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CERN
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No 62, février 2002
No 62, février 2002
Publié le vendredi 28 septembre 2007

Georges Settimo :

Paul Bonny :

Martine Bulard :


CERN : nouvelle révélation d’intérimaire irradié

« Je ne veux pas disparaître sans avoir témoigné »

Ceci est une histoire vraie. Simple témoignage de ce que j’ai vécu, sans autre ambition que d’informer sur les dangers de l’atome, dangers que les spécialistes en communication d’EDF occultent soigneusement dans leur publicité pour promouvoir l’énergie nucléaire. « Nous vous devons plus que la lumière » paraît-il. Oui, c’est vrai, vous nous devez la vérité et là, il y a défaut !

Je m’appelle Georges Settimo, 54 ans, marié, deux enfants. J’ai commencé au « bas de l’échelle « pour finir expert en auscultation d’ouvrages d’art. Formé à travailler et raisonner avec rigueur, méthode et précision je ne crois aux coïncidences que dans la mesure de leur probabilité.

En 1974, j’avais 27 ans et travaillais avec deux autres intérimaires, Kader et Antonio dans les souterrains du CERN (Centre Européen de la Recherche Nucléaire ) de Genève, alors en construction, a proximité de caisses et bidons portant le fameux et bien connu triangle de danger radioactif lorsqu’on m’a diagnostiqué un cancer du sang proche du dernier stade ce qui me laissait peu de chances de survie.

Défenseur du nucléaire

Farouche défenseur du nucléaire dans lequel je voyais la solution écologique et économique au problème crucial de l’énergie dans le monde, je n’y ai vu qu’une coïncidence et n’ai pas remis en cause pour autant mes convictions.

C’est donc en rejetant toute responsabilité du nucléaire dans ma maladie que j’ai entrepris de lutter contre elle, consultant de nuit et comme un voleur mon dossier médical afin de connaître la vérité sur son évolution (en matière de cancer, bonjour les mensonges), calculant mes chances de rémission en fonction de sa progression ou de son recul, m’informant auprès des publications médicales, discutant les protocoles de cure comme un spécialiste ce qui, je me souviens, mettait mal à l’aise le patron du service d’hématologie. Parlant de l’origine de cette maladie, mon médecin traitant avait bien évoqué une possible relation de cause à effet entre mon travail et mon cancer mais, prisonnier de mes certitudes, je n’ai pas voulu le croire. Sauf oubli, il fut le seul à m’avoir dit la vérité, me communiquer les statistiques de rémission (sauf à reprendre le dessus, j’en avais pour moins d’un an). S’il lit ces lignes, qu’il sache que je le remercie pour sa franchise. Et c’est ainsi que, encore sous traitement et à peine en état de travailler, j’avais repris le travail dans le nucléaire et participé (croyez que je le regrette !) à la construction d’EURODIF, à BOLLENE en 1976 ! Nul ne pourra me taxer d’avoir toujours été un antinucléaire convaincu !

Le cancer ?

Le cancer ? On le coupe (quand on peut), on le brûle (par radiothérapie au risque de générer un autre cancer) ou on l’empoisonne. Chirurgie, cobalt, chimiothérapie (à une époque où elle était balbutiante), j’ai subi tout cela et vous fais grâce de l’enfer que j’ai vécu et des agonies des compagnons d’infortune que j’ai vu mourir. Comment décrire la détresse d’une belle jeune fille de 16 ans qui a « toute le vie devant elle », c’est à dire 3 mois et qui, devenue chauve et squelettique sait que c’est la fin. Cette douloureuse expérience fut cependant une bonne leçon de modestie. Avant cela en effet, j’étais persuadé que ces choses là ne peuvent arriver qu’aux autres. Là aussi je me trompais mais j’étais jeune et j’étais con. Un moral à toute épreuve et une vie saine (je ne bois ni fume, fais du sport et mange bio) ont paraît-il, favorisé ma guérison. Je veux bien le croire.

Une révélation

C’est en allant faire ma cure de stabilisation de la maladie, dite cure d’entretien et alors que j’étais sur le point d’aller en mission de travail à la COMMUREX, (encore une usine nucléaire ), que j’ai eu LA REVELATION ! Par le plus grand des hasards, alors que je traversais le couloir du service d’hématologie, j’ai été interpellé de son lit par un malade qui m’avait reconnu, Kader, l’Algérien qui faisait partie de mon équipe au CERN deux ans plus tôt. Moi je n’aurais pu le reconnaître, il n’avait plus de cheveux et même sa moustache et ses sourcils étaient clairsemés. Rien qu’à le voir, j’avais compris. La lecture de son dossier (qu’on avait laissé sur son lit sans risques, il ne savait pas lire) m’apprenait qu’on lui avait enlevé la rate, qu’il en était au dernier stade, que son traitement était « palliatif », bref, un mort en sursis. Ignorant et naïf, il me dit qu’il a été très malade mais que ça va mieux (tu parles !) et qu’il retourne en Algérie dés sa sortie de l’hôpital.

Des certitudes s’effondrent

En quelques secondes mes certitudes se sont effondrées et je calculais déjà les probabilités de coïncidence quand le pauvre Kader leur a asséné le coup de grâce en m’apprenant candidement que le troisième membre de l’équipe était mort depuis six mois d’une longue maladie. Pour lui, il n’y avait pas à se poser de questions et avec la philosophie chère à ses origines il conclut par un : « Mektoub ! (c’était écrit) ». Sans commentaires. Merci Kader, je ne t’ai jamais revu, toi aussi tu reposes probablement quelque part dans ton pays natal comme Antonio, le Portugais, mais grâce à vous je suis guéri de mon orgueil et regarde désormais la vérité en face.

« Votre mort n’aura pas été inutile. »

Puisse ce témoignage, que j’écris sans intérêt ni connivence, sous mon entière responsabilité et dont j’autorise la plus large diffusion, être lu par le plus grand nombre et principalement par les « farouches défenseurs du nucléaire » dont je fus et dont font partie les techniciens de l’EDF. Libre à eux d’en tirer les conclusions qu’ils voudront.

Pour ma part j’ai refusé la pension d’invalidité à laquelle j’aurais pu prétendre. Je m’en suis tiré, avec des séquelles certes, (un stimulateur cardiaque assiste mon coeur, brûlé par les radiations) mais même si mon espérance de vie est sérieusement écourtée suis toujours vivant et en activité. Je ne demande ni reconnaissance ni indemnités et n’ai aucune haine ni rancune envers qui que ce soit, seulement l’espoir que ce témoignage ouvre les yeux à tous ces gens qui, convaincus des bienfaits et de l’innocuité du nucléaire, comme je l’étais moi-même avant cette douloureuse expérience, ne veulent rien voir.

On nous cache tout

Des gens qui se trompent, comme je me suis trompé, qui ignorent ou auxquels on cache les dangers du nucléaire. Ceux qui nous ont envoyé travailler dans des conditions critiquables savaient-ils ? S’ils savaient, je les laisse face à leur conscience. Sinon qu’ils sachent que je ne leur en veux pas, ils ne sont pas mes ennemis, eux aussi se sont trompés en minimisant les risques qu’ils nous faisaient courir. Cependant si j’étais mort comme mes deux compagnons personne n’aurait rien su et je ne veux pas disparaître sans avoir témoigné. Je regrette seulement d’avoir mis si longtemps à le faire.

A vous, l’ingénieur du CEA, le chercheur du CNRS, le technicien, le dirigeant, le politique, à vous qui avez le pouvoir de changer les choses et qui lisez ces lignes, vous savez qu’on ne peut juger que par comparaison. Comparez donc vos certitudes à celles que j’eus et qui sont les miennes aujourd’hui. Vous faut-il de nouveaux éléments ? Ce témoignage en est unŠ En ce qui me concerne, ma conviction est faite. Nous avons été irradiés à notre insu et pour cause, à moins de se promener avec un compteur Geiger sur soi en permanence comment le savoir puisque la radioactivité se joue allègrement de tous nos sens ? Oui, le nucléaire tue, de la façon la plus insidieuse qui soit et on ne saura jamais combien de gens en sont déjà morts. Encore aujourd’hui combien de gens ignorent le danger des matières radioactives ou le croient insignifiant. ? Des millions sans doute. Quand leur dira-t-on la vérité ?

Mais vous, qui savez ! Qui savez qu’on ne peut les détruire, qu’elles ont une durée de vie qui se chiffre en milliers d’années, que certaines parmi les plus dangereuses (plutonium) n’existent que parce qu’elles sont crées par l’homme. Qui savez que nous sommes en train d’en répandre partout sur la planète. Quand arrêterez vous de faire l’autruche ? J’ai deux enfants, vous en avez peut-être aussi ou en aurez certainement. Quel monde sommes nous en train de leur léguer ? Cette pollution invisible, insidieuse et pérenne qui est la pire de toutes. Je n’ai que le pouvoir de témoigner, si vous avez le pouvoir de faire changer les choses, faites-le avant qu’il ne soit trop tard ! Arrêtons le massacre et SORTONS ENFIN DU NUCLEAIRE ! L’erreur est humaine et nous sommes humains. Vous, moi, nous nous sommes trompés.

Pourquoi persévérer dans l’erreur ?

Georges Settimo

Fait à Palau del Vidre, le 30 septembre 2001

Paru dans La lettre d’information de décembre 2001 du Réseau « Sortir du nucléaire » www.sortirdunucleaire.org


La vérité se fait attendre !

Fin 1995 : un intérimaire, M. Pierre Allemann, se retrouve gravement malade après avoir travaillé 15 ans au centre de stockage des déchets radioactifs du CERN.

La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) analyse divers éléments prélevés sur le site de Meyrin (GE) et présente un rapport accablant à la conférence de presse organisée par ContrAtom le 24 avril 1996.

Au-delà du cas Allemann, le statut des sous-traitants et des intérimaires est dénoncé, ainsi que les atteintes à l’environnement.

Le CERN riposte en affirmant notamment « …il est impensable que des pièces d’une telle diversité puissent se trouver dans une poubelle ordinaire ».

Michèle Rivasi, présidente de la CRIIRAD, écrit au CERN : « Suite à vos déclarations, des journalistes ont pu prononcer l’expression « Coup monté ». Elle réclame la tenue d’un débat public et contradictoire ainsi que de nouveaux contrôles effectués par 3 laboratoires indépendants.

Le 21 juin 1996, le Grand conseil genevois charge sa commission « Santé » d’étudier ce dossier.

En novembre 1997, le Conseil d’Etat genevois adopte un crédit de 6,25 millions de francs qui vient s’ajouter aux 24 millions de la confédération destinés au financement du nouvel accélérateur de particules (LHC). En revanche, un crédit de 250 000 Fr. destiné à un audit indépendant – qui aurait permis un peu plus de transparence sur les pratiques du CERN – est refusé… à une voix près !

ContrAtom lance alors une pétition réclamant une étude indépendante pour établir un état des lieux complet sur la radioactivité au CERN. Elle sera déposée le 16 décembre 1997, munie de 1431 signatures.

Le 19 octobre 1998, un pseudo-débat est organisé par la Tribune de Genève : 98% de la salle est occupée par des gens du CERN qui monopolisent la parole et noient le poisson.

La Commission de la santé du Grand conseil genevois auditionne, le 28 mai 1999, MM. Yves de Préville, Gino Nibbio et Paul Bonny. Il semble que les député(e )s présent(e )s aient montré un intérêt certain pour ce dossier. Néanmoins, il ne paraît pas avoir beaucoup progressé depuis lors…

Paul Bonny


Depuis plus de 20 ans...

La radioactivité fait des ravages parmi les intérimaires depuis que le nucléaire existe ! Le CERN – comme toute centrale nucléaire – emploie cette « chair à canon des temps modernes » pour les tâches de maintenance. Cette main-d’œuvre subit des taux de contamination qui conduit tôt ou tard au cancer. Mais c’est toujours mieux que le chômage ! Et, comme dit le CERN : « …de toute façon, la relation entre les doses de radiation et la maladie n’est pas prouvée ».

Effectivement, les cancers n’arborent pas le logo du CERN ! Les experts estiment entre 10’000 et 15’000 le nombre de cancers professionnels par an, en France. La Sécurité sociale n’en reconnaît que 580 ! (le Monde diplomatique, Décembre 2001).

Voici quelques cas dont ContrAtom a eu connaissance.

Dans les années septante, M. Pavol Kall accusait déjà le CERN de l’avoir irradié alors qu’il travaillait sur le site pour le compte d’un sous-traitant.

M. Charles Dumont, intérimaire lui aussi, se retrouve à la même époque, dans le tunnel du LEP. Sans aucune formation sur les dangers de la radioactivité, il est prié d’aller travailler dans une zone signalée « Restricted area ». Réticence de l’intéressé. « C’est ça ou la porte ! » La peur au ventre, il a obéi…

Il aura fallu six ans de démarches à MM. Dunand et Jacquemod (ce dernier est décédé voici deux ans d’une leucémie) pour obtenir gain de cause devant l’OIT (Organisation Internationale du Travail) en décembre 1988. Ils réclamaient la réévaluation de leur emploi de chauffeur de poids lourds en fournissant les preuves qu’ils avaient détecté à 27 reprises des produits radioactifs ajoutés à leur insu dans leurs chargements. Même le Service de sécurité n’avait rien détecté !

M. P. Lagarde n’a jamais reçu la moindre information sur les risques liés à la radioactivité.

Et pourtant, il a travaillé au stockage du matériel radioactif du CERN, de 1991 à 1994.

M. Jacques Gambet est décédé d’un cancer du pancréas en 1995 après avoir manipulé pendant des années du matériel contaminé.

M. Claude Passerieux, électronicien que le CERN envoyait dans les endroits « chauds », est mort d’une leucémie dans les années 90.

Enfin, Pierre Allemann. En 1980, il quitte son emploi de garçon de café pour devenir magasinier intérimaire au CERN. Durant quinze ans, il va, sans protection, scier et découper au chalumeau des déchets radioactifs.

Aujourd’hui, il souffre d’un cancer du poumon (reconnu par la Sécurité sociale). Après 7 années de procédure, il n’a toujours pas obtenu de pension. Pierre Allemann a deux enfants à charge.

Paul Bonny


« Les bêtes à Rems »

Le constat vaut pour les salariés des sous-traitants des grandes sociétés, auxquels les donneurs d’ordres imposent des délais et des prix aberrants. Une façon d’évacuer les risques de sa propre entreprise. L’exemple le plus flagrant est certainement celui du nucléaire, révélé et analysé par Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) (1). Dans les centrales nucléaires, montre-t-elle, « 85% des taches de maintenance sont effectuées par des travailleurs « extérieurs », qui prennent 80% de la dose collective de contamination des centrales ».

Passant d’un chantier à l’autre – se nommant eux-mêmes « les bêtes à rems » -, ils subissent vraisemblablement des taux de contamination hors normes. Théoriquement, ils doivent suivre des procédures strictement établies, mais il y a « un gouffre entre le travail prescrit et le travail réel ». Et les entorses sont d’autant plus cachées qu’une fois leur dose de contamination atteinte ces salariés se retrouvent au chômage. Quand ils auront pris trop de rayonnements et seront gravement malades, il leur restera le revenu minimum d’insertion (RMI). Mais Electricité de France (EDF) n’a pas à assumer ses responsabilités et peut renouveler à sa guise une main-d’œuvre sous-payée et sans statut.

Extrait d’un article de Martine Bulard, paru dans Le Monde Diplomatique de décembre 2001 intitulé : « Maladies et accidents professionnels en hausse : retour de la mal-vie dans le monde du travail », pages 26-27

(1) Annie Thébaud-Mony, Industrie nucléaire, sous-traitance et servitude, Editions Inserm, Paris, 2000

 
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