association antinucléaire genevoise    logo
Accueil du siteJournalArticles par thèmesOMS-AIEA
Dernière mise à jour :
dimanche 15 avril 2018
Statistiques éditoriales :
445 Articles
3 Brèves
1 Site Web
3 Auteurs

Statistiques des visites :
244 aujourd'hui
1773 hier
1253096 depuis le début
   
Articles par thèmes :
OMS - AIEA Tchernobyl Edito
Journal par No :
No 81, avril 2006
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann Bernard Debord
No 81, avril 2006
Publié le samedi 29 septembre 2007

Chères, chers ContAtomistes,

A 1h23, dans la nuit du 26 avril 1986, le coeur du quatrième réacteur atomique de la centrale ukrainienne de Tchernobyl s’emballe. Deux explosions font voler l’édifice en éclats. C’est le plus grave accident du nucléaire civil de tous les temps. Le combustible radioactif brûle pendant plus de dix jours, rejetant un nombre uncalculable de radioéléments équivalents à des centaines de fois la bombe d’Hiroshima. C’était il y a 20 ans... 20 ans de souffrance pour les populations touchées par ce cataclysme ! Aujourd’hui, des millions de personnes souffrent encore et toujours des conséquences de cette catastrophe qui va marquer à tout jamais l’histoire de l’humanité.

Il est de toute première importance de se souvenir, année après année, de ce terrible accident car s’il est malheureusement impossible d’en gommer les conséquences, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise.

Nous sommes tous tombés, un jour ou l’autre, et avec quel effroi, sur ces abominables photos montrant les conséquences atroces de ce cataclysmes sur le corps humain. Ces photos d’enfants atteints de troubles incurables, inconnus de la science, aux frontières de la réalité, ces enfants sans jambes, sans bras, présentant d’énormes tumeurs, ces corps d’enfants aux souffrances inégalées, victimes innocentes de la folie technocratiques des hommes.

Non, Tchernobyl n’est pas un anniversaire, Tchernobyl ce n’est pas « il y a 20 ans », Tchernobyl c’est maintenant et pour toujours les suites éternelles des dommages causés par la radioactivité ! Nous voilà donc prévenus !

Et pourtant, les thèses officielles continuent à minimiser les effets dévastateurs de la radioactivité. Pas plus tard qu’au mois de septembre 2005, l’ONU rendait public un rapport de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique), cosigné par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), minimisant de façon scandaleuse le bilan de la catastrophe : pour ces deux organismes marchant main dans la main, Tchernobyl se résume à 56 morts et 4000 cancers de la thyroïde, dont 99% sont guéris ! Comment souscrire aux affirmations suivantes : « Dans la plupart des zones concernées, la radioactivité a retrouvé ses valeurs normales et la grande majorité de la population ne doit pas vivre dans la peur de graves conséquences dues à l’exposition aux radiations à la suite de l’accident » ? Ou encore : « les doses étaient si faibles, il a été impossible d’établir la preuve de quelconques effets sur le nombre d’enfants morts-nés, de grossesses non menées à terme, de complications à l’accouchement ou sur l’état de santé général des enfants », « …aucune indication d’une augmentation des malformations congénitales pouvant être attribuées à une radio-exposition n’a donc pu être établie », « il semble que l’augmentation modeste mais régulière des malformations congénitales signalées tant dans les zones contaminées que dans les zones non contaminées du Bélarus soit liées à une amélioration de la qualité des rapports établis sur la question et non aux rayonnements. »* Révoltant !

Cette campagne de désinformation est logique puisque la mission première de l’AIEA est de promouvoir l’énergie nucléaire dans le monde et d’accélerer son développement ! Comment pourrait-elle, dans cette optique, mettre en lumière la terrible réalité, sans installer le doute dans l’opinion publique ?

Là où le nucléaire passe, la démocratie trépasse : les dirigeants des pays dotés de l’énergie nucléaire n’ont aucun intérêt à affoler leurs populations. La durée de vie de nos cinq vieilles casseroles nucléaires doit pouvoir être prolongée, les déchets radioactifs enterrés sans problème, un nouveau réacteur (EPR) doit se construire à Flamanville en Normandie, les puissances possèdant des bombes atomiques ne veulent pas s’en défaire. La relance du nucléaire est à l’ordre du jour : voilà le remède souverain contre l’effet de serre et la pénurie de pétrole !! Qui donc a peur de la radioactivité ?

Allons-nous laisser l’histoire se faire sans nous ? Nous devons aux victimes de la catastrophe de Tchernobyl d’empêcher tout nouvel accident nucléaire. En tant que citoyens du XXIème siècle, il en va de notre responsabilité. Mobilisons-nous, il y a urgence ! Vive la résistance citoyenne au nucléaire !

Anne-Cécile Reimann

* Communiqué conjoint OMS/IAEA/UNDP Vienne le 7 septembre 2005


Silence et mensonges sur Tchernobyl

Le Prix Nobel de la Paix 2005 a été attribué à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour ses efforts visant à empêcher une utilisation militaire de l’énergie nucléaire. Mais la participation de cette agence onusienne à la conspiration du silence sur le bilan de Tchernobyl laisse perplexe.

Le 5 septembre 2005, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a rendu public un rapport de 600 pages intitulé « Legs de Tchernobyl » et, ce faisant, cet organe de l’Onu reste conforme à sa conception de l’information. Certes, elle y révise à la hausse, le bilan de la catastrophe par rapport à son dernier état publié en 1995, mais sans tirer la moindre conséquence du tollé que celui-ci avait en son temps provoqué. Désormais, le nombre de morts consécutifs à l’accident nucléaire ne serait plus de 31 mais de 56. De 2000 personnes atteintes d’un cancer de la thyroïde, on passe à 4000 dont « 99% sont guéries ».

De qui se moque l’AIEA ?

Quelque terribles que soient ces chiffres, ils sont à l’évidence très largement fantaisistes, le ministère ukrainien de la Santé avançant pour ce seul pays 14000 morts. Quand on sait que l’Ukraine n’a reçu que 20% des radiations rejetées dans la région, la Russie 10% et la Biélorussie 70%, que penser du bilan dans ce dernier pays si de vrais chiffres y étaient publiés ? Que penser de ce bilan de l’AIEA quand on sait que neuf millions de personnes vivent dans les territoires concernés et que, d’après de récentes observations scientifiques, la contamination s’étend par le biais de la chaîne alimentaire (ainsi, en Biélorussie, la région de Brest-Litovsk où aucune retombée radioactive n’avait été relevée en 1986) ? Que penser de ces chiffres lorsqu’il est notoire que 600000 à 800000 « liquidateurs » sont intervenus sur le site dans les heures, jours et semaines suivant l’explosion du réacteur, et que seul un tiers d’entre eux a été un temps - un temps seulement - suivi médicalement ? Que penser de cette information lorsque l’on constate que le cancer de la thyroïde est la seule pathologie post-Tchernobyl reconnue par l’AIEA, avec celle, non mortelle, qu’elle place au premier rang, le stress ? Oui, pour l’AIEA, le méfait principal causé par le rejet dans l’atmosphère d’une quantité de radionucléides plus de cent fois supérieure à celle produite par les bombes A de Hiroshima et Nagasaki réunies, serait l’angoisse des populations face au danger invisible de l’atome !

Le mensonge est trop gros pour que les agissements de l’AIEA restent inconnus. Ce rapport est dans la continuité d’une stratégie de désinformation mise en place de longue date : en 1959, un accord signé entre l’AIEA et l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, voyait celle-ci concéder à celle-là l’exclusivité des opérations sanitaires relatives au nucléaire. Le secteur du nucléaire est donc, de ce fait, le seul échappant à l’organisation de l’ONU ayant en charge la santé mondiale. L’AIEA est, par conséquent, juge et partie dans ce domaine crucial pour l’humanité. Comment s’en étonner puisque l’AIEA, bras institutionnel du lobby atomique international, est l’émanation des puissances nucléaires et, qu’à ce titre, elle occupe à leurs yeux davantage d’importance que l’ONU, son organisme de tutelle. Avec ce rapport sur le legs de Tchernobyl, l’AIEA n’a pas hésité à contredire le Secrétaire général : en 2000, Kofi Annan, dans une publication du bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires, écrivait : « Neuf millions de victimes vivent en Biélorussie, Ukraine et Fédération de Russie. Leur nombre exact ne sera peut-être jamais connu. Cependant, trois millions d’enfants ont besoin de traitements lourds et ce n’est pas avant 2016, au plus tôt, qu’on saura le nombre véritable de ceux qui développeront probablement des maladies. Leur vie à l’âge adulte, qui approche rapidement, a bien des chances d’être assombrie, comme l’a été leur enfance. Nombreux sont ceux qui mourront prématurément ».

Des morts prématurées qui risquent d’être inéluctables puisque les intérêts de l’industrie nucléaire n’imposent qu’un seul mot d’ordre aux six milliards de terriens concernés : « Oubliez Tchernobyl ! ».

Bernard Debord

Cet article a paru dans le magazine « Amnistie ! » de la section suisse d’Amnesty International en février 2006 et dans le magazine « La Chronique » de la section française. Son auteur, Bernard Debord, est journaliste et travaille régulièrement pour Amnesty International. Il a produit un documentaire de 85 mn sur Tchernobyl qui sera diffusé le 21 avril 2006 sur la télévision Suisse Romande, puis dans le cadre du Festival Visions du Réel, le 26 avril 2006 à 20h30 à Nyon.

 
Articles de cette rubrique
  1. No 87, octobre 2007
    23 octobre 2007

  2. No 85, avril 2007
    14 octobre 2007

  3. No 84, décembre 2006
    29 septembre 2007

  4. No 81, avril 2006
    29 septembre 2007

  5. No 80, décembre 2005
    29 septembre 2007

  6. No 79, octobre 2005
    29 septembre 2007

  7. No 68, décembre 2002
    29 septembre 2007

  8. No 63, avril 2002
    29 septembre 2007

  9. No 62, février 2002
    29 septembre 2007

  10. No 60, décembre 2001
    29 septembre 2007

  11. No 59, juin 2001
    29 septembre 2007

  12. No 57, avril 2001 - spécial OMS - AIEA
    29 septembre 2007

  13. Lettre de ContrAtom à Madame Gro Harlem Brundtland
    29 septembre 2007

  14. Lettre de ContrAtom à Monsieur Kofi A. Annan
    29 septembre 2007

  15. Une semaine d’action pour l’indépendance de l’OMS
    9 juillet 2008