association antinucléaire genevoise    logo
Accueil du siteJournalArticles par thèmesVotations (Suisse)
Dernière mise à jour :
dimanche 15 avril 2018
Statistiques éditoriales :
445 Articles
4 Brèves
1 Site Web
3 Auteurs

Statistiques des visites :
891 aujourd'hui
449 hier
1297742 depuis le début
   
Articles par thèmes :
Votations (Suisse)
Articles par pays :
Genève
Journal par No :
No 70, mai 2003
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann Philippe Gobet
No 70, mai 2003
Publié le dimanche 30 septembre 2007

Anne-Cécile Reimann : Genève vote pour l’atome

Fabienne Gautier : Pouvoir du peuple ou de l’argent ?

Philippe Gobet : J’ai fait un rêve


Genève vote pour l’atome

Dedzou, dedzou ! Il ne manquait plus que ça ! Si nous avions, certes, quelques doutes quant aux résultats de ces votations sur le plan fédéral, pour ce qui est de Genève, en revanche, nous étions sûrs de notre affaire ! Quelle désillusion !

Où sont donc passés les antinucléaires de ce canton ? Ne sont-ils vraiment plus majoritaires ?

Et les ContrAtomistes, peut-on encore vraiment compter sur eux ?

Faut-il dissoudre ContrAtom ?

Cesser de lutter et attendre une nouvelle catastrophe nucléaire qui réveillera l’ardeur des troupes (si nous avons la chance d’y survivre !) ?

Faut-il laisser construire une centrale atomique à Verbois ?

Faut-il accepter que les déchets nucléaires soient enterrés à Genève ?

Ça me fait vraiment mal d’écrire toutes ces horreurs, mais nous devons hélas nous rendre à l’évidence : la mobilisation antinucléaire n’est pas au meilleur de sa forme et une sérieuse remise en question s’impose.

Il est urgent que nous puissions discuter avec vous tous, membres de ContrAtom, des moyens à mettre en œuvre pour redresser la barre, avant que l’avenir ne tourne en catastrophe.

Nous vous invitons donc avec insistance à participer à l’Assemblée générale de ContrAtom qui se tiendra mercredi 18 juin à 20h00 dont vous trouverez l’ordre du jour en page 4 de ce numéro.

Et maintenant que nos deux initiatives ont bu la tasse, que va-t-il se passer au niveau des lois ? D’abord, un petit retour en arrière : la loi sur l’énergie atomique qui régissait l’exploitation des centrales nucléaires jusqu’à présent, date de 1959. En mars dernier, le Parlement national a adopté une nouvelle loi sur l’énergie nucléaire, la LENu. Cette loi est scandaleusement pro-nucléaire ! Elle n’envisage aucune sortie du nucléaire, même à long terme. Non seulement elle ne prévoit aucune limitation d’exploitation pour nos cinq vieilles casseroles nucléaires, mais de plus, elle n’exclut absolument pas la construction de nouvelles installations de ce type. Pour couronner le tout, elle retire le droit de veto aux cantons en matière d’enfouissement de déchets radioactifs sur leur territoire.

Nos initiatives ayant été rejetées par le peuple, c’est la Lenu qui va entrer en vigueur ces jours, dès sa publication dans la Feuille d’avis officielle, à moins que … nous ne lancions un référendum. Il s’agirait alors de réunir 50 000 signatures en trois mois. Si le référendum aboutissait, le peuple aurait alors la possibilité de rejeter cette loi scélérate. En cas de rejet de la Lenu, une nouvelle loi serait alors discutée au Parlement.

Les milieux antinucléaires sont actuellement en tractation pour se prononcer sur l’opportunité de lancer ou non ce référendum.

Il est clair que, si nous décidions de nous y atteler, nous devrions pouvoir compter sur l’aide de vous tous pour la récolte des signatures. Lors de l’AG du 18 juin, la décision de se lancer ou pas aura été prise et elle pourra être commentée.

Voilà donc l’état des lieux, chères et chers ContrAtomistes ! Je suis encore toute ébranlée par la déconfiture des dernières votations, mais décidée à poursuivre la lutte.

Et vous ?

Venez le dire le 18 juin !

Anne-Cécile


Pouvoir du peuple ou de l’argent ?

L’initiative « Sortir du nucléaire » était porteuse d’un grand espoir qui s’est révélé une utopie en ce lendemain de votation populaire. L’espoir que la raison allait l’emporter sur l’égoïsme n’a malheureusement pas résisté aux calculs mesquins et aux peurs irrationnelles.

Pour cette campagne, les défenseurs des initiatives antinucléaires avaient conçu un matériel d’information qui expliquait clairement pourquoi il fallait abandonner l’énergie atomique, ils y parlaient de dangers écologiques réels, d’atteintes irréversibles à notre environnement et à notre santé, du gaspillage énergétique inconsidéré de notre société de consommation, ainsi que du manque de volonté des milieux politiques et économiques de promouvoir les énergies alternatives. Ils ont affronté des actionnaires du lobby nucléaire sur quelques plateaux de télévision, répondu aux questions des journalistes, tenté d’informer les gens dans la rue. Aucune image de personnes irradiées, ni de bébés nés mal formés ou de villes abandonnées à la suite de l’accident de Tchernobyl, n’a été délibérément montrée, aucun discours inutilement alarmiste n’a été proféré. En vain, semble-t-il, puisque, de l’autre côté, les défenseurs de l’énergie atomique n’ont pas hésité à utiliser deux outils de propagande populiste qui se sont révélés beaucoup plus efficaces : la peur et la désinformation. Au moyen d’innombrables affiches grand format, d’annonces payantes dans la presse et au cinéma et même de spots télévisés illégaux, ils ont menacé nos concitoyens des pires calamités en cas d’abandon du nucléaire : pénurie d’énergie, dépendance vis-à-vis de l’étranger, augmentation des factures d’électricité et, c’est un comble, pollution aggravée. Tous les arguments étaient bons à prendre, même le plus aberrant, consistant à prétendre (en récupérant sans aucun scrupule les révélations de Chaïm Nissim) que les antinucléaires pouvaient envisager de tirer sur des centrales nucléaires en activité ! Ils ont ainsi démontré, outre l’étendue vertigineuse de leurs capacités financières, leur manque absolu de respect de la vérité et des règles de la démocratie.

Interdits d’affichage

Il convient de préciser, en outre, que l’affichage commercial étant un moyen de propagande très onéreux, les comités d’initiative, qui disposent de budgets de campagnes dérisoires(1), préparent en général des affiches destinées uniquement aux panneaux officiels réservés à cet effet. Or, en ce qui concerne notre canton, ces espaces d’affichage n’ont été mis à disposition pour les votations du 18 mai que le 5 mai (après la fin de la campagne pour l’élection du Conseil administratif) soit moins de deux semaines avant les votations et après que les électeurs aient reçu leur matériel de vote !

Ploutocratie pour les ploucs

La propension de la majorité à croire tout ce qu’on lui dit, pour peu que le message soit simple et s’adresse à son porte-monnaie, lui a permis de se tromper de peur, d’oublier Tchernobyl – trop loin, d’ailleurs plus personne n’en parle à la télé – d’oublier le problème sans solution des déchets nucléaires – puisqu’on ne les enterre pas (encore) chez nous – et de faire ainsi la démonstration des contradictions auxquelles peut mener le manque de réflexion sérieuse. Quelles conclusions tirer de cette défaite ? La première est que l’adversaire est prêt à tout pour défendre un mode de production qui pourtant – il l’avoue lui-même – n’a aucun avenir. La deuxième est qu’on a la démocratie qu’on mérite et que, si la puissance de l’argent permet de balayer les initiatives populaires à coup de propagande démesurée, c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans notre République.

Fabienne Gautier

1Le comité d’initiative disposait d’un budget de 2.2 millions face aux 11.5 millions du lobby nucléaire.


J’ai fait un rêve…

... les Suisses utilisaient parfois leur droit d’initiative pour dire OUI, et ces OUI répétés sortaient petit à petit la Suisse de sa peur du changement et de sa torpeur… et la tournaient vers un avenir durable. Les Suisses cessaient de se mettre à genoux devant le puissant dieu Argent et ils reconnaissaient à nouveau la valeur sacrée de la vie et de la nature. En tant qu’habitants du pays le plus riche de la planète, ils étaient d’accord de montrer l’exemple en investissant massivement dans les énergies renouvelables. Ils créaient également un fond pour indemniser les mille ou dix-mille générations qui devront gérer les déchets nucléaires produits pour le confort des Suisses des XXème et XXIème siècles.

Au lieu d’investir dans la énième génération de téléphones portables ou de liaisons internet ultra- rapides, les Suisses décidaient d’équiper en infrastructures médicales et de communication des pays sans ressources. J’ai rêvé que les Suisses étaient aussi capables de se prononcer contre une initiative demandant 48 dimanches avec voitures, considérant que c’était exagérément peu de réserver seulement 4 dimanches par année aux non-automobilistes… Ils décidaient de partager équitablement entre piétons, poussettes, cyclistes, patineurs, voitures et transports publics la surface de l’ensemble des voies de communication du pays, y compris les autoroutes, et cela 52 dimanches par année… Les Suisses cessaient de se battre exclusivement pour leur petit bonheur individuel, mais plaçaient le bien-être de tous en tant qu’objectif premier.

J’ai fait un rêve.

Philippe Gobet

 
Articles de cette rubrique
  1. No 71, octobre 2003
    30 septembre 2007

  2. No 70, mai 2003
    30 septembre 2007

  3. No 69, Avril 2003 - spécial votations
    30 septembre 2007

  4. No 62, février 2002
    30 septembre 2007

  5. No 54, septembre 2000
    30 septembre 2007

  6. No 52, avril 2000
    30 septembre 2007

  7. No 50, octobre 1999
    30 septembre 2007