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No 62, février 2002
Publié le dimanche 30 septembre 2007

Philippe Gobet :

Chaïm Nissim :

Anne-Cécile Reimann :


Les pays nucléarisés sont des colosses aux pieds d’argile…

Dans notre numéro de septembre dernier, nous abordions le thème de l’actualité terroriste – les attentats du 11 septembre – et de son lien avec la défense militaire d’un pays doté de centrales nucléaires. Au niveau de la crise afghane, il semble que nous soyons passés à côté du pire, par exemple un avion qui aurait foncé sur la Hague, mais globalement le risque d’un acte nucléo-terroriste dans les années à venir est malheureusement tout à fait probable. L’équation est simple, il s’agit de revisiter l’histoire de David et Goliath : vous remplacez la pierre par un avion et Goliath par une nation nucléaire… Les conséquences pourraient être la transformation d’un continent comme l’Europe en un no man’s land inhabitable pour quelques années, siècles ou millénaires. Certaines centrales suisses récentes sont censées résister à la chute accidentelle d’un avion de ligne du style boeing 707 (tout comme les tours du WTC…), mais pas forcément à une attaque kamikaze à pleine vitesse, encore qu’on puisse penser qu’il serait difficile de viser le cœur du réacteur, une destruction, par exemple, des tours de refroidissement n’ayant que relativement peu d’importance. Toutefois la DSN(1) admet que la sécurité complète contre les attentats aériens n’existe nulle part dans le monde (voir encadré ci-dessous) . D’ailleurs une étude allemande également montre que même des murs de deux mètres d’épaisseur comme il en existe ne pourraient préserver intégralement les installations nucléaires… La Hague….De plus, si une attaque terroriste visait des piscines de refroidissement à la Hague, les conséquences en matière de diffusion de matières radioactives pourraient représenter 50 fois Tchernobyl…A plus petite échelle, un stockage provisoire de déchets pourrait aussi faire l’affaire, si j’ose dire, de même qu’un conteneur pour le transport de déchets (prévu uniquement pour résister à une chute de neuf mètres de hauteur…) L’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) elle-même, habituellement plutôt encline à rassurer l’opinion publique et à promouvoir le nucléaire, a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises, demandant aux Etats d’assumer une meilleure protection des sites nucléaires ! Preuve que la menace est sérieuse… et que la société civile devra continuer d’assumer les coûts du nucléaire même après une soi-disant libéralisation (et de même pour la question des déchets).

Des batteries DCA autour des centrales

Dans la fièvre de l’après 11 septembre, de nombreux pays (2) occidentaux mais également de l’Est, ont pris des mesures d’urgence en installant en toute hâte des batteries DCA ou/et des gardes armés autour des centrales nucléaires… sans aucune préparation stratégique et sans aucune assurance que cette défense-là pourrait être efficace. En octobre 2001, le directeur de la Hague s’énervait en voyant passer un hélicoptère transportant des journalistes au-dessus de l’usine de retraitement, alors qu’une interdiction de survol était pourtant clairement annoncée… Que doit faire l’armée dans un cas comme celui-là : abattre les journalistes par mesure de précaution… ou dans le doute laisser voler un hélicoptère peut-être dirigé par des terroristes ?

Attaques par le sol

Mais il est même inutile d’acheter le dernier simulateur de vol Microsoft, car on peut s’introduire dans une centrale nucléaire très simplement par la voie terrestre… Par exemple, à Nogent-sur-Seine, l’une des centrales nucléaires réputées les plus sûres de France a pu être infiltrée sans difficulté par des « supergendarmes ». C’est l’une des graves lacunes relevées lors d’un test national commandé par Matignon. Cette mission spéciale s’est effectuée dans la plus grande confidentialité. La menace est donc bien réelle et préoccupe les plus hautes autorités. Résultat du test : « Des défaillances ont été effectivement constatées, nous allons y remédier », confiait un haut fonctionnaire, laconique et visiblement gêné. Lors de l’une de ces missions, un homme du GIGN a même pu s’introduire avec un faux badge dans la centrale nucléaire. La pratique des terroristes serait en outre plus facile que celle des « supergendarmes » puisqu’eux n’hésiteraient pas à prendre des otages et à se faire ouvrir les portes...

La bombe « sale »

Un autre scénario catastrophe est celui de la bombe dite « sale » (par opposition aux bombes nucléaires ou aux armements traditionnels recouverts d’uranium appauvri, qui sont qualifiés de « propres »…). L’hypothèse est que les terroristes n’ont pas accès à la technologie permettant de construire des armements nucléaires – ce qui reste à prouver -mais qu’ils pourraient utiliser une bombe traditionnelle mélangée à des éléments nucléaires pour obtenir par dispersion une contamination radioactive de l’environnement. Toutes les semaines on lit des dépêches relatant des trafics d’uranium, en particulier venant des pays de l’Est, ce qui montre que ces trafics sont très fréquents car forcément ils ne sont pas tous découverts, et la fouille des grottes d’Al-Qaïda a prouvé que les milices de Ben Laden disposaient de stocks de matières nucléaires. Le désespoir et l’humiliation subie par les islamistes aidant, il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour prévoir que tôt ou tard cette bombe « sale » sera utilisée… M. Ben Laden a d’ailleurs clairement averti que si les USA utilisaient le nucléaire ou le chimique en Afghanistan, Al Qaïda répondrait avec les mêmes moyens… Or les USA ont utilisé des armements à l’uranium appauvri en Afghanistan (comme en Irak et au Kosovo). Ils ont également envisagé d’utiliser des armements nucléaires, faisant même reculer la Croix-Rouge qui avait osé s’opposer à ce concept ! Reste à savoir si M. Ben Laden est aussi fou que M. Bush ?

Au lendemain des attentats du 11 septembre, les services secrets russes avaient averti leurs homologues américains que la prochaine cible des terroristes serait une installation nucléaire américaine… Mettons le nucléaire sur la touche ou… acceptons une société policière Pour conclure, il faut, pour défendre un pays, démanteler ses installations nucléaires et faire disparaître ses déchets (mais comment ?! Commençons par cesser d’en produire !)… ou aller vers plus de militarisation de la société, plus de surveillance policière, moins de liberté. Nul doute que c’est vers cette deuxième solution que les Etats se dirigeront… sauf si la population les force à choisir la première…

Philippe Gobet

(1) Division pour la Sécurité des installations Nucléaires, organisme fédéral

(2) par exemple la France, l’Allemagne, l’Angleterre, la République Tchèque, le Canada et évidemment les USA

(3) Pour ceux qui trouveraient cette phrase choquante, au regard des près de 3000 morts du WTC, rappelons que le blocus décidé par les américains contre l’Irak a provoqué plus d’un million de morts en 10 ans, dont une forte proportion d’enfants. Vous vous souvenez de la guerre du Golfe ? Mais oui, rappelez-vous « la guerre propre »… Quand le blocus prendra fin, un jour, l’irradiation des habitants par l’uranium appauvri dégagé par les munitions continuera, avec les maladies déjà connues dans les maternités irakiennes… Certes, Saddam a aussi une part de responsabilité… Au bal des fous il n’y a pas beaucoup de dirigeants dans l’orchestre…


Extrait d’un rapport de la DSN

(…)Les centrales nucléaires de Beznau et Mühleberg, construites dans les années 1970, n’offraient au départ qu’une protection limitée contre les effets de l’impact d’un avion. Elles ont donc été dotées de nouveaux équipements de sécurité résistant à un accident d’avion, conformes à la directive R-102 de la DSN. Grâce à ces équipements mis en service en 1989 (Mühleberg) et en 1992 (Beznau), les graves perturbations sont maîtrisables sans intervention humaine pendant les dix premières heures. Le bâtiment qui abrite ces installations présente une paroi d’un mètre d’épaisseur. En outre, les équipements de sécurité font appel dans les deux cas à des techniques de construction et à des dispositifs d’aération à l’épreuve des conséquences d’un incendie de carburant.

Quant à l’équipement technique des installations plus récentes de Gösgen et de Leibstadt, la charge de référence est celle d’un avion civil de type Boeing 707-320 (masse d’environ 90 tonnes) qui heurterait le bâtiment du réacteur à une vitesse de 370 km/h. Des murs d’une épaisseur minimale de 1,2 mètre offrent une protection élevée contre un tel scénario.

Les centrales actuellement en service ne se prêtent toutefois pas à un rééquipement technique qui garantirait une protection à 100 % contre les conséquences d’un attentat terroriste tel que celui du World Trade Center. Dans l’hypothèse d’une telle agression contre l’une des centrales suisses et d’un choc direct du propulseur de l’avion contre le bâtiment du réacteur, on ne peut exclure que des éléments combustibles en stock ou le système de refroidissement primaire ne soient atteints et que des éléments radioactifs n’en soient libérés.

(…)

Plus de détails sur le site de la DSN :

http://www.hsk.psi.ch/pub_fra/hsk_homef.html


Les lauréats du Nobel s’alarment du risque de terrorisme nucléaire

Les lauréats du prix Nobel de la paix ont tiré la sonnette d’alarme face à la menace grandissante d’un terrorisme nucléaire mise en lumière par les attentats du 11 septembre, pressant les différents Etats de prendre les mesures nécessaires pour éloigner ce risque. »Les événements du 11 septembre ont littéralement fait exploser l’illusion de sécurité à travers des politiques unilatérales », a déclaré le physicien polonais Joseph Rotblat, lauréat du prix Nobel de la paix en 1995 pour sa campagne pour le désarmement. M. Rotblat a notamment relevé qu’Oussama ben Laden avait laissé entendre que son réseau Al Qaida était en possession d’armes nucléaires. »De telles affirmations ne peuvent pas être écartées à la légère », a souligné le physicien. « De nombreuses personnes croient qu’il est difficile de fabriquer un engin explosif nucléaire. Elles se trompent », a-t-il ajouté. Selon lui, une personne seule ou un petit groupe d’individus ayant suivi pendant quelques semaines des études de physique nucléaire de base et d’ingénierie pourrait confectionner une bombe atomique aussi puissante que celle qui a dévasté la ville japonaise d’Hiroshima en 1945. Cofondateur de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1985, Bernard Lown a estimé que la meilleure façon de prévenir le terrorisme nucléaire était de démanteler les arsenaux nucléaires des Etats.(…)

(AFP) Oslo 7 décembre 2001


Etes-vous assuré pour 4300 milliards ?

Anne-Cécile évoque dans son la possibilité d’un attentat terroriste contre l’APEC (atelier d’entreposage des éléments combustibles). Philippe Gobet, lui aussi, parle de deux études complémentaires de la DSN, consacrées à cette possibilité effrayante : un attentat à l’avion kamikaze

contre une centrale suisse !

Moi au contraire, dans le présent article, je veux vous annoncer une bonne nouvelle, dans l’esprit de Noël : notre ami Rudolf Rechsteiner, anti-nucléaire Bâlois de la meilleure souche, docteur en économie politique et conseiller national socialiste, président de nombreuses sociétés électriques, s’est ému lui aussi de constater que même les centrales les plus sûres, les centrales suisses et allemandes, ne résisteraient pas à une attaque terroriste. Il a repris les calculs de l’office fédéral de la protection civile, qui prévoyaient des dégâts chiffrables à …. 4300 milliards de francs en cas d’une telle attaque. Il a repris les calculs de la DSN, qui chiffraient la probabilité de la chute d’un avion sur une centrale, à 10 sur 1 million. Mais ces calculs, faut-il le préciser, dataient d’avant le 11 septembre, et se contentaient de calculer la probabilité – infime en effet - d’une chute accidentelle. (Explication : l’espace aérien est immense, les avions tombent rarement, la probabilité qu’un gros avion tombe justement sur une centrale est faible, de 10 sur 1 million en effet) Si on introduit dans l’équation probabiliste la chute intentionnelle d’un gros avion de ligne, tout change, bien évidemment, parce que du coup le pilote vise la centrale : les probabilités sont beaucoup plus fortes, et du coup les primes d’assurance RC payables par les centrales nucléaires suisses devraient exploser !

Aussi Rudolf Rechsteiner n’y va pas par 4 chemins et propose tout benoîtement au Conseil Fédéral et aux chambres la discussion d’une initiative parlementaire qui prévoit — la fermeture immédiate des 5 centrales suisses, et la conclusion de contrats d’approvisionnement à long terme de courant éolien en provenance d’Allemagne. Dans ce contexte Rudolf Rechsteiner explique qu’avec les projets actuels de fermes éoliennes sur la mer du Nord, l’Allemagne et le Danemark devraient être dotés d’ici 2007 d’un parc d’éoliennes équivalent à 14 centrales nucléaires, et que les actions en bourse de ce parc d’éoliennes ne cessent de monter, au fur et à mesure que les actions des sociétés nucléaires perdent des points !

Des bémols

Sur ce point un tout petit bémol de l’auteur du présent article : mieux vaut d’après moi construire des éoliennes au Jungfraujoch ou sur le Jura qu’importer du courant danois, pensons globalement mais agissons localement !

Un deuxième bémol, complémentaire au précédent : les investissements dans les économies d’énergie pourraient déjà à eux seuls assurer 20% de nos besoins, commençons par cela !

Le budget militaire

Pour assurer le financement de ces contrats, Rudolf Rechsteiner propose d’avoir recours au budget militaire, pour une fois en effet l’argent du budget militaire serait véritablement utilisé pour assurer la sécurité du peuple Suisse !

Gageons que les chambres et le Conseil Fédéral dans leur grande sagesse vont faire bon accueil à cette initiative intéressante !

On vit dans un monde formidable ne pensez-vous pas ?

Chaïm Nissim


Que deviennent nos vieux démons ?

Superphénix : un long démantèlement

Qui d’entre nous, au moment des attentats kamikazes de l’automne dernier, n’a pas été effleuré par l’idée du danger représenté par Superphénix ? Méchante idée, bien vite remplcée par un sentiment de soulagement : « -Ouf, cette maudite installation est fermée depuis belle lurette, donc hors d’état de nuire ! » Vraiment ?

Rappelez-vous : la construction de Superphénix a duré de 1976 à 1985 (soit 9 ans !). Le réacteur a été arrêté officillement en 1998. Et aujourd’hui, trois ans après la fermeture officielle, où en sommes-nous, dans l’opération de démentèlement ? Les barres de combustible au plutonium ont été « déchargées » (= sorties du réacteur) et stockées dans le bâtiment voisin : L’APEC (atelier pour l’entreposage du combustible) Au total, 650 assemblages sont présents dans ce bâtiment, qui, à l’instar d’autres installations nucléaires, ne resisterait pas à un avion kamikaze. Le chute sur ce bâtiment provoquerait au minimum une dispersion d’un aérosol chargé de plutonium chimiquement très cancérigène, au plus une explosion nucléaire.

Bonnard, hein ?

Mais non je n’écris pas ça juste pour vous foutre la trouille, je viens de le lire dans l’excellent journal « Silence » qui explique aussi qu’il convient maintenant de construire une usine de neutralisation du sodium. Ce n’est qu’après qu’on pourra commencer à démonter le bâtiment réacteur, dont une bonne partie n’est pas très radioactive, le réacteur n’ayant que peu fonctionné. Au total, cela devrait prendre plus de temps que la construction !

En attendant l’achèvement de ces travaux d’Hercule, j’espère que vous avez conservé vos patilles d’iode à portée de main et gardé en mémoire l’adresse de l’abri anti-nucléaire qui vous est assigné. Inch Allah

Anne-Cécile Reimann


Rapport de la DSN :

« Protection des centrales nucléaires suisses en cas de chute d’avion »

 
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