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Articles par pays :
Suisse
Journal par No :
No 85, avril 2007
Auteurs :
Anne-Cécile Reimann Fabienne Gautier Pierre Vanek
No 85, avril 2007
Publié le dimanche 14 octobre 2007

« Coming out » énergétique

Consommation d’énergie : c’est comment qu’on freine ?

Energies … un autre regard

Le problème des déchets

Nucléaire et libéralisation


« Coming out » énergétique 2

La série initiée par Philippe Gobet dans le numéro précédent a déjà fait un émule. A qui le tour ? N’hésitez pas à nous présenter un résumé de votre profil de consommateur énergétique et nous le publierons dans une prochaine édition.

Lorsque nous vivions en appartement, avec mon épouse et mon fils en bas âge, notre consommation électrique annuelle s’élevait à 1500 kWh (courant vert), ce qui est inférieur à la moyenne genevoise de 2610 kWh pour un ménage comparable. Ce résultat est dû à la mise en application des conseils du journal ContrAtom, qui vantait jadis les premières ampoules économiques, puis attira notre attention sur les « wattasites » c’est-à-dire la consommation cachée des appareils en stand by. Un truc pour détecter de telles pertes ? Posez votre main sur vos appareils éteints. Si l’un d’eux est tiède ou chaud, c’est que son transformateur continue de consommer. Il suffit d’installer un interrupteur sur le câble d’alimentation et vous reprenez le contrôle de votre consommation. C’est devenu un jeu d’élaborer un mode de vie sans la multitude d’appareils électroménagers que le commerce nous propose. Nous avons un petit mixer Bamix pour la cuisine, pas de micro-ondes, pas de gadgets. Nous avons la chance d’avoir le gaz pour cuisiner. Les lampes économiques sont partout, sauf pour les plafonniers que nous n’allumons que pour éclairer momentanément une pièce. Malgré tout, nous avions un radiateur électrique dans la salle de bains (puisque l’architecte oublia paraît-il d’y faire mettre le chauffage). Mais, arrivé à un certain stade, il est difficile de réduire individuellement sa consommation, il faudrait passer à des mesures collectives.

Le rêve de faire installer, par notre régie, des panneaux solaires sur le toit de l’immeuble a failli devenir projet. Nous avions trouvé quelques complices pour faire renaître l’ancienne association de locataires et un volet « environnement » figurait en bonne position dans notre stratégie, avec l’espoir d’une aide précieuse des SIG. Mais la régie, qui s’intéressait plus au montant des loyers qu’à nos doléances, ne nous permit pas d’en arriver là : un conflit juridique éclata à propos des loyers et l’espoir d’une telle collaboration s’envola – mais qui sait, un jour ?

Entre-temps, un autre rêve, celui de la maison individuelle, devint réalité : mon épouse et moi avions déniché une bâtisse ancienne en France voisine et nous allions enfin pouvoir maîtriser notre « empreinte énergétique » : isolation performante et panneaux solaires pour l’eau chaude s’imposèrent d’emblée. J’ai aussi conformé le jardin et son entretien de manière à m’affranchir de certains appareils (le monceau de branches en décomposition plutôt que la broyeuse, la taille des haies peu fréquente et manuelle etc.) Après six ans de travaux, nous y habitons enfin, mais il faut noter que l’espace plus grand entraîne d’autres consommations ... et la nôtre semble être remontée à 1820 kWh annuelle.

Vivant à présent dans le pays le plus nucléarisé du monde, j’envisage avec jubilation l’installation d’une petite centrale photovoltaïque, qui couvrirait la plupart de nos besoins et rendrait notre démarche plus complète. Après avoir subi les coups de pieds et grenades lacrymogènes des CRS lors des fameuses manifs contre le futur surgénérateur de Malville dans les années 70, la perspective de vendre notre surplus d’électricité à EDF a un goût de revanche assez savoureux.

Philippe Lemoine


Consommation d’énergie : c’est comment qu’on freine ?

En ce début d’année 2007, l’actualité suisse a été largement occupée par les questions énergétiques. Dans ce chœur général, chacun y est allé de son couplet et si certains ont su improviser avec brio, il est consternant de noter que la majorité du monde politique et économique n’ait pas été en mesure de nous chanter autre chose que l’éternel refrain « fossiles et nucléaire ». De plus, ils nous ont rejoué le disque de la libéralisation, le même que le peuple avait refusé d’entendre en 2002. Décidément, l’imagination n’est pas au pouvoir dans ce pays.

La « société 2000 watts »

L’Office fédéral de l’énergie (OFEN) avait pourtant présenté, le 16 février, le résumé des « Perspectives énergétiques 2035 » de la Suisse. Ce document, aboutissement d’un travail de longue haleine, mené par des spécialistes issus de l’administration, des milieux scientifiques et de l’industrie énergétique, devait constituer la base des futures décisions politiques. Il contient quatre scénarios très élaborés dessinant chacun à sa manière un paysage énergétique futur possible. Parmi ceux-ci, les deux derniers permettaient de se passer totalement de nouvelles centrales nucléaires ou à gaz et le plus ambitieux de tous, le numéro IV, montrait la voie de la « société 2000 watts », en accordant la part qu’elles méritent à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. Extrait :

Le scénario IV montre qu’un changement d’orientation est possible si la priorité est donnée à l’exploitation économe des ressources et à l’utilisation accrue des technologies innovatrices d’efficacité énergétique qui vont parvenir à maturité. En poussant plus encore le développement technologique, on modifiera les comportements touchant l’investissement, la consommation, le travail et la mobilité. De plus, l’activité économique aujourd’hui grosse consommatrice d’énergie et de matières tendra vers une production axée sur les services et le savoir. L’efficacité fera un bond qualitatif. La consommation finale par tête diminuera d’un tiers par rapport à son niveau en l’an 2000. Les objectifs climatiques à moyen terme et au-delà seront atteints, les rejets de CO2 se réduisant d’au moins 40%. La pénurie d’électricité représentera moins de 10% de la demande actuelle du pays, soit beaucoup moins que dans les autres scénarios. L‘accroissement des capacités de production peut être remis à plus tard.(1)

Un avenir énergétique sans fossile et sans nucléaire existe donc en Suisse, sans décroissance et sans retour à la bougie, et c’est l’Office fédéral de l’énergie lui-même qui l’affirme !

Manque de courage politique

Les auteurs du dossier précisent toutefois que « à la différence des scénarios I et II, les scénarios III et IV sont assortis d’objectifs » (2). Là réside sans doute l’origine des réticences des tenants du pouvoir : penser à long terme semble en effet incompatible avec la vision politique actuelle. Difficile de flatter l’électorat tout en mettant en place des mesures peu populaires parce que contraignantes, touchant notamment à des sphères prétendument privées comme la consommation des ménages ou le mode de transport. Cela explique que nos ministres se soient engouffrés sans hésitation dans la voie la plus largement ouverte par le rapport des experts de l’OFEN et la plus rassurante pour les industriels, celle des scénarios privilégiant le statu quo : grosses centrales et abondance énergétique.

Pourtant, tout le monde s’accorde à dire que les choses doivent changer, que nous courrons à la catastrophe planétaire, notamment climatique, si nos modes de consommation n’évoluent pas. Les chiffres sont alarmants, les prévisions sont claires : au rythme de consommation actuel, les réserves prouvées d’énergies fossiles – uranium compris – ne sont suffisantes que pour quelques décennies et les émissions de gaz à effet de serre menacent l’équilibre écologique planétaire. Si notre société se trouve réellement à la croisée des chemins, pourquoi attendre ? C’est maintenant qu’il nous faut décider de l’itinéraire le plus favorable à notre survie, pas demain. Dans ce contexte, les décisions absurdes qui viennent d’être prises dans le domaine énergétique peuvent être qualifiées de criminelles.

Halte au gaspillage

En effet la seule manière de réduire notre consommation frénétique d’énergie, est d’agir simultanément sur la demande et sur l’offre. Aussi longtemps qu’une énergie abondante et bon marché sera disponible, qui fera l’effort d’économiser ? Il existe en effet un axiome de la nature humaine qui fait que l’on gaspille ce qui est facile à se procurer, nous avons, par contre, le réflexe d’économiser ce qui est rare. Nos grands-parents et leurs ancêtres ont connu les privations alimentaires dues aux guerres et aux disettes. Ils avaient inscrit, au plus profond d’eux-mêmes, la nécessité de ne pas gaspiller la nourriture et ils nous l’ont inculquée. La jeune génération occidentale, élevée par des parents ignorant tout de la faim, a déjà oublié cette peur. Par contre, il y a une nouvelle sorte de privation qu’elle a de fortes chances de découvrir à ses dépens et à laquelle personne ne l’aura préparée, c’est celle du manque d’énergie.

Notre génération et celle de nos parents sont sans doute les seules qui auront pu se livrer à un tel gaspillage. Il y a fort à parier que nos enfants vivront cette question cruciale de manière diamétralement opposée. Notre rôle, s’il était correctement assumé, serait de les y préparer. Mais qui s’en préoccupe ?

Il nous faudra sans doute une crise grave pour prendre les décisions qui manifestement s’imposent pourtant depuis quelques décennies déjà.

Fabienne Gautier

1. OFEN, Perspectives énergétiques 2035 Management Summary, janvier 2007, p13.

2. idem, p.10

Tous les rapports sont disponibles sur : www.perspectives-energetiques.ch


Energies … un autre regard

François Dunant a réagi à un article publié par le quotidien La Tribune de Genève. Nous reproduisons ci-dessous la lettre de lecteur qu’il a fait parvenir au journal.

Votre article consacré, le 11 janvier dernier, à la révolution énergétique proposée par l’Exécutif européen, appelle quelques commentaires :

  • assimiler l’énergie nucléaire aux énergies renouvelables est une grave tromperie ;
  • l’uranium ne vient pas de pays européens et le recours à ce combustible ne réduit en rien notre dépendance envers l’étranger ;
  • la filière nucléaire n’est pas si peu productrice de CO2 qu’on veut bien le dire : l’extraction du minerai, l’enrichissement de l’uranium, la construction puis la démolition des centrales, le retraitement, le transport, le stockage, puis l’ensevelissement des déchets et de tous les matériaux contaminés produisent leur part de CO2 ;
  • on parle beaucoup, ces derniers temps dans vos colonnes, de type d’énergies à développer et de coût des kWh produits, mais pas (ou beaucoup trop rarement) de la plus grande ressource immédiatement disponible : les économies d’énergie qui, selon divers calculs, pourraient correspondre, sans renoncer à notre confort, aux 40% d’électricité produits en Suisse par les centrales nucléaires ;
  • les solutions pour les déchets hautement radioactifs ne sont toujours pas trouvées, bien qu’on nous prétende depuis quelques décennies qu’elles existent ;
  • si le nucléaire était aussi sûr qu’on le prétend, l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique n’aurait pas signé une convention avec l’Organisation Mondiale de la Santé lui permettant de contrôler les informations concernant les effets d’incidents nucléaires sur la santé des populations (voir les mensonges publiés après l’incident de Tchernobyl). Il est grand temps de penser autrement et de passer du développement quantitatif à un développement qualitatif et respectueux de la planète et de ses habitants.

Enfouir des déchets hautement radioactifs pour des milliers d’années, ce n’est pas à proprement parler un développement durable. Investir dans les mesures d’économie et dans la production d’énergies renouvelables, voilà qui est nettement plus raisonnable ! L’énergie nucléaire, c’est dépassé !

François Dunant


Le problème des déchets nucléaires résolu ? Mon oeil !

Si l’on en croit nos autorités fédérales, le problème des déchets radioactifs serait réglé ! La bonne blague ! Malheureusement, cette plaisanterie risque de tourner au drame si l’on ne parvient pas à faire barrage au funeste projet de « dépôt en couches géologiques profondes » qu’elles concoctent. Ainsi, après avoir balancé impunément pendant des années ces déchets mortels au fond des océans, voilà maintenant qu’on privilégie le stockage souterrain ! La belle imposture ! Quel géologue pourrait nous assurer de la stabilité des couches géologiques choisies pour ce genre d’exercice ? Et qui peut prévoir comment réagiront les conteneurs enfouis au cours des années, des siècles, des millénaires ? Qui peut affirmer que des fuites ne se produiront pas un jour ou l’autre, laissant le poison mortel s’échapper dans le sous-sol, contaminant ainsi les nappes phréatiques ? Des régions entières seront alors atteintes par la radioactivité ! Charmante perspective quand on connaît les retombées terrifiantes de la catastrophe de Tchernobyl.

Pour laisser croire que la population a son mot à dire dans cette affaire, le DETEC (Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication) a lancé une campagne de consultation sur ce qu’il nomme : le plan sectoriel « Dépôt en couches géologiques profondes ». Cette procédure d’audition a débuté le 15 janvier pour s’achever le 20 avril. Etiez-vous au courant ? On ne peut pas dire que la publicité faite autour de cette campagne qualifiée d’« offensive » par le DETEC, ait vraiment été présente dans les médias ! Trois soirées publiques ont eu lieu à Berne, Lausanne et Zurich. Une délégation de ContrAtom s’est déplacée à la séance organisée à Lausanne le 22 janvier avec la ferme intention d’intervenir dans le débat afin de marquer notre opposition à ce projet dément. Nous n’avons pas eu grand chose à faire : l’opposition était déjà sur les lieux. Une banderole de protestation ornait le bâtiment où se déroulait la réunion. A l’intérieur, un groupe de jeunes manifestant-e-s fit soudain irruption dans la salle distribuant des tracts sur lesquels on pouvait lire « Avant d’enfouir les déchets, arrêtons d’en produire », « Nous exigeons un arrêt immédiat des centrales nucléaires », « Enterrons l’industrie nucléaire pas ses déchets » etc. Le tract se terminait ainsi : « Nous rejetons ce simulacre de consultation ». Bien envoyé !

La suite de la soirée fut marquée par la très forte opposition exprimée dans la salle. A aucun moment les démarcheurs du DETEC ne furent capables de répondre avec pertinence à leurs détracteurs. Isabelle Chevalley de « Sortir du Nucléaire/Vaud », qui avait lu attentivement le rapport du DETEC, mit brillamment en évidence les approximations et les incertitudes qui abondent dans ce document. Elle en a publié des morceaux choisis assortis de commentaires dans le N°68 du journal de « Sortir du Nucléaire » dont nous reproduisons quelques extraits ci-après : « [...] les radionucléides sont en majorité retenus dans la roche d’accueil [...] Cela signifie que certains de ces radionucléides vont s’en échapper ! [...] le transfert des radionucléides dans la roche d’accueil sera très lent. Cela signifie qu’il y aura effectivement déplacement des radionucléides ! Les conditions sont jugées favorables si le système d’écoulement retarde considérablement le transfert des radionucléides de la roche d’accueil vers la biosphère. Cela signifie qu’un jour la biosphère sera de toute façon contaminée ! [...] la formation de nouveaux écoulements est peu probable [...] Cela signifie qu’un nouvel écoulement peu très bien arriver et qu’il aurait des répercussions catastrophiques puisqu’il pourrait transporter les radionucléides dans des nappes phréatiques ! [...] la roche d’accueil n’est pas susceptible d’être altérée de manière notoire avant une longue période. Cela signifie que les roches subissent toutes des altérations qu’il est difficile d’évaluer ! [...] les évènements liés à la présence du dépôt n’ont pas d’impact significatif sur la fonction de barrière [...] Commentaire : le terme significatif implique qu’il y aura certainement des impacts ! [...] peut être prédite de manière suffisamment fiable sur la période envisagée. Commentaire : avec des déchets d’une telle toxicité, il faut des prédictions fiables et non suffisamment fiables ! Et encore, ça reste des prédictions… [...] avec l’étanchéité appropriée [...] Commentaire : il faut une étanchéité absolue ! [...] ne sont pas susceptibles de poser d’importants problèmes [...] Commentaire : encore un petit mot qui trahit les incertitudes ! Cherchons ensemble une solution. Très longtemps après le scellage, des substances radioactives s’échapperont du dépôt et parviendront en surface […] ces quantités doivent rester minimes […] Donc, aucune garantie. Normal, elle serait par définition mensongère. Mais la toxicité des déchets radioactifs est telle que nous n’avons pas le droit à l’erreur ! Un gramme de plutonium (et on en produit 700 kg par année en Suisse) peut tuer un million de personnes. La faisabilité même d’un dépôt en couche géologique profonde doit être remise en question vu les trop nombreuses incertitudes que mentionne ce rapport et qui, quel que soit le résultat de la consultation, resteront inévitables. »

Sondages tous azimuts Parallèlement à cette procédure officielle de consultation, d’autres organismes se livrent à des sondages d’opinion plus ou moins orientés, tel celui initié par l’EPFZ (Ecole polytechnique fédérale de Zurich) envoyée à Claude Janzi, architecte, qui nous a transmis la réponse qu’il a adressée à ses interlocuteurs. (V. encadré) Pour remplir ce « sondage scientifique » (sic !), il fallait répondre à 42 questions en cochant des réponses simplistes : « pas du tout », « plutôt non », « ni oui ni non » etc. Notre correspondant ne s’est pas laissé piégé et a répondu à chaque rubrique par des explications circonstanciées et détaillées. Quelques exemples Que pensez-vous des affirmations suivantes ? Veillez indiquer à quel point vous êtes d’accord avec elles : L’entreposage des déchets radioactifs en couche géologique profonde est la meilleure solution à long terme. Réponse : la meilleure solution à long terme ce sont les énergies renouvelables Les déchets radioactifs produits en Suisse doivent être entreposés en Suisse. Réponse : la radioactivité ne connaît ni limite ni frontière (Voir Tchernobyl). Il est politiquement possible de trouver une région en Suisse où les déchets radioactifs peuvent être entreposés en couche géologique profonde. Réponse : avant de se poser cette question, il faut savoir si cela est techniquement possible et selon les techniques proposées si cela est éthiquement acceptable. Avant de pouvoir discuter de l’entreposage des déchets radioactifs, il faut discuter de l’avenir de l’énergie nucléaire. Réponse : entièrement d’accord. Les dernières questions concernaient la situation personnelle du sondé, sexe, année de naissance, formation, profession, revenu etc. Pour la bonne bouche, la dernière question : S’il y avait des élections dimanche prochain, pour quel parti voteriez-vous ? » Réponse : ces questions me semblent parfaitement hors sujet. Lorsqu’il s’agit d’éviter un naufrage, ce sont des hommes décidés à sauver le bateau dont on a besoin quels que soient leur sexe, leur âge, leur statut social, professionnel ou familial, leurs diplômes, leurs salaires ou leur appartenance politique (en ce qui concerne ce dernier point, il y a fort longtemps que je ne vote plus pour un parti, mais uniquement pour des idées). Si toutes les personnes sondées avaient un sens aussi pertinent de la répartie, cela obligerait sûrement les enquêteurs à assouplir leurs modules rigides ne permettant qu’un seul type de réponse. Mais est-ce dans leur intérêt ?

Carte au Conseil fédéral Pour terminer, signalons encore que la carte postale éditée par la SES (Fondation suisse de l’énergie), adressée au Conseil fédéral et déclinant l’offre de celui-ci de participer à la recherche d’un dépôt pour les déchets nucléaires en stipulant que ce n’est que lorsqu’il ne sera plus question de construire de nouvelles centrales nucléaires que nous assumerons notre responsabilité en tant que consommateur d’électricité, a fait un tabac. Elle sera prochainement remise en grande pompe à nos autorités. Les déchets nucléaires qu’en faire ? Avant tout, cessons d’en faire !

Anne-Cécile Reimann

Lettre ouverte

Concerne : Sondage sur l’avenir des déchets radioactifs

Messieurs, (...) Vu l’importance et la complexité de l’objet de ce sondage, j’ai répondu aux questions par des remarques ou des idées personnelles plutôt que par le biais du questionnaire. En effet, le questionnaire à réponses multiples, de part sa structuration, est un moule étriqué, nécessairement orienté, qui ne laisse que le choix de réponses catégoriques, oui ou non (+ ou -), ou le choix de l’indécision, ni oui, ni non (±).

Un tel sujet mérite plus qu’un questionnaire formaté et plus que 20 à 30 minutes pour le traiter. Il requiert de la part des enquêteurs la création d’un outil de communication souple et interactif et de la part des enquêtés une réflexion continue fondée sur une information désintéressée. Ainsi seront réunies les conditions d’une campagne d’évaluation susceptible d’aboutir à des solutions à la hauteur de l’ampleur et de la gravité du problème posé.

Il est évident que du sondage d’opinion, tel que vous l’avez proposé, ne découleront que des réponses passives de la part d’une population démotivée, déléguant les pouvoirs de décision aux spécialistes seuls détenteurs de la « solution ».

C’est de tout le contraire dont nous avons besoin aujourd’hui car l’homme du XXIème siècle doit prendre son destin en main s’il veut survivre aux conséquences nuisibles de ses propres créations. En vous souhaitant bonne lecture de ce document je vous présente, Messieurs, mes meilleures salutations. Claude Janzi


Nucléaire et libéralisation plébiscités à Berne : résistance !

Le 22 mars l’organe faîtier des électriciens helvétiques Swisselectric annonçait avec éclat que « les producteurs suisses de courant » étaient prêts à investir jusqu’à 30 milliards de francs d’ici 2035. Au menu notamment « la construction de 2 à 3 centrales nucléaires et de 5 centrales à gaz. » Ce programme massif d’investissements dans la production de courant sale s’inscrit dans la « stratégie » du Conseil fédéral, qui a rendu public il y a peu son programme électrique ouvrant largement la porte au nucléaire.

Une pénurie voulue

Comme argument choc en faveur de cette relance énergique de l’atome dans notre pays – avec la construction de grandes centrales à gaz comme transition dans l’attente de la mise en ligne des nouveaux réacteurs atomiques – on trouve une « pénurie » de courant, soi-disant inéluctable et largement encouragée.

Qu’on en juge : dans la modification de la Loi sur l’énergie, votée dans le même paquet que la loi sur la libéralisation du marché électrique (LApEl), les buts fixés en matière de réduction de la consommation électrique sont inexistants. En effet, pour les ménages et eux seuls – donc sans prévoir d’objectifs en ce qui concerne les gros consommateurs industriels et commerciaux – on trouve la simple « stabilisation » de la consommation à son niveau actuel, ceci pour l’an 2030. Un tel manque de volonté politique est un clair signal qu’on entend laisser la bride sur le cou à la croissance d’une « demande » qui est le plus sûr argument des nucléocrates et de leurs projets mortifères de nouvelles chaudières à plutonium.

Planification du nucléaire et...

Mais le soutien de la majorité du parlement au nucléaire est plus explicite encore, puisque le 21 mars, c’est à la majorité absolue de 101 voix contre 71, que le Conseil national votait une motion de l’UDC zurichois Robert Keller, qui exige l’intervention du gouvernement pour « inciter l’industrie électrique à planifier sans délai » les nouvelles centrales atomiques « indispensables à l’approvisionnement de la Suisse. » Une déclaration ferme de volonté politique « planificatrice » qu’on ne retrouve évidemment pas quand il s’agit de développer les énergies renouvelables et encore moins les programmes de réduction de la consommation au moyen de l’efficacité énergétique et des modifications de comportement indispensables.

Un sondage récent indique pourtant que 50% des habitant-e-s de ce pays sont hostiles à la construction de nouvelles centrales nucléaires et qu’il ne s’en trouve qu’un tiers à être « plutôt pour ». Malheureusement, la majorité politique de droite qui règne en maître au parlement se moque comme de l’an quarante de l’avis des citoyen-ne-s. Ce mépris s’est incarné encore de manière particulièrement crue dans le vote par une écrasante majorité du parlement, y compris la plupart de la gauche et des Verts, de la LME-bis (dite LApEl), qui libéralise le marché de l’électricité en foulant aux pieds le rejet populaire de la LME il y a 4 ans.

Certes, la nouvelle LME a été agrémentée de quelques « retouches écolo-cosmétiques », comme l’écrivait la Fondation Suisse pour l’énergie, cet automne. La principale d’entre elles consistant en la perception d’une modeste contribution de 0,6 centimes – au maximum – par kWh qui sera affectée aux énergies renouvelables.

... libéralisation contre les antinucléaires

Mais en « contrepartie », accepter cette loi, c’est accepter de faire sauter le monopole public et le contrôle démocratique possible sur l’approvisionnement électrique et ses tarifs. Ainsi, à Genève, avec la première étape de l’ouverture du marché aux « gros » clients qui consomment plus de 100 MWh par an, soit une part de 56% de la consommation électrique actuelle du canton, ceux-ci pourront s’approvisionner où ils l’entendent en achetant du courant au prix le plus bas, aussi « sale » soit-il.

Genève renucléarisée ?

A Genève, où nous avons obtenu de haute lutte que les SIG ne distribuent plus aucun courant d’origine atomique, cette LApEl correspond à supprimer d’un coup une conquête antinucléaire importante. Bien plus, nos SIG qui sont – et devraient être encore plus à l’avenir – un acteur essentiel de la politique énergétique antinucléaire du canton, seront contraints, au nom de cette loi fédérale, à distribuer de manière « non discriminatoire » le courant atomique que tel ou tel gros client exigera de recevoir.

En outre, les dispositions actuelles de l’article constitutionnel antinucléaire (160D), issu du vote en 1986 de l’initiative « L’énergie notre affaire », qui prévoient une tarification électrique conforme aux objectifs dudit article et interdisent en particulier les tarifs dégressifs pour les gros consommateurs, seront elles aussi balayées. Les prix de l’énergie électrique « marchandisée » ne relèveront plus de tarifs fixés selon des règles démocratiques et en fonction d’une politique énergétique quelconque, mais bien de contrats privés et des aléas du marché et de la concurrence. Les profits de ce commerce n’iront plus alimenter des fonds publics, pouvant être investis au service de notre politique énergétique, mais serviront à rémunérer les actionnaires.

Les citoyen-ne-s bafoués !

Enfin, l’aspect anti-démocratique d’une décision qui bafoue le vote des citoyen-ne-s, qui ont dit NON à la LME en 2002, à hauteur des deux-tiers pour Genève, est proprement révoltant. C’est pourquoi ContrAtom, qui s’était engagée fortement contre la LME – contrairement à certains milieux écologistes qui étaient persuadés que « le marché tuerait le nucléaire » - continuera à s’opposer dans toute la mesure de ses moyens à cette loi et à la marchandisation accrue de l’électricité. Cette position s’inscrit également dans le droit fil d’un soutien conséquent à l’initiative cantonale « Eau-Energie notre affaire : respect de la volonté populaire ! » qui est pendante devant le Grand Conseil genevois et pour laquelle tous les secteurs genevois, de gauche, syndicaux, verts, et environnementaux, s’étaient engagés ensemble.

Anne-Cécile Reimann et Pierre Vanek

 
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