association antinucléaire genevoise    logo
Accueil du siteJournalArticles par thèmesVotations (Suisse)
Dernière mise à jour :
samedi 7 juillet 2018
Statistiques éditoriales :
445 Articles
4 Brèves
1 Site Web
3 Auteurs

Statistiques des visites :
918 aujourd'hui
856 hier
1348386 depuis le début
   
Articles par thèmes :
Votations (Suisse)
Articles par pays :
Suisse
Journal par No :
No 69, avril 2003
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann Fabienne Gautier Philippe Gobet Raymond Beffa
No 69, Avril 2003 - spécial votations
Publié le dimanche 30 septembre 2007

Chères et chers ContrAtomistes !

Ça y est, la fin du suspens, c’est pour demain : au soir du 18 mai, nous saurons si une majorité du peuple suisse a enfin décidé de sortir du nucléaire ! La partie se joue dans des conditions difficiles. La guerre abominable qui se déroule actuellement nous bouleverse tous et nous prend beaucoup d’énergie. Pourtant, il est du devoir moral de chacun et de chacune d’entre nous de fournir un effort particulier pour atteindre notre but. Cette terre est placée sous notre responsabilité, celle de la transmettre habitable à ceux qui vont nous suivre. Il est impératif que nous assumions pleinement cette responsabilité !

La liste des avatars engendrés par la technologie mortelle du nucléaire ne cesse de s’allonger ! Aucun de ces problèmes majeurs n’est sur le point d’être résolu, à commencer par celui de la gestion des déchets radioactifs, ces déchets monstrueux dont personne ne veut, dont on ne sait que faire et que nous nous apprêtons à fourguer allègrement aux suivants !

Cette perspective honteuse devrait, à elle seule, suffire à détourner les nucléocrates de leur funeste entreprise. Mais ce serait oublier évidemment que la moralité n’est pas le principal souci du lobby nucléaire, ni d’ailleurs celui de nos autorités fédérales qui, non seulement rejettent nos deux initiatives, mais viennent, pour comble, de mettre sous toit une loi scandaleuse sur l’énergie nucléaire, la LEnu. Cette nouvelle loi est un véritable plébiscite pour la poursuite de l’option nucléaire. Non seulement elle ne prévoit aucune limitation d’exploitation pour nos cinq vieilles casseroles nucléaires, mais elle n’exclut absolument pas la construction d’autres installations de ce type. Pour couronner le tout, elle retire le droit de veto aux cantons en matière d’enfouissement de déchets radioactifs sur leur territoire, tout en laissant entendre qu’on pourrait aussi les exporter à l’étranger, comble d’immoralité !

Quand les gouvernants déraillent, la révolte est un devoir ! Pour contrer ce délire pro-nucléaire, nos deux initiatives doivent absolument être plébiscitées. Debout les ContrAtomistes ! On n’a de droits que ceux que l’on sait défendre : empoignons notre bâton de pèlerin, sachons nous montrer convaincants, persuadons nos concitoyens - à commencer par notre entourage, nos amis, notre famille - qu’il est impératif d’aller voter 2 X OUI aux initiatives « Sortir du nucléaire » et « Moratoire-plus » le 18 mai prochain. Chaque voix vaut « son pesant d’or » ! Nous devons gagner ce combat pour la vie ! Nous n’avons pas le choix car l’avenir sera dénucléarisé ou ne sera pas ! Haut les cœurs et vive la résistance citoyenne au nucléaire !

Anne-Cécile


Risques inconsidérés et catastrophe prévisible

En matière de production d’énergie atomique comme ailleurs, le risque zéro n’existe pas. Un événement imprévisible : défaillance technique, erreur humaine, acte de sabotage, attentat ou tremblement de terre, suffirait à causer une catastrophe telle que des régions entières seraient alors rayées de la carte, des centaines de milliers de personnes déplacées, sans parler des conséquences écologiques à long terme. Pour un petit pays comme la Suisse, cela signifierait la ruine de l’économie et l’effondrement du système politique.

Nous savons depuis Tchernobyl que le plus grave accident envisageable dans le domaine de l’énergie nucléaire peut effectivement se produire. De plus, les conséquences de ce type d’accidents graves sont incommensurables et persisteront durant plusieurs générations. Pourtant, les centrales nucléaires sont loin d’être aussi sûres que l’on voudrait nous le faire croire.

Les centrales atomiques les plus inquiétantes d’Europe, du point de vue du style de construction et du type de réacteur, de l’âge, des systèmes de sécurité, de la situation géographique, de l’entretien et des aspects financiers, sont Armenia (Arménie), Kozloduy (Bulgarie), Sosnovi (Russie) et BN-350 (Kazakhstan) qui appartiennent toutes à la catégorie « dangereuses ». Dans la catégorie « moyennes », se trouvent des centrales de l’Est comme de l’Ouest : Krsko (Slovénie), Mühleberg (Suisse), Krümmel et Gundremmingen (Allemagne)(1).

Des économies au détriment de la sécurité

Qu’on le veuille ou non, le marché de l’électricité étant chaque jour davantage livré aux appétits des spéculateurs, la rentabilité des centrales nucléaires suisses n’est plus garantie. La stratégie des exploitants de centrales pour adapter leurs marges de profits à cette réalité est on ne peut plus simple : il s’agit de faire des économies au détriment de la sécurité. Les système de secours et de protection contre les incendies, ainsi que la formation du personnel de la centrale de Gösgen, par exemple, sont insuffisants(2). La devise est : « aussi sûr que nécessaire, pas aussi sûr que possible ». Cette stratégie s’est confirmée lors du conflit qui a opposé il y a peu de temps, les exploitants de cette centrale aux autorités chargées de la sécurité. En effet, les responsables ont refusé de se plier aux exigences en matière de sécurité que l’autorité de surveillance voulait leur imposer, justifiant clairement cette opposition par des contraintes économiques.

Les bretelles de Mühleberg

Mühleberg (BE), en particulier, représente un risque important d’accident surtout parce que la jupe en acier entourant le cœur du réacteur présente plusieurs fissures d’une longueur de plus d’un mètre et demi. Aucun moyen fiable ne permettant de mesurer la profondeur de ces fentes, la rupture de la jupe peut donc intervenir d’un instant à l’autre, malgré la pose d’agrafes ou bretelles de rétention. L’industrie nucléaire continue de minimiser la probabilité d’accidents catastrophiques de réacteurs, malgré l’évidence apportée par le désastre de Tchernobyl en 1986. Or, un véritable accident nucléaire est absolument ingérable, contrairement à ce que veulent faire croire les partisans du nucléaire. Suggérer à la population que l’on peut se permettre un accident nucléaire est un énorme mensonge.

Risques sismiques

En novembre 2002, le réseau français « Sortir du nucléaire » révélait une information qui fit alors la une des médias : en France, 34 réacteurs nucléaires (sur 58) sont inadaptés au risque sismique. En effet, les systèmes de sécurité de 11 centrales nucléaires sont déficients et pourraient être inopérants en cas de fort tremblement de terre. Que se passerait-t-il en cas de séisme dont l’épicentre serait proche d’une centrale nucléaire ? Par exemple :
 Tricastin, dans la Drôme, l’une des plus forte concentration nucléaire du monde, est située sur un site historique d’épicentres de séismes, comme celui qui a eu lieu en 1934.
 Le séisme du 22 février 2003, d’une intensité de 5.8, a secoué l’Europe du nord. A moins de 200 kilomètres de l’épicentre se trouvent 10 centrales nucléaires françaises, suisses et allemandes.

Fabienne Gautier

1 selon la comparaison de l’Institut Ecologique de Vienne, 2002

2 d’après un groupe d’ex perts de l’AIEA qui a visité la centrale


65 millions de décès causés par le nucléaire

Et si l’épidémie actuelle de cancers était une conséquence de la pollution nucléaire ? C’est la conclusion à laquelle parvient le récent rapport du Comité européen sur les risques de la radiation, formé par 30 scientifiques indépendants, de toutes nationalités(1). Ainsi, la pollution due à l’industrie nucléaire et aux retombées de particules radioactives disséminées dans l’atmosphère par les armes atomiques serait la cause (ou sera éventuellement la cause future) de 65 millions de morts depuis 1989.

Pour parvenir à ces nouvelles conclusions, les chercheurs de l’ECRR ont utilisé un modèle d’évaluation des risques développé durant les cinq dernières années. Ils ont ainsi démontré à quel point les recherches précédentes avaient sous-estimé l’impact de l’industrie nucléaire sur la vie humaine.

France : taux record de cancers

Pour prendre l’exemple de la France - où le nombre de cancers ne cesse d’augmenter et est de 10 à 20% plus élevé que dans les autres pays européens(2) - le nouveau programme politique annoncé pour lutter contre ce fléau prévoit surtout une augmentation des moyens curatifs. En bref, il ne s’agit pas de s’attaquer, ni même de tenter de mettre en lumière, les véritables causes de l’épidémie, mais uniquement de chercher à en masquer les effets. En accentuant délibérément le poids de la responsabilité individuelle, on entoure également d’un silence assourdissant les autres facteurs. Personne, ou presque, n’estime justifié de se pencher sur les conditions de travail dans les centrales nucléaires, ni de tenter d’expliquer l’augmentation des cas de leucémie chez les moins de 25 ans aux abords des usines de retraitement de déchets nucléaires.

Contamination chronique

Les effets de faibles doses de radioactivité et, en particulier, d’une contamination chronique par ingestion ou inhalation ont été très peu étudiés. Entreprendre une étude épidémiologique des effets des faibles doses de radiations serait un travail bien sûr utile, mais particulièrement ardu. A l’heure actuelle, on ne sait pas distinguer un cancer radio-induit d’un autre cancer. De plus, lors d’une contamination (irradiation interne d’un organisme), des particules radioactives pénètrent à l’intérieur du corps et certaines vont se fixer dans différents organes. Pour les faibles doses, on n’observe pas de symptômes immédiats mais, au fil du temps et des études, on s’est aperçu que le rayonnement s’attaque plus particulièrement à la molécule d’ADN présente dans chaque cellule. En cassant, en sectionnant les liaisons atomiques de la molécule d’ADN, les radiations vont provoquer des pertes d’information génétique. C’est ce qu’on appelle une mutation, mais il faudra alors plusieurs générations pour que ces malformations génétiques héréditaires apparaissent.

Un silence criminel

Le fait qu’après plus de cinquante ans d’utilisation de la radioactivité artificielle et de l’énergie nucléaire nous ne connaissions pas encore - ou ne voulions pas reconnaître - l’impact réel de la contamination avec des faibles doses de radioactivité, paraît plus que préoccupant ! Certains chercheurs ont pourtant mis en évidence des risques qui pourraient embarrasser l’industrie chimique, agroalimentaire ou nucléaire. Or, au lieu de tirer profit de leurs recherches, on exige qu’ils apportent les preuves de leurs conclusions qui sont systématiquement et rapidement balayées. En Suisse, plus de 350 médecins demandent de sortir du piège atomique, soulignant que « les rayonnements radioactifs lèsent le patrimoine héréditaire de l’être humain et causent des cancers et des leucémies »(3). Lorsque chacun sera convaincu que les augmentations « inexpliquées » de toutes sortes de cancers ont quelque chose à voir avec un monde de plus en plus toxique, peut-être aurons-nous le courage de regarder si notre politique agricole, industrielle ou énergétique ne mériterait pas d’être repensée.

Fabienne Gautier

Notes :

1 Rapport rendu public le 30 janvier 2003 par le ECRR, Bruxelles. Plus d’information : http:///www.euradcom.org

2 En France, entre 1980 et 2000, le nombre de nouveaux cancéreux a augmenté de 63% par an (Le Monde 17.01.03). Et cela ne concerne pas seulement les personnes âgées, c’est devenu une des premières causes de mortalité chez les enfants.

3 Dr Annette Ridolfi Lüthy, médecin-chef en oncologie et pédiatrie à l’Hôpital de l’Ile à Berne et membre du comité national des médecins « Limiter le risque nucléaire - 2x oui » Sources : Monique FOUCHER « Les effets des faibles doses de radioactivité », APRII-RAD, janvier 2003

Geneviève BARBIER, Libération, 18 février 2003


Quelles alternatives ?

Il est bien fini le temps pourtant pas si lointain ou les pro-nucléaires accusaient les antinucléaires de vouloir revenir à la bougie… Aujourd’hui seuls des « fossiles » pensent que l’on pourra toujours disposer d’énergies du même nom. L’idée que notre actuel gaspillage des ressources n’est pas compatible avec l’avenir de la planète (ou en tout cas le futur de l’humanité sur cette planète…) est partagée quasiment par l’ensemble de la population. Mais la question des alternatives ne se balaie pas d’un revers de main. C’est un problème complexe qui exige des réponses diverses.

Des investissements colossaux dans un seul domaine…

Petite devinette : pour quel mode de production d’énergie les Etats ont-ils investi des milliards de francs depuis 50 ans ? Vous le savez… il s’agit bien entendu du nucléaire. Alors que des experts des années soixante annonçaient de l’électricité nucléaire tellement abondante qu’elle serait gratuite et un problème des déchets qui serait bientôt résolu, le développement de ce secteur a rapidement dû être soutenu par des subventions énormes de la part de l’Etat et aucune solution n’a été trouvée pour les déchets… Mais rassurez-vous : en cas de catastrophe, c’est aussi vous, c’est-à-dire vos impôts, qui paieront car aucune compagnie d’assurance n’accepte d’assurer des risques illimités dans le domaine du nucléaire… Deuxième devinette : que se serait-il passé si on avait investi autant d’argent dans les énergies renouvelables ? Nous vivrions sans doute dans un monde passablement différent… alors pourquoi ne l’a-t-on pas fait ?

D’un gaspillage généralisé…à une utilisation rationnelle de l’énergie !

On le sait, il est impossible que l’ensemble des populations du monde se mette à consommer autant d’énergie que les Occidentaux. Le merveilleux « modèle » occidental, qui entend se répandre partout grâce à la mondialisation, est un modèle en bout de course, qui est en train de foncer dans le mur (gaspillage des ressources, pollution et maladies liées, catastrophes climatiques et industrielles…). Il faudrait par conséquent commencer par se demander, par exemple, combien d’électricité nous gaspillons avec des appareils qui restent allumés alors que nous ne les utilisons pas pendant un certain temps (télévisions, photocopieuses, ordinateurs etc.). Saviez-vous que l’ensemble des stand-by des télévisions en France utilise à lui seul la production d’une tranche nucléaire ?! Une centrale nucléaire, avec des déchets qui devront être gérés par des milliers de générations pendant des milliers d’années, pour que notre génération n’ait pas besoin de marcher jusqu’au petit écran, ne serait-ce qu’une fois au début de la soirée… On croit cauchemarder mais c’est la réalité ! Mentionnons aussi les possibilités des nouveaux appareils : par exemple, un frigo moderne consomme 30% de moins qu’un ancien pour un même volume… (Et la production de froid ou de chaud consomme beaucoup plus d’électricité que d’autres utilisations électroménagères !) Il y a donc un travail très important et utile à faire dans ce domaine, et là aussi il faudrait investir pour développer encore plus d’appareils de plus en plus économes… Le développement de nouveaux appareils est d’ailleurs exemplaire pour montrer que la recherche dans le domaine des économies d’énergie, en faisant appel à la créativité des chercheurs, créent des emplois.

Le premier domaine de substitution à l’énergie atomique, c’est donc l’arrêt du gaspillage et le développement d’appareils économes en énergie !

C’est bien en cherchant qu’on trouve et non en se lamentant sur les vilains antinucléaires qui voudraient restreindre le confort ! Un ingénieur travaillant en Inde a récemment inventé une lampe à diodes, permettant de fournir à bas prix et avec une basse consommation électrique de la lumière à des familles démunies. Pourquoi cela n’a-t-il pas été inventé par de grandes compagnies productrices d’électricité ou d’électroménager ? Parce qu’elles n’avaient ni la volonté ni la nécessité de l’inventer en raison de l’abondance actuelle de l’électricité. Mais si on place le génie humain devant un obstacle (par exemple le proche épuisement des ressources fossiles), celui-ci va trouver de nouvelles solutions. Tant que l’on continue à produire des excès d’énergie à gaspiller, on s’enferme dans l’idée qu’il nous en faudra toujours plus… Il reste tout de même la question de savoir si notre mode de vie, même avec de meilleurs appareils et même avec une production d’énergie non renouvelable, pourra subsister et se répandre dans le monde entier… ou s’il faudra consentir à renoncer à certains excès de nos conforts pour que toutes les populations du monde puissent vivre convenablement. N’étant pas prophète, je laisse cette vaste question à votre réflexion personnelle…

La co-génération à la rescousse

Nos collègues de Sortir du nucléaire présentent, sur leur site, une étude qui estime qu’on pourrait remplacer plus de la moitié de la production nucléaire d’électricité grâce à la co-génération. Il s’agirait, au lieu d’utiliser des chaudières classiques pour alimenter en eau chaude les radiateurs ou robinets, de les remplacer par des appareils produisant de la chaleur ET de l’électricité sans consommation supplémentaire. Et rien qu’avec cela, on pourrait produire 12 milliers de MW supplémentaires(1).

Les énergies renouvelables

Quel est le mode de production d’électricité qui a crû de 28% dans le monde en 2002 ? L’énergie éolienne… Qui veut donner la priorité aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique ? M. Blair… Qui publie un arrêté visant à multiplier par 40 la production d’électricité éolienne en France en 3 ans ? Nicole Fontaine, ministre déléguée à l’Industrie… Qui veut développer les bioénergies, à savoir l’énergie chimique contenue dans la biomasse, pour produire de la chaleur et de l’électricité ? Le ministre anglais de l’énergie… On pourrait multiplier les exemples qui montrent que les gouvernements, même parmi les pires pro-nucléaires, après des décennies de fuite en avant, se mettent – ENFIN – à agir dans le sens des énergies renouvelables. Il nous faut citer également d’autres ressources prometteuses : le solaire thermique (préchauffage de l’eau chaude sanitaire), le solaire photovoltaïque avec de nouvelles technologies comme les panneaux transparents du Pr. Grätzel de l’EPFL, une innovation autrement plus importante que celles d’Alinghi… Il existe aussi de nouveaux projets d’usines marémotrices (utilisant la force des marées), qui présentent l’avantage d’une production régulière et prévisible contrairement à l’éolien.

Et s’il le fallait vraiment, des fossiles pour la transition…

Si vraiment une pénurie d’énergie se présentait suite à la fermeture immédiate des centrales suisses (on peut toujours rêver…), il serait possible de recourir à des centrales modernes à gaz naturel, peu productrices de CO2. Il est intéressant de noter que même l’Etat le plus nucléarisé du monde (la France) recourt à la production d’électricité par des centrales à mazout, car EDF a tellement encouragé le dispendieux et absurde chauffage électrique qu’elle n’arrive pas à suivre la demande lors des « pointes de consommation » pendant les grands froids… Bref des solutions existent, aucune n’est parfaite, mais la combinaison de ces solutions nous permet d’envisager sereinement la sortie du nucléaire… sans me faire renoncer à l’ordinateur sur lequel j’écris ce texte, ni à la lampe qui éclaire les lectures de mes enfants !

Philippe G.


Les déchets radioactifs, qu’en faire ? Cessons d’en faire !

Dans la terrifiante aventure nucléaire, s’il est un problème épineux entre tous, c’est bien celui posé par la gestion des déchets radioactifs qui s’accumulent un peu partout dans le monde. Ces déchets monstrueux, dont personne ne veut, dont on ne sait que faire et que nous nous apprêtons à fourguer allègrement aux suivants. Bel héritage !

La mer comme poubelle

Dès le début de l’exploitation des centrales, la problématique des déchets nucléaires a été si bien occultée que tout un chacun en était venu à penser qu’ils n’existaient purement et simplement pas ! Et pour une bonne cause : durant des décennies, les exploitants des centrales nucléaires les ont discrètement fait disparaître en les immergeant dans les océans ! On n’allait tout de même pas crier la chose sur les toits, d’autant plus que, moralement, on était couverts par les scientifiques de l’époque, lesquels garantissaient que les fûts résisteraient pendant des millénaires. Or, quelques décennies plus tard, il y a fort à parier que la majeure partie des quelques 55’000 bidons radioactifs largués en mer jusqu’en 1982 aient relâché leur contenu. Cette dramatique hypothèse est d’autant plus plausible que l’on a constaté récemment que plus de 400 fûts de déchets radioactifs stockés à Dessel, au nord de la Belgique et qui, à l’origine, étaient destinés à être immergés, sont actuellement défectueux. On peut alors aisément imaginer ce qui a dû se produire avec les 55’000 fûts confrontés à la présence du sel et des courants marins !

Des déchets de plus en plus dangereux

Lorsque cette honteuse pratique de l’immersion fut enfin interdite, il fallut bien imaginer une nouvelle parade ! Les exploitants des centrales nucléaires suisses s’orientèrent alors vers la pseudo-solution la plus aberrante qui soit : le retraitement dans les usines de La Hague (F) ou de Sellafield (GB). Outre les dégâts incommensurables infligés à l’environnement par les rejets radioactifs en mer via ces usines - qui sont à l’origine d’une augmentation significative des cas de leucémie -ou les dangers liés aux transports de ce matériel : irradiation des wagons, risques d’accidents, terrorisme etc., la technologie du retraitement constitue en soi une vaste supercherie ! Contrairement aux allégations de l’industrie nucléaire, il ne s’agit absolument pas de recyclage ! Seul 1 % du combustible irradié, à savoir le plutonium, est réutilisable. Le solde forme des déchets radioactifs dont le volume augmente énormément lors du retraitement et dont l’entreposage devient plus difficile, plus onéreux et plus dangereux.

Le mythe du Mox

Parallèlement à l’utilisation du plutonium pour le conditionnement des bombes atomiques, on pensait à l’époque qu’on allait pouvoir utiliser cette substance, ô combien dangereuse, pour le fonctionnement des surgénérateurs du type « Super Phénix ». Après l’échec de Creys-Malville et de la filière de la surgénération, on s’est rabattu sur l’utilisation du plutonium - sous forme d’un mélange avec de l’uranium, appelé Mox - comme combustible dans les centrales nucléaires classiques, telles Beznau ou Gösgen en Suisse. Non seulement les éléments Mox sont plus chers que le combustible traditionnel d’uranium, mais les réacteurs nucléaires, initialement prévus pour tourner à l’uranium, et non au Mox, deviennent plus difficilement maîtrisables : les réactions sont plus rapides et les marges de sécurité en sont d’autant amoindries. L’utilisation d’éléments Mox produit des déchets dont l’entreposage est plus difficile que celui des déchets radioactifs traditionnels, pourtant déjà suffisamment problématique.

Nos déchets voyagent

Alors pourquoi donc avoir choisi la voie du retraitement qui, à première vue, ne semble comporter que des inconvénients ? La chose paraît entendue : qui dit retraitement dit éloignement des déchets pendant des décennies et il y a fort à parier que nos nucléocrates ont opté pour la solution du retraitement moins par la nécessité d’extraire le plutonium de leurs déchets que par celle de les voir s’éloigner le plus longtemps possible, tout en caressant même le secret espoir qu’ils ne reviennent jamais. En effet, jusqu’à la promulgation de la loi Bataille, entrée en vigueur en France dès 1991, rien n’obligeait les pays clients de la Hague à récupérer leurs déchets retraités : quelle aubaine ! Depuis, cependant, il a bien fallu se rendre à l’évidence : tôt ou tard la totalité des déchets retraités rentreront au bercail. En Suisse, le premier rapatriement de déchets en provenance de La Hague a eu lieu en décembre 2001 par train. Le convoi transportait 11 tonnes de déchets vitrifiés qui ont été entreposés provisoirement à Würenligen. Ce n’est là évidemment qu’un début, lorsqu’on sait que les contrats passés avec la France portent sur au moins 765 tonnes de combustible nucléaire irradié. On n’a pas fini de rigoler !

Cacher la m... au chat !

Face à cette nouvelle donne, nos autorités se rallient actuellement à l’option privilégiée par les nucléocrates de tous bords, la panacée à leurs yeux : l’enfouissement, c’est-à-dire le stockage en couche géologique profonde. Obéissant ainsi à un réflexe archaïque : on creuse et on enfouit sous terre ce qu’on ne veut pas voir ! Mais, quel géologue pourra nous assurer de la stabilité des couches géologiques choisies pour ce genre d’exercice ? Et qui peut prévoir comment réagiront les conteneurs enfouis au cours des années et des siècles ? Qui peut affirmer que des fuites ne se produiront pas un jour ou l’autre, laissant le poison mortel s’échapper dans le sol, contaminant ainsi les nappes phréatiques ? Des régions entières seront alors irradiées ! Charmantes perspectives quand on connaît les retombées terrifiantes de la catastrophe de Tchernobyl !

Que vous le vouliez ou non...

Les citoyens du canton de Nidwald ont bien montré, en refusant d’accueillir dans leur sous-sol, au Wellenberg, un site d’entreposage de déchets radioactifs, qu’ils avaient pris toute la mesure du danger qu’un tel projet représentait ! Qui, d’ailleurs, accepterait un tel cadeau ? Les autorités fédérales, suite à ce vote négatif, ont, quant à elles, bien enregistré la leçon : puisque aucun canton n’acceptera jamais de son plein gré d’accueillir ces encombrants déchets, elles viennent de retirer, dans la nouvelle et scandaleuse loi fédérale sur l’énergie nucléaire (LENu), le droit de veto aux cantons en matière d’enfouissement des déchets (on en reparlera !).

Alors, les déchets nucléaires qu’en faire ? Pour notre part, nous continuons à répéter que la première chose à faire, c’est d’arrêter d’en produire. Nous ne pouvons nous rallier à aucune démarche en vue d’une hypothétique solution au problème tant que cette condition préalable n’est pas remplie.

Ce serait faire la part belle au lobby nucléaire qui prétexterait, bien évidemment, que la question des déchets étant « résolue », il n’y a aucune raison d’arrêter l’exploitation des centrales nucléaires. Et pourquoi pas, pendant qu’on y est, en construire d’autres ?! Une fois la décision prise de sortir du nucléaire, il faudra bien s’atteler à la recherche de solutions les moins mauvaises possible, car il n’en existe aucune de bonne ! A la question : les déchets nucléaires, qu’en faire ? Il n’y a décidément qu’une seule réponse : cessons d’abord d’en faire. Sortons du nucléaire !

Anne-Cécile


Energie nucléaire et rentabilité

Etat des lieux

Actuellement en Suisse, la consommation d’énergie par habitant se présente comme suit :

  • Pétrole 59 %,
  • Electricité 22 %
  • Gaz 11 %
  • Bois 2 %
  • Divers 6 %. La provenance de l’énergie électrique produite en Suisse est répartie dans les proportions suivantes :
  • Hydraulique 59 %
  • Nucléaire 38 %
  • Thermique 3 %. Les possibilités de remplacer l’énergie électrique provenant du nucléaire sont les suivantes :
  • Amélioration de l’efficacité énergétique (utilisation rationnelle du courant produit, sans perte de confort).
  • Baisse des exportations.
  • Cogénération (production d’électricité en utilisant l’eau chaude des installations de chauffage à distance par exemple).
  • Energies renouvelables (rayonnement solaire, vent, géothermie, bois, mini-centrale hydraulique etc.).

Ces productions additionnées généreraient au moins autant de courant électrique que le courant nucléaire consommé actuellement en Suisse. Toutes ces énergies sont actuellement en plein développement, ce sont elles qu’il faut promouvoir. En plus de leurs qualités écologiques et renouvelables, les coûts d’installation, de fonctionnement, voir de démantèlement sont calculables. De plus leur réalisation permettrait la création de nombreux emplois pour des PME. Il est donc réaliste de se passer du nucléaire et de demander aux autorités de transférer aux recherches et développements de ces énergies, les montants financiers importants consacrés à la promotion du nucléaire.

Coûts réels et coûts cachés de l’énergie nucléaire

Exportation déficitaire de courant

Une centrale nucléaire produit en période estivale des surplus de courant électrique qui doivent être exportés à bas prix. Cette perte financière (plusieurs centaines de millions) est supportée indirectement par les petits et moyens consommateurs.

Assurances

Les exploitants des centrales sont dramatiquement sous-assurés (1 milliard de francs). Pour compenser cette sous-assurance manifeste, la Confédération « subventionne » chaque année le courant nucléaire avec 1,48 milliard de francs pour assumer les frais d’assurance relatifs aux risques non couverts par les exploitants (en particulier pour la décontamination en cas d’accident).

Traitement des déchets radioactifs

Le retraitement des déchets radioactifs n’est pas plus résolu en Suisse que dans le monde. Par conséquent, les coûts effectifs qui en découlent, transport compris, ne sont pas chiffrables. Les exploitants des centrales prétendent que des réserves suffisantes sont prévues. Ils parlent de 14 milliards de francs pour les frais de retraitement. Mais on ne connaît pas la quantité de déchets provenant des installations de retraitement de la Hague et de Sellafield, ni sous quelle forme les récupérer. Là encore les Etats devront prendre en charge des montants importants.

Stockage des déchets radioactifs

Les seuls « trous » que la NAGRA (ex CEDRA) ait creusés de façon efficace se situent dans les caisses des entreprises électriques. Huit cent millions de francs pris dans la poche des consommateurs sans qu’une solution réaliste et sûre ne soit trouvée au stockage des déchets. La NAGRA n’est pas seule à accumuler les échecs, aucun pays « nucléarisé » n’a à ce jour trouvé d’autres issues que de laisser en héritage pour des millénaires, à l’air libre ou enfouis, ces déchets qui peuvent provoquer à tout moment des catastrophes sanitaires et écologiques. Les dépenses actuelles et surtout futures ne sont pas prises en compte dans le prix de vente du kwh, d’autant plus qu’elles ne sont pas et ne seront jamais chiffrables.

Transformation et démantèlement

Avec Mühleberg et Beznau I et II, la Suisse exploite les centrales nucléaires de cette taille les plus anciennes au monde. A l’heure actuelle, elles ne seraient plus construites ni autorisées sous la même forme. Si leur exploitation se poursuit, il est donc évident que des transformations et des améliorations sont à envisager dans les années à venir. Dans ce domaine, aucun exemple dans le monde de « remise à niveau » d’une centrale n’existe, les pays les plus conscients des risques nucléaires et de ses coûts préférant arrêter et démanteler leurs installations. A noter que dans cette dernière éventualité, là encore les coûts sont très difficiles à calculer. Il est à prévoir que ces monuments à la gloire du progrès technologique devront être repris par les Etats pour assurer, aux frais du contribuable, leur surveillance, leur décontamination et leur démantèlement final au moyen de techniques qui n’existent pas à l’heure actuelle.

Santé

Le coût du traitement des maladies causées directement ou indirectement par l’utilisation civile de l’énergie nucléaire ne sont bien évidemment pas pris en compte dans le prix de revient de la production d’électricité. Ces coûts sont systématiquement sous-évalués et ne tiennent pas compte des risques à long terme que représentent pollutions atmosphériques et géologiques. Sans oublier les désastres génétiques en cas d’irradiation, même ceux dus à de faibles doses.

Contrairement à ce qu’affirment, depuis l’origine, les pro nucléaires, l’électricité produite par les centrales suisses n’est pas cette énergie propre et bon marché qu’on nous vante, mais une bombe à retardement coûteuse et dangereuse dont ils ne savent plus comment se débarrasser.

Certains pays d’Europe l’ont déjà compris en décidant de sortir du nucléaire et en s’équipant en installations pouvant produire de l’électricité par le biais des énergies renouvelables. Au plan local, les SIG nous informent que Genève est aujourd’hui presque exclusivement approvisionnée en courant d’origine renouvelable. En 2002, 95 % des habitants, des entreprises et des collectivités publiques ont choisi ce type d’énergies propres, d’origine 100 % renouvelable. Seul un 5 % résiduel d’électricité provient encore du nucléaire. Si cela est possible à Genève, pourquoi pas dans les autres cantons ? Petit retour en arrière : grâce à la détermination des opposants et à la sagesse du peuple genevois, la centrale de Verbois n’a pas été construite. Ce qui nous évite, au vu des informations transmises par les SIG, de fermer puis de démanteler cette machine infernale.

Gino Nibbio


Risques d’attaques terroristes ?

Actualité oblige, nous devons malheureusement prendre en compte cet aspect de notre civilisation. Alors que les autorités helvétiques nous assurent que les centrales de notre pays ne risqueraient rien en cas de chute d’avion, en Allemagne, une étude commandée par le ministère de l’Environnement conclut qu’aucune des 19 centrales nucléaires de ce pays ne résisterait à une attaque-suicide terroriste d’un avion de ligne. Le plus gros danger ne serait pas « les violents incendies de kérosène » provoqués par le crash de l’avion contre les bâtiments, mais plutôt la destruction de certains éléments indispensables au fonctionnement de la centrale, tels que le système de refroidissement des réacteurs, qui résulterait de la violence du choc. Alors, qui nous ment ?

Des terroristes en Suisse

Je ne vais pas m’étaler trop longuement sur les prétendus terroristes « pincés » le 15 septembre dernier à la frontière bâloise. Deux arabes aux passeports anglais qui passent la frontière dans une voiture de location bourrée d’ordinateurs et de matériel de camping ( !) et dont l’écran GPS , au moment où ils se font contrôler par les gardes-frontières, est centré sur la centrale nucléaire de Gösgen. Les deux hommes sont relâchés après six heures d’interrogatoire. De deux choses l’une, soit la ficelle est trop grosse, soit il s’agit de terroristes en reconnaissance.

Conséquence d’une attaque

L’aspect peu vraisemblable de cette saga m’a poussé à étudier de plus près une carte géographique de notre pays et une chose m’a sauté aux yeux. Les dommages collatéraux pouvant résulter d’une éventuelle action terroriste réussie sont considérablement différents selon que la cible soit constituée par une installation nucléaire ou hydraulique. Les gros barrages sont situés dans les Alpes, au fond de vallées aux accès difficiles et facilement contrôlables. Une catastrophe majeure touchant l’un d’entre eux aurait certes des conséquences dramatiques pour les personnes se trouvant sur le passage des flots déchaînés, ainsi que pour les récoltes et les infrastructures diverses. Heureusement, les centres vitaux pour notre économie et la majeure partie de la population seraient épargnés ! Concernant les petits barrages de plaine, les dangers sont encore plus faibles.

Le tableau de chasse d’éventuels terroristes s’attaquant à un site nucléaire, tel celui de Gösgen, serait autrement plus étoffé et varié. En effet :

  • les centrales nucléaires sont situées sur le plateau suisse, à proximité des grandes villes : 10 km de Berne pour Mühleberg, entre Olten et Aarau (10 km) pour Gösgen, et entre Bâle et Zürich (40 km) pour Leibstadt et Beznau ;
  • toutes sont riveraines de l’Aare ;
  • toutes sont situées dans des zones fortement peuplée, avec des axes routiers et autoroutiers aisés, et proches d’aéroports.

Selon la direction du vent, une grande partie de notre territoire serait contaminée pour des milliers, voire des millions d’années. L’écoulement naturel des eaux polluerait la vallée du Rhin et la mer du Nord. Rappelons que, selon les estimations de l’Office fédéral de la protection civile, une catastrophe nucléaire dans une centrale suisse aurait pour conséquence la contamination radioactive d’un territoire de 20’000 km2 (la moitié du territoire suisse) et l’évacuation de 900’000 personnes, dont 100’000 personnes irradiées. Autant dire que notre pays n’existerait plus ! L’affaire est entendue, les centrales nucléaires représente une cible potentielle qui devrait être privilégiée par les terroristes. Les gouvernements de nombreux pays s’en sont, bien entendu, rendu compte, surtout après le 11 septembre, et certains n’ont pas hésité à installer des batteries de missiles DCA à proximité des centrales. Nous nous permettons de douter de l’efficacité de telles mesures, en effet, un scénario tel celui du World Trade Center ne laisse qu’un temps de réaction de quelques secondes. En résumé, pour se prémunir d’éventuelles actions terroristes sur nos centrales, il existe deux solutions :

1. Fermer les aéroports de Bâle, Berne et Zürich, dévier les couloirs aériens européens, contrôler toute personne et véhicule se trouvant à proximité d’une centrale, fermer l’autoroute A1 avant Berne.

2. Fermer les centrales nucléaires.

Mon choix est clair !

Raymond


L’inquiétant retour du nucléaire militaire…

Nous l’avons toujours dit, nucléaires civil et militaire sont liés, même si la Suisse ne cherche plus, semble-t-il, à acquérir d’armes nucléaires.

Pour un avenir sur la planète Terre, il nous faut éliminer l’un et l’autre de ces frères diaboliques.

L’uranium appauvri

Dans de précédents numéros(1) , nous vous avons donné des informations concernant le grave problème de l’utilisation de l’uranium appauvri dans les armements conventionnels. Pour mémoire, en deux mots : l’uranium appauvri est un sous-produit de l’industrie nucléaire, un déchet en quelque sorte, tout à fait toxique notamment du point de vue chimique. S’il est faiblement radioactif comme l’indique son nom, il est néanmoins dangereux et, de plus, c’est un métal lourd, donc il n’est pas plus agréable d’en retrouver dans nos poumons que d’avaler, par exemple, du plomb ou du mercure... L’armée américaine, entre autres, recouvre ses obus conventionnels d’uranium appauvri afin de les rendre plus pénétrants (pour détruire tanks, bunkers, etc.). En explosant, ces obus dégagent des poussières microscopiques d’uranium faiblement radioactif, poussières qui peuvent ensuite être inhalées par les populations locales...Cela a été le cas lors de la première guerre du Golfe avec pour conséquences des maladies dont le fameux « syndrome du Golfe » frappant les populations civiles, mais aussi nombre de soldats américains (des milliers de cancers se sont développés...). Un prêtre français, le père Benjamin, avait dénoncé ce problème(2) et révélé une véritable « épidémie » de malformations dans les maternités irakiennes. Pourtant, satisfaits de ce nouveau joujou, les militaires de l’OTAN l’ont utilisé également pour l’intervention dans les Balkans en 1994-1995 (admirons ce nouveau concept : on vous délivre d’un tyran mais on vous empoisonne en même temps...) et, évidemment, la Guerre du Golfe n°2 n’échappe pas à cette logique...

Des nouvelles de la Bosnie

Le 25 mars 2003, une information (3) affirmait que, pour la première fois, une recherche des Nations Unies confirmait que l’uranium appauvri utilisé par les militaires de l’OTAN avait contaminé des sources d’eau potable et était encore présent, huit ans après, sous forme de fines particules en suspension dans l’air. Si vous voyagez en Bosnie, abstenez-vous de boire et de respirer... Un communiqué de l’ACDN-France(4) affirme même que les particules d’uranium 238 vont se répandre petit à petit sur l’ensemble de l’hémisphère nord. Avec une « période radioactive » de l’U.A. de 4,5 milliards d’années, cette catastrophe sanitaire pourrait être pire que Tchernobyl... Information impossible à vérifier dans l’immédiat, mais son auteur n’est pas un petit plaisantin, il s’agit de Maurice Eugène André, un officier belge retraité, Commandant spécialisé en protection nucléaire...

Plus jamais Hiroshima ?

Avec la fin de la guerre froide et les promesses de réduction des armements nucléaires, on pouvait espérer que le spectre d’un nouvel Hiroshima était définitivement écarté... Rien n’est moins sûr semble-t-il. Selon un communiqué du Los Alamos Study Group, largement repris par les médias américains, le Pentagone planifierait le développement de nouvelles armes nucléaires pour équiper missiles et bombardiers. Une « réunion secrète » à ce sujet devrait avoir lieu en août 2003... Des informations recueillies lors de la guerre en Afghanistan(5), révélaient déjà que le Pentagone planchait sur les « mini-nuke », c’est-à-dire des mini-bombes nucléaires, qui pourraient être utilisées pour pénétrer des bunkers tels que ceux que des industries suisses ont construit à Bagdad pour l’ex-ami des Occidentaux, Saddam Hussein... Quant on parle de mini-bombes, il s’agit bien entendu d’un euphémisme, puisque celles-ci représenteraient cinq fois la puissance de celle d’Hiroshima... L’effet serait toutefois différent puisque l’explosion se produirait après que la bombe ait pénétré en profondeur dans le sol...

Le pire est encore à venir : la guerre nucléaire en Corée du Nord !

Pendant que nos amis américains « délivrent » le monde, et le peuple irakien en particulier, du terrible Saddam Hussein et de ses supposées armes de destruction massive, le pire tyran de la planète, Kim-Il-Sung II, « président » de la Corée du Nord, dispose d’armements chimiques, biologiques et bientôt nucléaires... Selon un communiqué du New York Times du 28 février 2003, une intervention américaine en Corée du Nord serait à l’étude pour l’été 2003. En cas d’attaque américaine l’artillerie nord-coréenne pourrait tirer des centaines de milliers de projectiles chargés d’anthrax et de gaz sarin sur la Corée du Sud. Les Etats-Unis n’excluent pas le recours à des armes nucléaires « tactiques » contre ces positions d’artillerie. Le Pentagone estimerait à un million de morts les victimes d’une nouvelle guerre de Corée...(Au fait vous allez où en vacances cet été ? Au chalet, ah bon, tant mieux.)

Philippe Gobet

(1) ContrAtom n°59, juin 2001, et n°54, septembre 2000, disponibles sur www.contratom.ch

(2) « Irak, l’apocalypse » du Père Jean-Marie Benjamin

(3) publiée par www.ens-news.com

(4) Action Citoyens pour le Désarmement Nucléaire, le 14 mars 2003

(5) mais aussi sur www.newscientist.com le 19 février 2003

 
Articles de cette rubrique
  1. No 71, octobre 2003
    30 septembre 2007

  2. No 70, mai 2003
    30 septembre 2007

  3. No 69, Avril 2003 - spécial votations
    30 septembre 2007

  4. No 62, février 2002
    30 septembre 2007

  5. No 54, septembre 2000
    30 septembre 2007

  6. No 52, avril 2000
    30 septembre 2007

  7. No 50, octobre 1999
    30 septembre 2007