est une commune située au cœur du vignoble du Nord du canton de Zurich et c’est là que la NAGRA (société suisse pour l’entreposage des déchets radioactifs) projette de construire le premier centre suisse de stockage souterrain de déchets hautement radioactifs (V. ContrAtom, N°73, avril 2004). Après avoir vu leurs projets échouer à Ollon et au Wellenberg, c’est donc sur Benken que les apprentis-sorciers ont jeté leur dévolu pour réaliser leur funeste entreprise. L’affaire est d’importance, pas question donc de traîner au lit ce matin-là ! A 6h44 pile poil, nous voici dans le train avec armes et bagages : la caméra de Laure, l’appareil photo de Philippe et les panneaux d’Anne-Cécile. Le voyage aller-retour, soit 10 heures de train, constitue déjà un exploit en lui-même, ajoutez à cela 2 à 3 heures de discours en allemand et vous mesurerez l’héroïsme des cinq ontrAtomistes faisant partie de l’expédition ! A notre arrivée sur le lieu où est prévue la construction du futur site, un grand champ bordé de plantations de maïs et une zone de villas tout autour, dans une belle nature riche et verdoyante, nous trouvons environ 400 personnes rassemblées. Les panneaux jaunes plantés dans le champ remportent un franc succès auprès des photographes sur place.

Heureuses rencontres

Nous lions connaissance avec certains riverains parlant français, tous très inquiets du peu de mobilisation de la population concernée. Ils nous promettent de nous tenir au courant de l’évolution de la situation. Pendant ce temps, Laure qui parle allemand, se livre, caméra au poing, à des interviews tous azimuts, profitant de prendre moult contacts avec les organisateurs de la manifestation. Sur place, nous avons aussi le plaisir de rencontrer toute l’équipe des opposants au projet d’enfouissement de Bure dans l’Est de la France, en Meuse, venus tout exprès en autobus pour apporter leur soutien à ceux de Benken. Chapeau ! Ils nous font part de leur très grande inquiétude : les déchets nucléaires là-bas sont prêts à être enfouis à 2 kilomètres du laboratoire initial et cela semble inéluctable. Ils nous ont d’ores et déjà donné rendez-vous pour les 30 et 31 juillet de l’an prochain à Bure pour un grand week-end d’opposition en musique ! Prenez note, les ContrAtomistes ! On ira tous ensemble ! Pour être sincère, je suis revenue assez pessimiste de cette expédition à Benken. Sur les lieux, l’opposition est loin d’être la règle, c’est ce que nous ont affirmé toutes les personnes que nous avons interrogées sur place ! Les opposants ont beaucoup de peine à mobiliser les gens. C’est aussi ce que nous avons observé en empruntant les transports publics du coin à bord desquels les passagers ne regardaient pas les manifestants d’un bon œil. A notre question lancée à la ronde sur ce qu’ils savaient du projet de construction de la NAGRA, on nous a généralement vaguement répondu : « on va y mettre des déchets spéciaux ! » Lorsqu’on sait que seule une intense mobilisation peut faire reculer les enfouisseurs (voir Ollon et le Wellenberg), on ne peut qu’être inquiets face à l’inertie de la population autour de Benken. Ceux de Bure aussi sont pessimistes ! Il semble que l’enfouissement là-bas soit programmé pour l’an prochain et sur place les habitants même de Bure craignent qu’on ferme le laboratoire tant il leur rapporte gros : construction de routes, infrastructures, boulot : le schéma habituel quoi ! La mobilisation contre l’enfouissement de ces déchets sataniques en quelque lieu qu’il soit programmé doit absolument faire partie de nos priorités, c’est mon intime conviction. Nous devons réussir à alerter l’opinion publique de ce qui se trame chez nous et ailleurs. Plus facile à dire qu’à faire ! La lutte du mouvement d’opposition KLAR ! Suisse, bien décidé à combattre, avec tout l’éventail des moyens juridiques, l’entreposage définitif des déchets de haute activité au-dessous des vignobles du canton de Zürich, devrait être soutenue par tous les citoyens et toutes les citoyennes responsables de notre pays afin que l’acte criminel d’enfouir les déchets radioactifs au sein de la terre ne se réalise jamais, ni ici, ni ailleurs !

Anne Cécile Reimann

Quelques précisions concernant la gestion actuelle des déchets radioactifs sur sol suisse

Entreposage définitif prévu à Benken

Si la région de Benken a été pressentie pour recevoir des déchets hautement radioactifs, c’est qu’elle présente en son sous-sol, malheureusement pour elle, cette fameuse couche d’argile à opalinus tant prisée des nucléocrates qui cherchent à enfouir leurs déchets ! (Lire à ce sujet ContrAtom N°74, juin 2004, p.12). Cette couche d’argile à opalinus s’est formée il y a 180 millions d’années. Des rivières ont transporté à cette époque des particules d’argile provenant de massifs montagneux. Ces particules se sont accumulées au fond de la mer. La couche est caractérisée par la présence d’ammonites (Leioceras opalinum), un mollusque fossile caractéristique de l’ère secondaire. Bon sang, se disent donc nos potentiels enfouisseurs, si ces mollusques ont été si bien conservés, pourquoi n’en serait-il pas de même de nos déchets ?! Autre qualité relevée par les experts de la NAGRA : l’argile à opalinus peut s’imbiber d’eau et gonfler : du tonnerre pour colmater les failles ! Et puis l’argile lie les atomes radioactifs libérés des conteneurs, ce qui doit les empêcher de s’éparpiller ! Génial cet argile à opalinus ! Bien évidemment, le tableau n’est pas si rose que les nucléocrates nous le disent : une étude de l’Institut écologique de Darmstadt (Allemagne), menée par des experts indépendants et financée par les organisations écologiques Bedenken et Igel (V. p. 6) et quelques communes voisines du site, a relevé des problèmes d’importance : le dépôt planifié se trouve sur une zone tectonique de failles. Les spécialistes ne sont pas d’accord en ce qui concerne l’achèvement du plissement des Alpes, mais les mouvements de la croûte terrestre associés à la formation des montagnes pourraient réactiver ou causer de nouvelles perturbations. L’étude attire aussi l’attention sur le fait que le risque de tremblement de terre du Nord de la Suisse n’a pas été suffisamment évalué. Elle met encore en doute l’étanchéité de la roche : il est impossible d’affirmer que la couche d’argile de 300 mètres est étanche. La séquence des roches est trop hétérogène. Les couches d’argile contiennent trop de calcaire et de molasse. L’argile lui-même n’est pas homogène. On est frais !!

Entreposage provisoire à Würenlingen

Les déchets de haute activité sont entreposés provisoirement dans une grande halle de la société anonyme Zwilag, créée par les exploitants des centrales nucléaires à Würenlingen dans le canton d’Argovie. Les déchets se trouvent dans des conteneurs spéciaux en métal, de plusieurs mètres de hauteur et refroidissent pendant 40 ans sous surveillance au moyen d’une circulation d’air. Huit éléments combustibles usés sont enfermés dans un tel conteneur. Le complexe Zwilag, qui est en service depuis 2000, a été conçu pour recevoir pendant 40 ans tous les déchets faiblement, moyennement et hautement radioactifs des centrales nucléaires suisses. Les coûts d’exploitation de la Zwilag s’élèvent en moyenne à 18 millions de francs par année et sont assumés par les centrales nucléaires.


Suppression du droit de référendum sur les constructions de nouvelles centrales ?

Il est trop tard pour s’opposer à la LENu et à son ordonnance

En refusant nos deux initiatives pour sortir du nucléaire en mai 2003, le peuple suisse acceptait ipso facto et sans peut-être le savoir, la nouvelle loi sur l’énergie nucléaire (LENu) promulguée par nos autorités en mars 2003. Le seul moyen d’empêcher cette loi d’entrer en vigueur aurait été de lancer un référendum comme le suggérait ContrAtom. Hélas, nous n’avons pas été suivis et c’est la mort dans l’âme que nous avons dû capituler. Le délai référendaire de 100 jours, inutilisé, a pris fin le 4 septembre 2003. A la LENu donc d’entrer en action. L’application de toute nouvelle loi s’accompagne d’une ordonnance édictée par le Conseil fédéral qui règle les détails et apporte parfois certaines modifications. Cette ordonnance est à son tour soumise à consultation des cantons, partis et organisations intéressées. Dans le cas qui nous occupe, cette procédure est arrivée à échéance le 13 août 2004. Il est prévu de faire entrer en vigueur la nouvelle loi sur l’énergie nucléaire et l’ordonnance qui l’accompagne, l’OENu, le 1er janvier 2005. Or, ces deux projets sont proprement scandaleux. Non seulement ils ne fixent en aucune manière une durée limite d’exploitation de nos vieilles casseroles nucléaires, mais ils permettent la construction de nouvelles centrales, alors qu’aucune solution satisfaisante n’est encore trouvée (et ne sera d’ailleurs jamais trouvée) pour la gestion des déchets radioactifs qui s’accumulent année après année. La seule proposition faite pour les déchets radioactifs est tout simplement inacceptable : l’entreposage définitif en couche géologique profonde est un crime à empêcher à tout prix. L’OENu n’exclut pas non plus la possibilité d’une « élimination » des déchets à l’étranger, espérant ainsi venir à bout des réticences des populations à voir des déchets enterrer sous leurs pieds. Cette population est d’ailleurs bernée à souhait, puisque les autorités fédérales lui ont enlevé le droit de veto cantonal en matière d’entreposage de déchets radioactifs. Dorénavant, le sous-sol appartient à la Confédération et les habitants concernés n’ont plus qu’à la boucler ! Par contre, pour calmer le bon peuple, la LENu lui octroi le droit de référendum national pour toute nouvelle construction de centrale nucléaire. Vraiment ? Lisez ceci : « Le référendum sur les nouvelle centrales nucléaires a été ancré dans la loi sur l’énergie nucléaire, seules des installations présentant un faible potentiel de danger ne doivent pas passer devant le peuple.

Une valeur limite 1000 fois trop élevée

Le Conseil fédéral détermine ce « faible potentiel de danger » au moyen d’une valeur limite. Et voilà que dans l’ordonnance qui nous occupe, il estime la valeur limite à 100 millisieverts (mSv) d’irradiation après un accident nucléaire. C’est une valeur de risque beaucoup trop élevée ! A titre de comparaison, notons que dans le cas de l’EPR (European Pressurized Reactor), il faut théoriquement compter avec une irradiation de 0,1 mSv après un accident. La valeur limite du Conseil fédéral est donc 1000 fois trop élevée. Cela permettrait à coup sûr de supprimer entièrement le droit de référendum parce que cette valeur limite exagérée ne rendrait jamais possible le lancement d’un référendum, les nouvelles centrales nucléaires étant toutes considérées comme ne présentant qu’un faible potentiel de danger par rapport à la valeur limite. Et voilà comment on roule les citoyens dans la farine ! Le 3 septembre dernier, Greenpeace Suisse a demandé à M. Leuenberger d’établir clairement qu’il ne tolérera pas la suppression du droit de référendum sur la construction d’une nouvelle centrale. Il a rétorqué qu’il se donnait du temps pour répondre. Greenpeace s’est donc vu dans l’obligation d’insister en lançant une lettre ouverte contenant les questions suivantes : Les spécialistes dans les offices fédéraux ont-ils informé le Conseil Fédéral que cette valeur limite excessivement élevée annulerait de fait le référendum facultatif sur la construction d’une nouvelle centrale et est-ce vraiment l’intention du Conseil fédéral de supprimer en douce ce droit démocratique ? Si ce n’est pas le cas, est-il possible que les sbires de l’énergie atomique des offices fédéraux l’aient intentionnellement induit en erreur ? S’il s’agit d’une inadvertance, est-il encore possible de faire confiance aux fonctionnaires des offices fédéraux, qui font de telles erreurs d’amateurs pouvant avoir des conséquences aussi graves ? Ah oui vraiment ! On est dans de beaux draps avec la LENu

Anne Cécile Reimann


Quoi de neuf du côté de nos vieilles casseroles nucléaires ?

Les réacteurs helvétiques, avec une moyenne de 28 ans d’exploitation, font partie intégrante du problème mondial de vieillissement du parc nucléaire. Par leur grande diversité de types, de conceptions et d’âges, les cinq réacteurs suisses offrent même un aperçu très représentatif de la question du vieillissement des centrales nucléaires.

Jusqu’à présent nous avons eu de la chance … mais jusqu’à quand ? J’ai constaté plus d’une fois, avec étonnement, que pas mal de mes concitoyens ignoraient l’existence même de nos cinq centrales nucléaires. « –Tiens, on a des centrales atomiques en Suisse, pas possible ! » Pas étonnant dès lors que la plupart des habitants de ce pays ne sachent rien ou presque de l’état de vieillissement de ces dernières. « En Suisse, tout est propre en ordre, on ne risque rien ! » On a souvent parlé de Mühleberg et de ses 2 mètres de fissures sur la jupe du cœur, retenues par des agrafes. « A Mühleberg, une seule chose de sûr, les fissures ! » Mühleberg, c’est un peu notre cheval de bataille à nous autres Romands, parce que c’est la centrale la plus proche de nous, mais on n’aurait bien tort de ne pas s’inquiéter des autres installations, tout aussi « craignos ».

Prenons par exemple la centrale de Leibstadt (AG) et là je vais citer le communiqué de presse de Greenpeace du 1er juillet 2004 : « La DNS (Division principale de la sécurité des installations nucléaires) s’est donné tout un mois pour informer le public que, dans la nuit du 28 au 29 mai 2004, les opérateurs de la centrale nucléaire de Leibstadt ont commis deux graves négligences. » Les erreurs ont eu lieu lorsque le réacteur a été redémarré. La centrale avait effectivement dû être arrêtée pour permettre la réparation d’une fuite sur une soupape dans le circuit primaire. La DNS ne dit d’ailleurs pas pourquoi une telle fuite a pu se produire. Donc, dès 19 heures ce 28 mai, en infraction aux prescriptions, les opérateurs de la centrale nucléaire ont laissé ouvert des clapets d’aération destinés à isoler l’intérieur du bâtiment du réacteur de l’environnement. Peu avant 23 heures, lors du redémarrage du réacteur, ils ont donné « trop de gaz », ce qui a provoqué un dépassement du taux de réchauffement. Ils n’ont pas recalculé la limite de charge de la cuve du réacteur, ce qui est nécessairement prescrit. Durant la nuit de l’incident, la centrale nucléaire a émis en quelques heurs 4 fois plus d’iode radioactif que durant une semaine en 2003. L’information qu’à donnée la DNS concernant cet « incident » : « les valeurs en iode étaient à environ 2% de la limite d’émission brève » est trompeuse et minimise l’incident, accuse Greenpeace. L’iode radioactif est normalement confiné dans la matrice des pastilles de combustible nucléaire. L’organisation écologiste a tout de suite supposé qu’outre les fautes rapportées, il devait y avoir d’importants défauts de barres de combustible. Le 30 juin 2004, soit un mois après l’incident, les autorités confirmaient la supposition de Greenpeace : une barre de combustible nucléaire a manifestement éclaté lors de l’arrêt du réacteur, provoquant cette émission d’iode 131 notablement supérieur à la normale. Ce n’est – et de loin pas – la seule fois que la centrale de Leibstadt est sur la sellette. En consultant une étude de la DNS qui porte sur les incidents qui se sont produits entre 1981 et 1992, on remarque que Leibstadt arrive en tête avec 24 erreurs dues à des actions erronées des opérateurs. Durant la révision de 2001, il a fallu signaler 3 petits incendies, de possibles fissures sur les soudures, un élément de combustible défectueux et des falsifications délibérées de protocole de sécurité.

Que s’est-il passé ? Des bâches de protection avaient été disposées lors des travaux de soudure pour éviter les projections d’étincelles et donc des incendies, mais les bâches n’étaient pas ignifugées et elles se sont enflammées !! Incroyable ! La falsification de protocole de sécurité reste cependant ce qu’il y a de plus inquiétant : deux opérateurs ont inscrit des opérations de contrôle qu’ils n’ont pas effectuées. Ils ont immédiatement été licenciés. Des mesures disciplinaires ont dû en outre être prise contre 3 collaborateurs. En 2002, la centrale de Leibstadt a diminué son budget de 18 millions de francs, ce ne fut pas sans conséquence : 15% des opérateurs ont démissionné, ce qui a provoqué un manque de personnel et l’accumulation de près de 200 heures supplémentaires pour certains collaborateurs ! Pas étonnant que les erreurs humaines se soient accumulées. En 2004, 5 autres événements louches sont encore venus noircir la réputation de la centrale de Leibstadt. On peut vraiment dire qu’avec Leibstadt, on a eu de la chance, mais jusqu’à quand ? Lâchons maintenant un peu les basques de Leibstadt qui en a pris pour son grade et intéressons-nous à Beznau II qui a demandé récemment à être mise au bénéfice d’une autorisation d’exploitation illimitée, bien qu’elle soit l’une des plus vieille centrale atomiques encore en activité. Depuis sa mise en service en 1971, le réacteur atomique de Beznau II n’a eu que des autorisations d’exploitation limitées parce que le refroidissement d’urgence de son cœur et sa protection contre les chutes d’avions et autres influences externes, comportaient de graves lacunes, nous apprend Greenpeace dans un communiqué du 14 juillet 2004. Malgré d’importantes mises à niveau, Beznau II a un évident déficit en matière de critères de sécurité. Ce réacteur présente un risque de fusion accidentelle du cœur 10 fois plus élevé que le réacteur plus récent de la centrale de Gösgen affirme Greenpeace. Et pourtant, la DNS conclut dans son rapport d’expertise que : « rien ne s’oppose à une première autorisation d’exploitation illimitée » malgré que Beznau II ait déjà à son actif 33 ans d’exploitation et soit parmi les plus vieux réacteurs atomiques de ce type. Ma parole, ils ont reçu le poque à la DNS !! Greenpeace lance un véritable cri d’alarme en appelant à la plus extrême prudence parce que personne n’a d’expérience dans l’exploitation de tels réacteurs atomiques de plus de 35 ans. Les éléments relevant de la sécurité sont en effet soumis à de fortes contraintes par le rayonnement neutronique et la pression de la température, sans compter des lacunes évidentes dans la connaissance des changements structurels de la matière dans de telles conditions. A partir de quand un réacteur atomique n’est-il plus considéré comme sûr ? Des valeurs limites claires en matière de sûreté doivent être impérativement fixées avec des marges de sécurité généreuses. C’est ce que demande Greenpeace au Conseil fédéral. On ne peut qu’approuver et espérer que Beznau II sera fermée le plus tôt possible. Jusqu’à présent nous avons eu de la chance avec nos centrales, jusqu’à quand ?

Anne Cécile Reimann


La lutte du pot de terre contre le pot de fer dans le Vignoble zurichois

Le paisible village de Benken, situé à quelques encablures des chutes du Rhin, a été choisi par la NAGRA pour y déposer les déchets hautement radioactifs de notre pays. Comment en sommes-nous arrivés là ? Témoin de ce qui s’est passé depuis le début, je vais résumer l’histoire pour les lecteurs de ContrAtom. Je tenterai de rester le plus objectif possible, en dépit de mes sympathies pour les opposants. Il est difficile de situer le commencement exact de l’affaire, car la NAGRA se penche sur le problème des déchets nucléaires depuis un bon nombre de décennies. Après ses échecs à Ollon (VD) et à Siblingen (SH) dans les années 80, elle a évalué soigneusement la situation avant de choisir un nouveau point de chute, tant sur le plan géologique que politique. Quand ils sont venus présenter officiellement leur projet en été 1994 à Benken, les hauts responsables de la NAGRA avaient donc des idées bien arrêtées. Ils ont expliqué au bon peuple qu’ils devaient proposer un site pour l’entreposage définitif des déchets produits par les centrales suisses et qu’une étude scientifique s’imposait au préalable. Et, comme il fallait bien commencer quelque part, elle envisageait de procéder à des sondages sur un terrain de la commune de Benken. Ce choix était certes motivé par des raisons d’ordre géologique et pratiques pour y effectuer des travaux, mais il ne préjugeait en rien du site définitif. Le maire de Benken a toujours prétendu qu’il était difficile au Conseil communal de s’opposer à ladite étude. Se montra-t-il un peu trop complaisant, flatté de voir son village investi d’une mission d’intérêt national ? Mouvements de résistance Les opposants ne l’entendirent pas de cette oreille et créèrent deux groupements pour combattre le projet. Le premier, actif sur le plan communal, du nom de « Bedenken1 » regroupait uniquement les habitants de Benken ; le second « IGEL2 » prenait en mains les intérêts de la région, soit le Vignoble zurichois, les cantons de Schaffhouse et de Thurgovie, ainsi que les communes allemandes voisines. Ces dernières jouèrent le jeu à fond et ont toujours fait preuve d’un soutien digne d’éloges. Nous ne sommes pas parvenus à contrecarrer les plans de la NAGRA. En dépit du recours à un avocat spécialisé, « Bedenken » n’a pas pu empêché les sondages effectués sur le territoire communal. Quand la NAGRA a présenté ses conclusions favorables pour le site de Benken, nous avons mandaté un institut spécialisé pour une contre-expertise. Il a certes trouvé des failles dans le rapport de la NAGRA, mais a dû faire marche arrière par la suite. Autre sujet de déception, le canton de Zurich a tardé à traiter notre initiative qui demandait que la population concernée soit consultée au sujet d’un site pour l’entreposage définitif de déchets nucléaires. Les chambres fédérales ont adopté entre-temps la nouvelle loi sur l’énergie nucléaire qui dit qu’un tel site relève de la compétence du Conseil fédéral. Récemment, « Bedenken » et « IGEL » ont fusionné sous le nom de « KLAR ! Schweiz3 » avec pour objectif d’axer la lutte sur le plan politique et ceci, au niveau international. Il convient de sensibiliser l’ensemble de la population pour sortir du nucléaire. Première étape : cesser de produire des déchets tant qu’on n’a pas trouvé la solution pour les éliminer et renoncer à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Jean Laurent, habitant de Benken

1 Abréviation pour Bewegung gegen eine Atommülldeponie in Benken. Traduction française : doute, scrupule.

2 Abréviation pour Interessen-Gemeinschaft für Energie und Lebensraum. Veut dire hérisson.

3 Abréviation pour Kein Leben mit Atomaren Risiken, soit pas de vie avec des risques nucléaires.

KLAR ! Schweiz Steig 1 8465 Rudolfingen Compte de chèques postaux 90-152872-8 (Klar Schweiz 8463 Benken)

info@klar-schweiz.com

www.klar-schweiz.com


Nouveaux tarifs des Services industriels genevois

Au vu de la bonne santé financière (la honte, de nos jours, un service public ayant l’outrecuidance de faire des bénéfices), le Conseil d’Etat genevois et le conseil d’administration des SIG ont décidé de baisser les tarifs de l’électricité. Immanquablement, cela va se traduire par une augmentation de la consommation, c’est la loi du marché. Inspirée par la sensibilité écologique de notre République, une brochure a été distribuée parallèlement à l’annonce de la baisse des tarifs, incitant tout un chacun à consommer plus écolo. Des personnes proches de ContrAtom nous ont avoué n’avoir rien compris à ladite brochure. Je vais essayer d’être plus simple, sans chercher à ménager toutes les sensibilités. Toute une panoplie de « produits » est proposée. Cela va du simple hydraulique importé ou, l’horreur de l’horreur pour les moutons noirs, du thermique importé au nec plus ultra : du 100% renouvelable avec encouragement au développement de nouvelles technologies et compensations environnementales, en passant par plusieurs paliers saupoudrés de diverses options : un peu plus de solaire par-ci, un zeste d’hydraulique de chez nous par-là etc. Bref (il n’y a pas de miracle), plus c’est cher, plus c’est écolo, durable, responsable envers la vie sur notre grain de sable perdu dans l’univers. Donc, Mesdames et Messieurs, à votre bon cœur en quelque sorte. RB

 
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