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Articles par pays :
France
Journal par No :
No 80, décembre 2005
Auteurs :
Pierre Vanek
No 80, décembre 2005
Publié le mardi 16 octobre 2007

Privatisation d’EDF : relance du nucléaire et risques accrus

Le 24 octobre, le gouvernement français annonçait l’ouverture du capital d’EDF à hauteur de 15%. L’entrée en bourse a eu lieu un mois après, avec une propagande massive visant à vendre aux Français... une entreprise qui leur appartenait déjà... théoriquement du moins. Car en effet, EDF échappe depuis longtemps à un réel contrôle démocratique.

Ainsi, le mouvement de refus du bradage d’EDF, pose la question d’une réappropriation publique démocratique de l’entreprise, d’une « renationalisation » citoyenne. Ce combat en France sera important pour notre campagne contre la loi qui veut libéraliser-privatiser le secteur électrique suisse en lui fixant des buts de compétitivité marchande, plutôt que des buts écologiques et sociaux. Pour les antinucléaires, la bataille contre la privatisation est essentielle. Le réseau français « Sortir du nucléaire » l’a vu. Le 27 octobre, s’adressant aux opposants, il expliquait que…

C’est pour payer de nouveaux réacteurs nucléaires qu’EDF ouvre son capital

« Certes, dans un premier temps, EDF et gouvernement ont pris soin d’annoncer des investissements dans des secteurs moins sensibles. Mais, pour financer la construction des nouveaux réacteurs annoncés, la privatisation d’EDF ne s’arrêtera pas à 15% ni à 30%. Aussi, la meilleure façon de faire échouer celle-ci est de rejeter le nucléaire, négation du service public et de l’éthique citoyenne :

  • décisions prises sans consultation ni consentement de la population
  • construction des centrales à renfort de CRS et de lacrymogènes
  • centralisation et vulnérabilité de la production, contrairement à une production décentralisée, proche des usagers-ères
  • mainmise des centrales sur la vie locale par les taxes professionnelles et les subventions
  • salarié-e-s (surtout intérimaires) irradiés lors des opérations de maintenance
  • cinq fois moins d’emplois dans le nucléaire que dans les renouvelables pour un même investissement
  • surconsommation organisée (chauffages et climatiseurs en particulier) pour « justifier » la surproduction nucléaire
  • investissements colossaux au détriment des énergies renouvelables
  • néocolonialisme pour accaparer l’uranium dans les pays du Sud (cf. Niger)
  • rejets radioactifs et chimiques dans l’air et l’eau
  • factures incalculables du démantèlement des centrales et déchets nucléaires légués aux générations futures
  • en cas d’accident : contamination de millions de gens et évacuation de régions entières pour des siècles
  • mensonge permanent, comme pour le nuage de Tchernobyl... »

« Sortir du nucléaire » appelait à lutter et contre l’ouverture du capital d’EDF et contre de nouveaux réacteurs, en réfutant les arguments des tenants de l’atome : • indépendance énergétique : 100% de l’uranium est importé (en particulier du Niger où les populations sont exploitées et spoliées) • rentabilité financière : contrairement à l’idée répandue, EDF a toujours perdu et perd de l’argent avec les centrales nucléaires (99 millions d’euros en 2004). Ce sont le transport et la distribution d’électricité qui sont très rentables : 1002 millions d’euros en 2004 ! • lutte contre le réchauffement climatique : malgré 58 réacteurs atomiques, la France a été frappée par la canicule 2003, la sécheresse 2005.... Le nucléaire, part infime (6%) et déclinante (moins de 5% en 2030) de l’énergie mondiale, ne peut empêcher le réchauffement du climat. Seules solutions : efficacité énergétique, économies d’énergie, énergies renouvelables.

Le 17 novembre « Sortir du nucléaire », tirait le bilan de l’entrée en bourse d’EDF : « des millions de particuliers ont été abusés, entraînés par une puissante campagne publicitaire, et ont acquis des actions EDF sans en connaître les risques réels. Il est symptomatique de constater que les investisseurs institutionnels, mieux avertis que les particuliers, ne se sont pas précipités, loin de là, pour prendre des participations dans EDF. »

Et de relever que : « diverses données, s’ajoutant au déficit colossal déjà accumulé par EDF - au moins 40 milliards d’euros, sûrement plus - permettent de douter de l’avenir radieux d’EDF en bourse. » En citant comme éléments principaux : • Le puits sans fond constitué par le démantèlement et la gestion des déchets radioactifs, mis en lumière par un rapport de la Cour des comptes en janvier dernier. • Le fait que les centrales nucléaires sont déficitaires (v. ci-dessus) et qu’à court terme, EDF perdra ces activités au profit d’autres structures (en particulier RTE pour le transport). • Les centrales nucléaires vieillissent mal. Il faut changer plus tôt que prévu les couvercles de cuve, les générateurs de vapeur. Les enceintes de confinement sont de plus en plus poreuses etc. • Le dérèglement climatique. Les 58 réacteurs français ne s’attaquent pas au dérèglement climatique. C’est l’inverse : tempête 1999 (inondation de la centrale du Blayais qui a frôlé la catastrophe), canicule 2003 (centrales arrêtées, importations massives d’électricité). Le réchauffement climatique s’aggravant mettra de plus en plus en échec les centrales nucléaires.

Risques collectifs, profits privés

Pour conclure « Sortir du nucléaire » appelle les citoyens à la vigilance contre l’un des effets de la privatisation : pour son avenir en bourse et les profits de ses actionnaires, EDF va tenter de se débarrasser sur l’Etat de ses responsabilités en matière de démantèlement d’installations nucléaires et de gestion des déchets. Le tour de passe-passe, déjà mis en œuvre pour le site de Marcoule, consiste pour EDF à verser une modeste « soulte libératoire » au « profit » du CEA*, c’est-à-dire de l’Etat, donc des citoyens, qui se retrouvent responsables en la matière ! Un autre risque évident de l’entrée en bourse d’EDF vient d’être mis en lumière au moment où nous bouclons ce numéro : le 8 décembre, EDF annonçait la suppression jusqu’en 2007 de plus de six mille emplois. Premier effet de ce sacrifice sur l’autel de la « rentabilité » au bénéfice des actionnaires, le titre EDF a, pour la première fois depuis sa mise en bourse, dépassé le seuil des 32 euros d’origine ! Mais cette logique signifie une explosion de l’externalisation et de la sous-traitance, notamment dans le domaine nucléaire où ils constituent déjà une plaie que nous avons souvent dénoncée. Effets prévisibles en matière de sécurité des centrales : une dégradation dangereuse et qui pourrait se révéler catastrophique.

Pierre Vanek

* CEA : Commissariat français à l’énergie atomique

 
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