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Articles par thèmes :
Climat
Journal par No :
No 80, décembre 2005
Auteurs :
Philippe Gobet
No 80, décembre 2005
Publié le mardi 16 octobre 2007

Faut-il promouvoir le nucléaire pour lutter contre l’effet de serre ?

Il faut d’abord étudier la question, qui est fort intéressante, car sous une apparente logique elle est déjà insensée en elle-même. En effet c’est un fameux choix qu’on nous présente là ! Oserait-on dire : développons la peste pour éviter le choléra ?!

Peut-on se protéger des dangers du réchauffement climatique en utilisant un matériau dont on sait pertinemment qu’il a pollué, qu’il pollue encore et qu’il polluera toujours la planète pour des milliers d’années ?! Peut-on guérir quoi que ce soit sur cette planète avec une industrie qui produit des tonnes de déchets toxiques pour des dizaines de milliers d’années, alors qu’aucune civilisation humaine n’a duré si longtemps ?

Peut-on réellement croire que les centrales nucléaires pourront remplacer le pétrole, le mazout, le gaz ou que sais-je encore ? On oublie que le nucléaire n’est au niveau mondial qu’une petite partie de la production d’électricité, qui n’est elle-même qu’une petite partie de la consommation d’énergie globale. Le nucléaire, même très développé comme actuellement, ne représente donc qu’une infime proportion de l’énergie consommée dans le monde ! (1) Les « poids lourds » sont toujours le pétrole, le charbon, le bois, le gaz etc.

Ensuite, il n’est pas imaginable que d’autres pays fassent le même choix que la France (83% de nucléaire dans la production d’électricité) car d’une part les quantités d’uranium disponibles sont très limitées et d’autre part les coûts de production sont énormes (ils ont été assumés par l’Etat français). Ces coûts sont une véritable bombe à retardement pour le contribuable, étant donné que le prix du démantèlement des centrales (qui a d’ores et déjà débuté, que l’on soit pro ou anti) a été largement sous-évalué. Et de plus, même en imaginant, si c’était financièrement et humainement possible, que chaque nation construise des dizaines de centrales nucléaires, cela ne permettrait toujours pas de contribuer de manière significative à la diminution de la consommation de pétrole. Encore plus « ennuyeux », le problème de l’énergie grise (2) : une centrale est un monstre qui engloutit des quantités effroyables d’énergie lors de sa construction. Selon certaines études (3), une centrale nucléaire doit fonctionner 18 ans avant la production d’une calorie nette d’énergie ! Cela signifie que, pour récupérer l’équivalent de la quantité de carburants fossiles engloutie dans la préparation et la construction de la centrale et du minerai servant à l’alimenter, une usine nucléaire doit fonctionner pendant presque deux décennies.

Le nucléaire, une énergie propre ?

Or, cette énergie grise est, la plupart du temps, d’origine fossile. Par exemple, durant les années 1970, les Etats-Unis ont construit sept usines thermiques fonctionnant au charbon, de 1000 mégawatts chacune, dans le seul but d’enrichir leur uranium, et ce sont presque toujours des énergies fossiles qui sont utilisées à travers le monde pour extraire et enrichir l’uranium.

Mais là ne s’arrête pas l’utilisation des carburants fossiles dans le cycle de production d’électricité nucléaire, parce que le démantèlement des réacteurs, à la fin de leur durée de service de 30 à 40 ans, ainsi que le transport et le stockage à très très long terme des déchets nucléaires exigeront encore des quantités plus énormes d’énergie.

Comme le dit très justement Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau français « Sortir du nucléaire », « les deux dangers, climatique et nucléaire, s’additionnent, ou plutôt se multiplient. Mais les humains ont un peu plus de prise sur l’industrie atomique que sur le climat. Pour ce qui est de la production de CO2 mondiale, il serait beaucoup plus judicieux de la compenser par des limitations drastiques des transports routiers et aériens que par le maintien à tout prix du nucléaire. Ajoutons que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre, et que les « écolos » pronucléaires semblent pourtant bien moins pressés d’interdire la production des gaz à effet de serre impliqués dans la climatisation (y compris la clim des centrales nucléaires...). Rappelons que le CO2 – qui n’était même pas considéré comme un « polluant » jusqu’à ces dernières années – masque aujourd’hui très opportunément pour les industriels tout un tas d’autres émissions de « saloperies » autrement plus dangereuses pour la santé publique, mais dont plus personne ne semble se soucier. »

Que dire de plus ? Que nous ne voulons ni de la peste, ni du choléra ! Et que l’espèce humaine ne peut espérer s’en sortir avec la politique du « toujours plus d’énergie gaspillée ». Il est urgent de se concentrer sur les vrais moyens : bâtiments bien conçus, appareils et moteurs économes en énergie, développement des transports publics, partage de véhicules (car-sharing), encouragement des déplacements à pied ou à vélo (ce qui permettra aussi de lutter contre le fléau meurtrier de l’obésité !) et, parallèlement, développement des énergies renouvelables. Il n’y aura pas de stabilisation de l’effet de serre sans remise en question de nos choix de société, voire de nos choix éthiques. Soyons francs : notre sacro-sainte liberté individuelle nous autorise-t-elle à sacrifier la survie et la liberté du plus grand nombre ?

Philippe Gobet

(1) Il y a actuellement 440 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans le monde, ce qui représente à peine 5% de l’énergie consommée.

(2) L’énergie qui est nécessaire à la production d’un bien.

(3) Voir Helen Caldicott, « Nuclear industry isn’t clean, it’s dangerous », article paru d’abord dans le Sydney Morning Herald puis dans le Boston Globe le 9.3.2001. www.mothersalert.org/caldicott.html

« Le nucléaire n’est ni plus sûr, ni plus fiable, ni plus propre que les autres énergies »* « A la vitesse d’utilisation actuelle, les réserves mondiales en minerai d’uranium de bonne qualité seront bientôt épuisées, peut-être au cours des dix ans à venir. Les centrales nucléaires du futur devront se replier sur le minerai de qualité inférieure, qui requiert une énorme quantité d’énergie classique pour son enrichissement. (...) A terme, et ce pourrait être assez rapide, l’industrie nucléaire émettrait autant d’oxyde de carbone pour extraire et traiter son minerai qu’elle n’en économise par son énergie « propre » due à la fission nucléaire. A ce stade, selon un article de David Fleming qui écrit sur l’énergie dans le magazine Prospect, la production d’énergie nucléaire tomberait dans le déficit énergétique. Il faudrait mettre plus d’énergie dans la récupération du minerai qu’on n’en produirait à partir de lui. La contribution du nucléaire aux besoins en énergie deviendrait négative. La soi-disant « fiabilité » de l’énergie nucléaire, qui enthousiasme tant ses partisans, reposerait alors sur l’utilisation grandissante de combustibles fossiles au lieu de les remplacer. »*

*M.Linklater, « Who says nuclear power is clean ? », The Times, 23.11.05 (Extraits)

 
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