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Articles par thèmes :
OMS - AIEA
Journal par No :
No 59, juin 2001
Auteurs :
Philippe Gobet Paul Bonny Solange Fernex
No 59, juin 2001
Publié le samedi 29 septembre 2007

Compte-rendu de la manif du 14.5.01 sur les liens OMS-AIEA

Lundi 14 mai, à l’occasion de l’AG de l’OMS, le comité de Contratom a organisé une des ses petites séances « Chicanons l’OMS » dont il a le secret… De 12h à 13h, des banderoles ont été déployées, des panneaux installés, et des manifestants ont mimé avec beaucoup de distinction, n’hésitons pas à le dire, une OMS qui, en matière de nucléaire, ne veut ni voir, ni entendre, ni parler ! Ainsi, des bandeaux jaunes couvraient soit les yeux, soit les oreilles ou encore la bouche des participants. Assez amusant quand vous ne voyez rien de converser avec votre voisin bâillonné… Les photos de cette action hautement symbolique feront, on l’espère, le tour de quelques journaux… Quelques discours ont également émaillé ce rassemblement. Auparavant, 500 signatures de la pétition avaient déjà été récoltées et d’autre part il faut signaler qu’une excellente émission « Mise au point » de la TSR a été consacrée à ce dossier. Aux dernières nouvelles, il semblerait que les représentants de l’OMS et de l’AIEA hésitent maintenant à se rendre ensemble à des conférences auxquelles leurs organisations sont conviées…

Philippe Gobet


Dernières nouvelles OMS/AIEA

La Suisse a mis la question à l’ordre du jour, elle a été soutenue par la Norvège et le Canada. La question est posée, elle sera traitée lors d’une réunion interne avec l’AIEA, un rapporteur a été nommé pour voir si cet accord avait eu des effets néfastes : censure ou désinformation, c’est une Canadienne qui remettra ce rapport en octobre.

Il s’agit donc d’un grand succès pour nous, à suivre, car maintenant l’opposition du lobby va certainement se réveiller ; Ils ont été pris de court. Le Professeur Thomas Zeltner (Suisse), destinataire de nos messages a fait le maximum et Mme Brundtland, également destinataire, a joué le jeu.

Solange Fernex


Premières mesures de l’OMS infiltrée par les parrains du tabac et les barons de l’atome

Au terme de l’Assemblée mondiale de la Santé tenue à Genève le mois dernier, nous avons demandé à Michel et Solange Fernex leurs impressions. Michel Fernex est professeur émérite à la faculté de médecine de l’Université de Bâle. Il est délégué auprès de l’OMS par IPPNW (Médecins suisses pour la prévention de la guerre nucléaire).

Solange Fernex est présidente de la section française de la ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (WILPF) dont le siège est à Genève et qui est active dans 42 pays.

Quelles sont vos impressions générales à l’issue de cette cession ?

Chaque année, en mai, les Ministres de la Santé des 188 Etats membres de l’OMS se réunissent pour fixer le budget et établir les programmes d’action. Parmi les priorités imposées par la nouvelle Directrice Générale, Dr Gro Harlem Brundtland : le tabac. Il y avait blocage sur ce thème, en particulier du fait que les accords avec la FAO avaient classé le tabac comme problème agricole et non médical. Il a fallu solutionner ce blocage, mais ce qui posait problème, c’était l’emprise du lobby du tabac. L’an passé, le Prof. Zeltner, membre suisse du Comité exécutif de l’OMS, a démontré l’influence de ce puissant lobby qui avait infiltré l’OMS et certaines ONG. Des chercheurs de haut niveau dans la hiérarchie universitaire, avaient livré des travaux falsifiés qui débouchaient sur des « mensonges clefs ». Grâce à cet obscurcissement du savoir, rien ne pouvait être décidé. Maintenant, le Dr Brundtland demande une convention pour aider les pays à lutter contre le tabac ; les sociétés qui font des profits malsains devront payer. « Le tabagisme vole les ressources et la santé ; il représente surtout le pillage des pauvres ».

Pour le nucléaire, les choses seront plus difficiles : d’une part le lobby est encore plus puissant que celui du tabac ; d’autre part, il dispose, au sein même des Nations Unies, d’une structure de promotion et de pression doté d’énormes moyens : l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

Bien des Etats sont davantage compromis dans le nucléaire que dans le tabac, étant donné que cette industrie est fortement liée au domaine militaire, avec tout ce que cela implique comme secrets impénétrables. Il n’y a, en effet, pas de distinction entre les technologies nucléaires militaires et civiles. On parle à juste titre de « frères siamois ». Au départ, les centrales étaient des fabriques de plutonium pour la bombe-A. On s’est rendu compte qu’elles pouvaient aussi produire de l’électricité. Elles continuent à faire du plutonium, mais cette « matière première » tant recherchée autrefois, est devenue avec le temps un déchet encombrant et dangereux.

L’accord de 1959 entre l’AIEA et l’OMS a-t-il été évoqué ?

Différentes ONG, notamment la Ligue des Femmes pour la Paix et la Liberté et Médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), se sont adressées aux ministres de la santé de divers pays : Canada, Nouvelle Zélande, Norvège, Grande-Bretagne, Suisse, France, Belgique et d’autres. Nous avions le soutien de nombreux pays, mais aucun n’osait proposer ce problème pour l’ordre du jour de l’assemblée, déjà très chargé.

L’an dernier, nous avions remis personnellement la pétition pour l’amendement de l’Accord à Madame Ruth Dreifuss (Ministre suisse, chargée de la santé publique) et parlé à ses délégués à l’OMS. Cette année, Madame Dreifuss a décidé de mettre ce point à l’ordre du jour, lors de la séance consacrée aux « rapports de l’OMS avec les autres structures de l’ONU ».

Nous n’étions pas dans la salle lors de la séance en question. C’est effectivement la délégation suisse qui, en présentant des arguments judicieux, a demandé que l’on ajoute l’amendement de l’Accord OMS-AIEA de 1959, à l’ordre du jour. Comme promis, cette proposition a trouvé le soutien de la Norvège, puis le Canada est intervenu positivement. Aucun pays ne s’étant opposé à cette initiative, les autres ministres qui s’étaient engagés à soutenir le projet n’ont pas eu à intervenir.

L’Assemblée à alors demandé à Madame Anne Kern, Directrice à l’OMS, de désigner une médiatrice ; ce sera probablement une Canadienne qui sera chargée d’entrer en contact avec l’AIEA et de fournir un rapport d’ici octobre prochain.

Il faudra suivre cette affaire de très près, même si nous pouvons considérer que c’est une victoire des ONG investies dans cette campagne. Il reste encore à convaincre une majorité parmi les 188 pays membres de l’OMS d’adopter les amendements, lors de la prochaine Assemblée Mondiale de la Santé. Nous demandons une solution juridique forte, rendant enfin à l’OMS sa liberté, sa fiabilité et sa dignité, dans le domaine nucléaire.

Les efforts d’ONG comme ContrAtom et la CRIIRAD n’ont pas passé inaperçus.

Une manifestation avec théâtre de rue a montré l’OMS bâillonnée par des personnages diaboliques, avant d’être libérée en fin de spectacle : elle peut alors à nouveau s’exprimer ! Les journaux distribués à l’ONU et à l’OMS, évoquaient, photographies à l’appui, les manifestations sur la Place des Nations.

Le problème de l’uranium appauvri a-t-il été évoqué ?

L’OMS a présenté son rapport sur l’uranium dit appauvri, qui est en réalité de l’uranium 238 très pur (>90 %). Ce rapport marque un pas dans la bonne direction, car il fait preuve d’une certaine indépendance par rapport aux positions de l’OTAN et de l’AIEA. L’OTAN connaît les mêmes conflits d’intérêts que l’AIEA, lorsqu’elle « recherche » les maladies provoquées par exemple chez des enfants, par les armes qu’elle a elle-même utilisées. Comment lire les rapports de ces organismes sur des problèmes de santé publique ? Leurs publications reflètent la volonté d’occulter les problèmes posés par leurs agissements.

En début de séance, l’Irak a évoqué des lacunes dans le rapport de l’OMS et signalé l’augmentation significative des malformations congénitales, des cancers et d’autres pathologies, en particulier des maladies du système immunitaire. Cette déclaration a été soutenue par le Zimbabwe, qui demande que l’OMS poursuive ses travaux dans ce domaine.

Il faut cesser de confondre les fumées d’uranium 238 avec les poussières des minerais d’uranium, qui sont plus grossières, solubles et rapidement éliminées. L’U 238 du Golfe ou des Balkans est incorporé, après l’impact des obus inflammables, sous forme de cendres en suspension dans l’air et contenant de minuscules billes d’oxyde d’uranium, insolubles, car cuites comme de la céramique à plus de 1000°. Ces particules, de 1 à 5 microns, pénètrent aisément dans les alvéoles pulmonaires, y restent ou migrent dans les ganglions lymphatiques du thorax et au-delà. Elles bombardent les cellules avoisinantes, les lymphocytes. Maurice-Eugène André , qui a calculé les doses reçues par ces cellules, note qu’elles sont 100 à 1000 fois supérieures à celles liées aux radiations naturelles. Il ne s’agit donc pas de « faibles doses ». Ces doses tissulaires très localisées, mais énormes, sont extrêmement dangereuses pour les cellules, en particulier celles du système immunitaire et pour le génome d’une façon générale.

Malheureusement, il n’y a pas de nouvelles recherches médicales prévues en Irak, ce serait pourtant indispensable. La Suisse continuera à mettre à disposition un expert du laboratoire militaire ABC de Spiez ce qui n’est pas la solution adéquate pour ce problème de santé publique.

Comment voyez-vous la poursuite de notre action ?

Il faut continuer de réclamer l’amendement de l’accord OMS/AIEA, puis convaincre d’ici 2002 une majorité parmi les 188 ministres de la santé. Il faut aussi que les discussions avec l’AIEA ne conduisent pas à un statu quo, avec un règlement intérieur qui pourra être remis en question quand certains directeurs auront changé. Il faut informer les ONG, faire passer ce message de mobilisation dans la presse afin de maintenir la pression médiatique.

Pour l’Uranium 238 en Irak, nous devons exiger que des médecins et des généticiens interviennent dans ce pays. Les physiciens et ceux qui font des calculs sur la base de données historiques (Hiroshima), doivent céder leur place aux véritables experts de l’OMS : des médecins, des épidémiologistes et des généticiens.

Propos recueillis par Paul Bonny


Il ya 44 ans, l’OMS lançait son premier et dernier appel sur les effets génétiques des radiations chez l’homme

1957 : L’OMS publie une mise en garde lucide, scientifique et prémonitoire sur les dangers des radiations pour les génération à venir. (Extraits ci-dessous)

1959 : Réalisant les effets négatifs de cette publication sur le développement de l’énergie nucléaire, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) impose le fameux accord qui lui donne un droit de regard sur tous les travaux de l’OMS.

C’était l’époque où les experts osaient dire ce qu’ils pensaient sans risquer leur carrière. Parmi les 20 spécialistes signataires du rapport intitulé « Effets génétiques des radiations chez l’Homme - Rapport d’un groupe d’étude réuni par l’OMS et communications présentées par plusieurs membres de ce Groupe » figurent notamment le professeur R.M. Sievert (Institute of Radiophysics, Stockholm) dont le nom sert aujourd’hui d’unité de mesure de la radioactivité (100 rem = 1 sievert). On trouve également le Dr Jérôme Lejeune, célèbre généticien français qui a découvert la trisomie 21 responsable du mongolisme. Ces vingt sommités, venues des quatre coins du monde, ont mis en commun leurs connaissances scientifiques et sont parvenus aux conclusions suivantes :

« Le patrimoine héréditaire est le bien le plus précieux dont l’être humain soit le dépositaire, puisqu’il engage la vie de la descendance, le développement sain et harmonieux des générations à venir. Or le groupe d’étude estime que le bien-être des descendants de la génération présente est menacé par l’emploi grandissant de l’énergie nucléaire et les sources de rayonnements Il est démontré que les rayonnements figurent parmi les agents qui provoquent des mutations chez un grand nombre d’organismes, des bactéries aux mammifères. Le Groupe est d’avis que de nouvelles mutations survenant chez l¹homme seront nuisibles aux individus et leurs descendants En conséquence, toute radiation produite par les hommes doit être considérée comme nuisible à l’homme du point de vue génétique. »

La réaction ne se fera pas attendre : le lobby nucléaire, encore occupé à faire oublier les macabres exploits de l’énergie atomique à Hiroshima et Nagasaki au moyen du slogan « Atom for peace », va créer, en juillet 1957, L’AIEA dans le but de « hâter et d’accroître la contribution de l’énergie atomique à la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier » .

Avec un si noble dessein, les portes de l’ONU s’ouvriront toutes grandes pour accueillir cette nouvelle institution dont l’une des premières tâches sera de contrôler les activités et les publications de l’OMS dans le domaine nucléaire.

Désormais, les promoteurs de l’atome n’auront plus de contre-pouvoir institutionnel capable de s’opposer valablement à leurs téméraires et funestes ambitions. Plus d’autorité médicale indépendante pour arbitrer les incessantes polémiques sur les soi-disant « seuils » à partir desquels les radiations seraient dangereuses pour la santé (Alors que les experts ci-dessus sont formels : « Toute radiation produite par les hommes doit être considérée comme nuisible »)

Plus d’organisme neutre pour gérer sur place les accidents et les catastrophes nucléaires et fournir une information crédible sur leurs véritables conséquences sanitaires. Ni pour dénoncer la voie sans issue où mène une industrie qui produit des montagnes de déchets dangereux durant des milliards d’années et dont on ne sait que faire

Désormais, les promoteurs de l’atome auront les coudées franches pour imposer au monde une source d’énergie conçue pour détruire, pour tuer. Elle a failli y parvenir, à coups de manipulations, de dissimulations, de mensonges. Mais la vérité peut attendre : elle porte en elle la promesse de sa victoire.

Paul Bonny

 
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