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« Démantèlement de Superphénix : aussi la galère »
Publié le vendredi 28 septembre 2007

Démantèlement de Superphénix : aussi la galère !

Superphénix, réacteur à neutrons rapides (RNR), fleuron de la pensée nucléocrate a enfin vécu. Il était temps !

En 10 ans il a cumulé toutes les pannes imaginables et inimaginables.

Ce réacteur mal conçu et dangereux a été finalement stoppé. Ne croyez pas les tenants d’un tel engin qui déclarent que l’arrêt n’est que politique. Non, ce réacteur est dangereux, intrinsèquement dangereux, et l’avoir transformé, par décret, en engin de recherche ne faisait qu’accroître les problèmes. Imposé en 1974, autorisé en 1977, il fut une extrapolation osée, mal calculée, mal étudiée, ce qui a conduit à la panne dès son démarrage en 1986.

Son arrêt, après dix ans de NON-fonctionnement, est-il la fin du feuilleton ? Eh bien, pas du tout. En effet cet arrêt et la question de son démantèlement font surgir de nouvelles erreurs de conception !

Tout était soi-disant prévu pour pouvoir sortir les combustibles du réacteur, les stocker sur le site, puis les évacuer quelque part. Restait le sodium. Que faire de 5000 tonnes de sodium dont 3200 provenant du circuit primaire donc potentiellement radioactives ?

D’une part à cause de la perte de son barillet et de son remplacement par un Poste de Transfert du Combustible (PTC), l’évacuation du combustible est une opération qui prendra environ 1 an (on ne manipule que 3 assemblages par jour et il y en a de l’ordre de 600). Il est, de plus nécessaire d’attendre 2 à 3 ans pour laisser la radioactivité décroître et éviter d’autres problèmes. Dans ces conditions, comme l’Atelier Pour l’Evacuation du Combustible (APEC) n’a jamais servi, il semble préférable de mettre le combustible en conteneur pour l’envoyer directement dans une usine de retraitement. Cette solution séduisante pour l’APEC et la Direction de la Sûreté des Installations Nucléaires (DSIN) n’est pas à préconiser. L’arrêt de Superphénix ne sera réel que lorsqu’il sera vidé de son combustible et de son sodium sinon il reste un danger potentiel puisqu’on doit maintenir l’installation en état (sodium et plutonium dans la même cuve).

D’autre part une fois le combustible sorti on sera confronté à la vidange du sodium, vidange qui N’AVAIT PAS ETE PREVUE et qu’il faut maintenant étudier. Une fois la vidange réalisée (après un temps entre 1 à 2 ans comme d’habitude...) et le sodium à l’abri dans des réservoirs, il va falloir construire sur le site une usine de neutralisation du sodium.

Cette neutralisation consiste à injecter le sodium dans l’eau mais la réaction est explosive. Il faut donc prendre beaucoup de précautions. On sait, avec difficulté (rappelons en 1994 l’explosion qui s’est produite lors de la neutralisation des derniers 100 Kg de Rapsodie, RNR de 70 MW) traiter un jet de 20 kg/h. L’opération durerait alors environ 28 ans... en travaillant 24 h sur 24 et 365 jours par année... Il semble que les Anglais sur leur surgénérateur à Dounray ont réussi à monter l’injection à 100 kg/h. Ceci ramène l’opération à 6 ans. Ces estimations ne prennent pas en compte la construction de l’usine de traitement du sodium.

Superphénix devait être stoppé, c’est semble-t-il réalisé mais le site restera en travail au moins 30 à 40 ans : évacuation des combustibles, neutralisation du sodium, mise en fût de la soude, démantèlement des installations.

Il va falloir étudier l’installation pour traiter la cuve, le bâtiment du réacteur, les générateurs de vapeur, la partie alternateurs, etc... Si on se réfère au tout petit Brennilis breton (70 MW) arrêté en 1985, en cours de démontage il y a encore beaucoup de travaux à planifier et les ingénieurs peuvent se mettre à l’étude.

L’arrêt de Superphénix n’a jamais signifié qu’on mettait la clé sous le paillasson, il faut maintenant se mettre au travail pour rendre l’installation sûre. De nombreux problèmes ont surgi :

 temps de refroidissement des assemblages

 contamination ou non de l’APEC

 vidange du sodium

 stockage du sodium

 construction de l’usine de neutralisation

 stockage de la soude

 étude du démantèlement

Il faut rester vigilant et suivre le chantier avec soin. Superphénix a vécu mais le site vivre encore de longues années. Le démantèlement peut se programmer sur trois feuillets, la mise en œuvre remplira un épais dossier. Ces opérations doivent être menées sans hâte, elle donneront de l’expérience pour tous les autres sites même si on ne peut pas comparer un RNR et un réacteur refroidi à l’eau.

Monique Sené, août 1997